Qui a baptisé le fleuve Saint-Laurent ?

Lors de son deuxième voyage au Canada, Jacques Cartier aborde la Côte-Nord à la hauteur des îles de Mingan. Il écrit alors un texte rapporté par Biggar (1924), qui se lit comme suit :

« Et le lendemain [lundi 10 août 1535] le vent était contraire, et comme nous ne trouvions pas de havre le long de cette côte du sud [île d'Anticosti], nous mîmes le cap vers le nord et après avoir parcouru une dizaine de lieues, nous trouvâmes une fort belle et grande baie, parsemée d'îles offrant de nombreuses anses où il était possible de mouiller, même par mauvais temps [archipel de Mingan]. Pour reconnaître cette baie, il y a une grande île [probablement l'île Sainte-Geneviève], semblable à un cap de terre, qui s'avance plus que les autres, et sur la côte, à environ deux lieues de là, se dresse une montagne qui ressemble à un tas de blé [mont Sainte-Geneviève]. Nous nommâmes cette baie, la baie Saint-Laurent ».

Le 10 août correspond à la date de la fête de saint Laurent. Par erreur, les cartographes qui ont retranscrit les cartes de Jacques Cartier ont étendu à l'ensemble du fleuve ce nom de « Saint-Laurent » donné à une baie située aux abords de l'archipel de Mingan et nommée aujourd'hui « baie Nickerson ». Ainsi, le nom du fleuve Saint-Laurent prend sa source dans l'histoire des îles de Mingan.

Louis Jolliet... seigneur des lieux

Louis Jolliet est bien connu pour sa découverte du fleuve Mississipi aux États-Unis entre 1672 et 1674. Cependant, ses activités en Minganie sont restées quelque peu dans l'ombre.

Sous le Régime français, la presque totalité du territoire de la Nouvelle-France est divisée en seigneuries. Le territoire couvrant la région de Tadoussac à Blanc-Sablon constitue alors une immense seigneurie dite de « l'île aux oeufs ». C'est en fait par un mariage avec Geneviève Bissot, fille de l'ancien seigneur, que Louis Jolliet hérite de ce territoire sauvage et où les animaux à fourrure abondent.

En 1679, il construit un poste de traite directement sur l'île du Havre de Mingan, à l'extrémité est de l'île. Ce poste est détruit à deux reprises par les Anglais qui, tranquillement, s'imposent sur le territoire. Après la conquête, le système des seigneuries est aboli et la seigneurie de l'île aux Oeufs fait l'objet de ventes, de dons ou d'échanges de portions de territoire. C'est la Compagnie de la Baie d'Hudson qui prend la relève du commerce de la fourrure sur la Côte-Nord.

Du château à l'ermitage... Comte Henry de Puyjalon

"« À quoi rêvais-je ? Je ne sais.

Sans doute à l'étrange bonheur que j'éprouve toujours à me sentir seul, dans le bois, loin des imbéciles et surtout des gens d'esprit [...] ».

Récits du Labrador, Henry de Puyjalon

Partout, il existe de ces hommes qui, par leur personnalité excentrique ou par leur cheminement marginal, ont façonné l'histoire. Qui sait ce qui a attiré le comte Henry de Puyjalon, aristocrate d'origine bretonne, en ces terres ?

Un revers de fortune, a-t-on dit. Peut-être, mais il y avait bien plus que cela. Le comte était intéressé par la nature et passionné de chasse. Son destin l'appelait donc en Minganie. En 1880, il entre au service du gouvernement comme inspecteur général de la Chasse et des Pêcheries de la province de Québec, et part s'établir sur la Côte-Nord. Son caractère solitaire et son goût du défi lui font accepter le premier poste de gardien de phare à l'île aux Perroquets (1888-c1891). Il établit ensuite sa résidence permanente sur l'île à la Chasse.

Homme polyvalent, Henry de Puyjalon est tour à tour fonctionnaire, naturaliste, écrivain et habile chasseur. Il devient le premier auteur à décrire, avec exactitude, la faune vivant au nord du Québec. Dans ses ouvrages nombreux, le comte de Puyjalon a transmis une description minutieuse du patrimoine naturel (Récits du Labrador, Guide du chasseur de pelleterie, etc.). Avant-gardiste, il préconise déjà, à cette époque, la conservation des espèces menacées. Visionnaire, il dénonce les pratiques de chasse abusive et de braconnage, sachant fort bien que les ressources naturelles sont épuisables.

En 1900, Henry de Puyjalon élit définitivement domicile au camp qu'il a bâti sur l'île à la Chasse. On voit alors cet homme issu du milieu mondain se complaire dans une existence d'ermite. Il vit ainsi isolé jusqu'à ce qu'il décède, cinq ans plus tard. Selon son désir, il est inhumé sur l'île. Depuis 1955, une plaque commémorative, située sur l'île à la Chasse, rappelle au visiteur le passage de cet aventurier hors du commun.

Si on a piqué votre curiosité, n'hésitez pas à faire un détour par l'île à la Chasse. Vous prendrez un réel plaisir à contempler les paysages, la faune et la flore qu'Henry de Puyjalon a tant aimés...

Une île pour écrire... Placide Vigneau
Photo historique de Placide Vigneau
Placide Vigneau vers 1920
©Collection Rémi Cormier

L'archipel de Mingan évoque des sentiments de liberté et d'intimité. Placide Vigneau a su les rendre dès son jeune âge, particulièrement entre 1892 à 1912. Perché sur son rocher aux Perroquets, ce gardien de phare prend sa main du dimanche pour écrire la vie d'ici.

Que de faits précieux seraient oubliés sans les écrits de cet homme : le massacre de Fox Bay (Anticosti), les flottes de bateaux à voiles écrasés par les glaces, l'arrivée des lampes à l'huile à Havre-Saint-Pierre en 1864, les famines qui forcent les gens à migrer, l'épidémie de sauterelles en 1891, les ermites des îles Mingan, les fantômes sur l'île aux Perroquets et bien d'autres anecdotes.

Toute cette allégorie d'événements naturels et surnaturels constitue une partie de l'histoire, du folklore et des légendes de l'archipel.

À travers ce métier de gardien de phare vécu dans l'isolement, ces mots jetés, chaque jour, dans un cahier ont permis de mieux connaître et de comprendre la vie rude de la Minganie du siècle dernier.