Two mooses looking at the camera
Moose ©Wildest Moods — P. Etcheverry

Les suivis des orignaux et de leur habitat ainsi que les résultats de recherches scientifiques obtenus depuis les 10 dernières années nous ont permis de constater que les orignaux du parc national Forillon sont plus abondants que ce qu’une forêt saine et équilibrée peut habituellement supporter.

Proactif, le parc adoptera un nouveau plan de gestion sur cinq ans pour protéger sa forêt ainsi que l’ensemble des espèces animales qui en dépendent pour s’abriter, se nourrir et se reproduire.



Combien sont-ils maintenant?

Les premières estimations réalisées après la création du parc dénombraient environ 50 orignaux. Par la suite, la population s'est maintenue entre 100 et 150 individus jusqu'à ce qu'une augmentation importante soit décelée en 2009.

En 2017, plus de 840 individus peuplaient le parc, soit environ 35 orignaux/10 km2. Selon les données de 2020, la population d’orignaux du parc national Forillon compte environ 540 individus soit 22 bêtes/10 km2.

Avec les variations du nombre d’orignaux, Parcs Canada augmente la fréquence des collectes de données pour suivre à la fois les orignaux et leurs impacts sur la forêt du parc national Forillon.

Pourquoi cette diminution du nombre d’orignaux?

Toutes les populations d’animaux sauvages sont susceptibles de connaître des baisses et des hausses de leur niveau à différents moments de leur existence.

Les variations font partie des phénomènes naturels.

Pour le moment, il n’y a pas de certitude sur ce qui a provoqué la diminution d’orignaux observée.

La priorité est d’identifier, à l’aide de notre programme de recherche, la tendance à moyen terme et les multiples causes probables des variations du nombre d’orignaux dans le temps.

Sont-ils trop nombreux? 

Des recherches antérieures ont estimé que, pour maintenir son équilibre à long terme, un milieu comme le parc national Forillon devrait compter entre 10 et 20 orignaux/10 km2.

Avec environ 22 orignaux/10 km2, la population d’orignaux demeure élevée, mais se rapproche du niveau d’abondance qui permettrait de maintenir l’équilibre de la forêt.

Beaucoup d’orignaux, est-ce un problème?

L’orignal est un grand herbivore qui mange entre 10 et 30 kg de végétation par jour. Il est capable de bouleverser la composition et l’abondance des espèces qu’il consomme. Présent en grande densité, il peut altérer la végétation au point de modifier la dynamique de régénération des forêts, et de transformer de jeunes forêts en prairies où ne subsistent que quelques fougères et arbustes sur un parterre d’herbes sans possibilité de retour vers un habitat boisé à court terme.

À ce stade, la survie de certaines espèces animales peut également être affectée comme

  • la grive de Bicknell, une espèce en péril, 
  • la martre d’Amérique qui dépend de la présence de forêts matures,
  • le lynx du Canada.

Avec son impact sur la régénération et la biodiversité forestières, une surpopulation d’orignaux peut menacer l’intégrité de tout un écosystème.

Pourquoi tant d’orignaux? 

Dans le parc, les orignaux sont très abondants essentiellement à cause de l’absence de facteurs régulateurs de leur population. 

  • Le loup, son principal prédateur, a disparu de la région depuis plus d’un siècle.
  • Les ours et les coyotes ne constituent pas des prédateurs susceptibles d'influencer significativement l'abondance de la population d'orignaux.
  • La chasse y est interdite.
  • Les maladies et les parasites y sont peu influents.
  • La dernière épidémie de tordeuses de bourgeons de l’épinette a rajeuni les peuplements forestiers, les rendant plus productifs en nourriture pour l’orignal.

Les orignaux du parc vivent en toute quiétude et sans problème pour s’alimenter.

Qu’est-ce qu’un plan de gestion?

Lorsqu’une population est évaluée « surabondante », comme c’est le cas pour l’orignal au parc national Forillon, Parcs Canada met en place un plan de gestion pour maintenir la santé des écosystèmes.

Dans le cadre du projet « Maintenir l’équilibre de la forêt », le plan de gestion (en cours de rédaction) se divise en deux principaux volets :

  1. l’acquisition de connaissances,
  2. les mesures de contrôle.

Un programme de recherche d’envergure

Le parc national Forillon a mis en place un programme de recherche d’envergure afin d’acquérir de nouvelles connaissances sur l’orignal.

Avec les variations du nombre d’orignaux, Parcs Canada augmente la fréquence des collectes de données pour suivre à la fois les orignaux et leurs impacts sur la forêt du parc national Forillon.

Un programme de recherche en quatre volets sert de guide pour prendre des décisions éclairées.

1. Suivre l’abondance de la population d’orignaux

Une personne installant une caméra
Pierre Etcheverry, coordonnateur du projet « Maintenir l’équilibre de la forêt », pose une caméra utilisée pour l’inventaire d’orignaux.

