Le tétras des armoises est l’une des espèces des prairies les plus emblématiques du Canada. Ce tétras de grande taille est connu pour son incroyable parade nuptiale. Tous les printemps, les mâles se rassemblent dans leur aire de reproduction, appelée « lek », et exécutent une danse élaborée dans le but de faire impression sur les femelles des alentours. Tout en se pavanant, leur queue déployée en éventail, les mâles gonflent et dégonflent les sacs œsophagiens colorés qu’ils ont sur leur poitrine et produisent ainsi des « pops » qu’on peut entendre sur une distance de trois kilomètres. Une fois que la femelle a choisi un mâle avec lequel s’accoupler, elle construit son nid parmi les armoises, qui offrent un abri contre les prédateurs. Les œufs éclosent, et quand les petits sont prêts à quitter le nid, ils restent avec leur mère pour chercher des insectes et des fleurs sauvages comme suppléments à leur alimentation composée de feuilles et de bourgeons d’armoise. Quand vient l’hiver, le tétras des armoises ne mange plus que de l’armoise.

Jadis présent en abondance dans les grandes plaines de l’Amérique du Nord, le tétras des armoises a subi un déclin important de sa population et un rétrécissement marqué de son aire de répartition. Au Canada, l’oiseau occupe environ 7 % de son aire de répartition historique, et sa population a diminué de 82 % à 92 % environ en moins de 20 ans (1998-2012). Par conséquent, le tétras des armoises est inscrit sur la liste des espèces en voie de disparition aux termes de la Loi sur les espèces en péril, une loi fédérale. Quelques petites populations plutôt isolées se trouvent dans le sud-ouest de la Saskatchewan et le sud-est de l’Alberta. Le parc national des Prairies abrite les deux derniers leks restants en Saskatchewan et protège actuellement juste un peu plus de la moitié des individus connus au Canada. Selon les plus récentes activités de surveillance, on estime qu’entre 50 et 80 oiseaux environ vivent dans le parc national des Prairies (dans les blocs est et ouest).

Plusieurs facteurs constituent des menaces pour le tétras des armoises et peuvent se concrétiser en même temps, ayant ainsi une incidence majeure sur la survie et le rétablissement de l’espèce. La conversion des terres d’armoises des prairies en raison de l’agriculture et du développement énergétique représente l’une des causes principales du déclin de cet oiseau. En raison de la perte d’habitat, les petits îlots fragmentés de prairies d’armoises intactes ne permettent pas aux individus de se déplacer facilement vers les populations voisines et entre les aires de répartition estivales et hivernales. L’infrastructure associée aux changements d’utilisation des terres, comme les routes et les lignes électriques, et le bruit qui en découle peuvent aussi avoir une grande incidence sur les oiseaux. Les clôtures et les lignes électriques aériennes ont accru le nombre de perchoirs pour les prédateurs aviaires comme les hiboux et les corneilles, ce qui a une incidence majeure sur la mortalité des oisillons et des adultes. Le petit nombre d’individus restants dans la population au Canada rend également l’espèce vulnérable aux phénomènes météorologiques extrêmes et aux maladies.

Mise en valeur et rétablissement de l’habitat de cette espèce emblématique des Prairies

Le parc national des Prairies s’affaire à préserver, mettre en valeur et rétablir l’écosystème composé d’armoise dont dépend le tétras des armoises. Entre 2016 et 2018, le personnel a travaillé en collaboration avec l’Université de l’Alberta et des bénévoles afin de planter plus de 9000 mottes et graines d’armoise ainsi que des semences de plantes herbacées indigènes, améliorant ainsi plus de 90 hectares d’habitat de l’oiseau.

Le parc a également établi un partenariat avec des intervenants locaux et certains voisins afin d’instaurer et de maintenir des régimes de pâturage qui favorisent l’hétérogénéité de l’habitat et permettent de tirer le meilleur parti de l’habitat de nidification et d’élevage des petits du tétras des armoises.

En 2020, le parc national des Prairies a amorcé un projet visant à remettre en état des champs auparavant cultivés en y rétablissant la communauté d’armoise qui dominait historiquement. Au cours des cinq années suivantes, le parc enlèvera les espèces agronomiques en ayant recours à des moyens chimiques et mécaniques tout en élaborant un mélange de graines indigènes de source locale en vue de la plantation. Si le projet est une réussite, il permettra de remettre en état environ 30 hectares d’habitat d’armoise dans le parc et d’orienter les décisions relatives à l’aménagement du territoire pour appuyer le rétablissement du tétras des armoises.

Enfin, le personnel du parc s’efforce de réduire les effets que les structures mises en place pour les humains ont sur le tétras des armoises. Les collisions avec des clôtures comptent parmi les causes de mortalité fréquente de nombreuses espèces de tétras, y compris le tétras des armoises. Selon certaines études, apposer sur les clôtures des marqueurs de couleur permettrait de réduire les collisions d’environ 83 %. Afin de réduire les risques de collision et la mortalité, on a retiré du parc national des Prairies 63,1 kilomètres de clôture, en plus d’en colorer 77,3 kilomètres dans l’habitat prioritaire du tétras des armoises. À l’automne 2020, le parc national des Prairies a établi un partenariat avec SaskPower afin d’ôter 10,9 kilomètres de lignes électriques aériennes au sein de l’habitat essentiel de l’espèce. Ces efforts s’inscrivent dans un vaste programme visant à éliminer les structures verticales qui peuvent inciter le tétras des armoises à éviter certains secteurs ou occasionner un risque accru de prédation.

Comment aider

Si vous apercevez un tétras des armoises pendant votre visite dans le parc national des Prairies, avisez-en le personnel de Parcs Canada. On sait peu de choses sur ces oiseaux après leur départ de leur aire de reproduction; vous pouvez nous aider à en apprendre un peu plus en signalant vos observations! Pour ce faire, précisez l’emplacement (les coordonnées GPS sont très utiles) et fournissez-nous des photos si vous avez eu la chance d’en prendre sans déranger l’oiseau. 

Se rapprocher de la nature

Faits intéressants

Malgré sa grande taille, le tétras des armoises vole bien. Même s’il ne migre pas comme d’autres oiseaux chanteurs des prairies, il lui arrive de se déplacer entre les aires de répartition estivale et hivernale à la recherche de régions moins enneigées. La plus longue migration connue d’un tétras des armoises a été observée ici, en Saskatchewan, quand des oiseaux du parc national des Prairies ont volé sur une distance de 193 kilomètres vers le sud afin de passer l’hiver au Montana.

Reconnaître le tétras des armoises

Tétras des armoises ou tétras à queue fine? Le premier est très rare au Canada tandis que le second est beaucoup plus fréquent. Le tétras des armoises vit seulement dans un habitat constitué de vastes étendues d’armoises. Vous pouvez apercevoir un tétras à queue fine dans un arbre, mais vous n’y verrez jamais un tétras des armoises. Vous avez encore des doutes? Le tétras des armoises a le ventre noir, tandis que le tétras à queue fine, lui, a le ventre pâle!