Les inventaires sont une méthode très efficace pour suivre l’évolution de la population d’orignaux. Les derniers ont eu lieu en 2020.

Ils nous permettent d’estimer :

  • la population,
  • le nombre d’orignaux/km2,
  • le nombre de mâles, de femelles et de veaux, etc.

Au parc national Forillon, ils s’effectuent de deux façons

  • par hélicoptère;
  • par caméra.

L’inventaire par hélicoptère est la façon la plus «  traditionnelle  ». L’inventaire par caméra est complémentaire et s’effectue les deux pieds sur terre. Il est utilisé à la fois pour l’ours noir et l’orignal.


2. Étudier l’influence de la tique d’hiver sur l’état de santé du roi de nos forêts

Un orignal
Veau avec un collier émetteur.

La tique d'hiver est minuscule. Elle est pourtant capable d'affecter de façon significative une population d'orignaux en diminuant la survie des individus les plus affectés. Pour cette raison, elle nécessite un volet de recherche bien à elle.

L’Université Laval (professeur Jean-Pierre Tremblay), le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs et leurs différents partenaires, dont Parcs Canada, ont mis sur pied un projet de recherche et développement coopératif sur le rôle de la tique d’hiver dans l’écologie des populations d’orignaux dans l’Est du Canada.

Au parc national Forillon, des colliers émetteurs ont été posés à l’hiver 2020 sur :

  • 15 femelles,
  • 14 veaux.

Les données transmises par les colliers émetteurs informent sur :

  • les déplacements des orignaux,
  • les milieux qu’ils fréquentent,
  • leur survie,
  • les causes de mortalité de façon indirecte.

En novembre 2020, tous les colliers émetteurs posés sur les veaux durant l’hiver précédent ont été récupérés et les données sont en analyse. Quant à ceux des femelles adultes, ils seront retirés en 2023.


3. Détecter les impacts des orignaux sur les écosystèmes

Une vue aérienne d'un l'orignal dans une forêt
Impacts des orignaux sur les sommets.

Les résultats des recherches menées depuis le précédent plan de gestion de l'orignal (2013) démontrent que les orignaux affectent la régénération de la forêt. L’impact est différent selon les endroits. Les sommets de montagnes semblent plus affectés que le reste du territoire (2019).

Nous travaillons à développer des outils qui augmenteront notre capacité de détection des impacts des orignaux au parc national Forillon.



4. Comprendre les impacts des orignaux sur l’écosystème

Une
Inventaire de végétation dans un ravage.

Au contraire d’un enclos, les huit exclos, de 400 m2 chacun, situés dans le parc gardent les orignaux à l’extérieur de la surface clôturée et les empêchent d’y manger la végétation.

Un exercice de dénombrement des branches d’arbres et d’arbustes broutées ou non par espèce se nomme un inventaire de brout. Il informe sur la quantité et sur la qualité de la nourriture disponible pour l’orignal.

La comparaison entre les exclos et les témoins (territoires délimités de même grandeur et où la végétation demeure accessible) permet d’évaluer les impacts de l’orignal sur la végétation.

Arbustes dans une forêt.
Arbres broutés à répétition.

Des inventaires de brout sont aussi effectués dans des ravages, une zone dans laquelle les cervidés se confinent l’hiver.

Des inventaires de brout se sont déroulés dans les exclos et les ravages en 2020.




Mesures de contrôle des orignaux

Des propositions développées par Parcs Canada, ses partenaires et des organismes du milieu ont été présentées lors des consultations publiques.

Les voici :

  • la lutte biologique (laisser agir une maladie ou un parasite),
  • l’ajustement des modalités de chasse en périphérie du parc,
  • la chasse de conservation à l’intérieur du parc,
  • le contrôle de la fertilité,
  • la diffusion de sons ou d’odeurs de prédateurs pour faire fuir les orignaux vers l’extérieur du parc,
  • le rabattage des orignaux (les diriger) vers l’extérieur du parc, etc.

Toutes les activités de consultations du parc nationl Forillon concernant son plan directeur et le Plan de gestion de la population surabondante d’orignaux sont terminées.

Les résultats des consultations publiques seront communiqués en 2021.

Une situation unique?

Certains parcs nationaux de l’est du Canada sont aussi aux prises avec ce même phénomène et certains depuis plus de 20 ans. Tous ont pris des mesures de contrôle des populations d’orignaux et de protection ou de restauration des forêts.

Le projet de recherche du parc national Forillon s’inspire des meilleures pratiques développées dans des projets similaires réalisés dans les parcs nationaux des Hautes-Terres-du-Cap-Breton, Gros-Morne et Terra-Nova.


Vous avez des questions ou des commentaires sur le sujet?

   marie-eve.murray@canada.ca