Le parc urbain national de la Rouge comporte des formations géologiques incroyables, notamment des moraines, des schistes ainsi que des traces des périodes glaciaires du passé lointain. Voici certains des éléments géologiques les plus remarquables du parc.

Moraine d’Oak Ridges

La moraine d’Oak Ridges s’est formée il y a 12 000 ans pendant la plus récente période de glaciation. Aujourd’hui, c’est à cet endroit que plusieurs réseaux fluviaux prennent leur source dans la région du Grand Toronto.

La moraine d’Oak Ridges est une importante formation géologique du Sud de l’Ontario. Elle couvre environ 1 900 km2 (soit à peu près le tiers de l’île du Prince-Édouard), et se caractérise par des collines ondoyantes et des vallées fluviales. La moraine dépasse d’environ 100 mètres le paysage environnant (elle s’élève à environ 340 mètres au-dessus du niveau de la mer) et s’étend sur 160 kilomètres d’est en ouest. Une partie de la moraine d’Oak Ridges est située dans le secteur nord du parc urbain national de la Rouge.

L’histoire de la moraine d’Oak Ridges débute il y a 13 000 ans durant la dernière glaciation, époque où la vaste nappe glaciaire Laurentide couvre presque tout le Canada. C’est à peu près à ce moment que la nappe glaciaire amorce son retrait, formant deux lobes et une cassure distincte entre les deux. Cette fissure deviendra la future crête de la moraine d’Oak Ridges. Des canaux d’évacuation de l’eau de fonte des glaces commencent à transporter des sédiments dans la fissure. À mesure que la glace continue à se retirer, il y a environ 12 000 ans, une importante accumulation de sédiments se dépose le long d’une crête de 160 km de long, formant la moraine d’Oak Ridges.

Surnommée citerne pluviale de l’Ontario, la moraine d’Oak Ridges recueille les précipitations et les transporte vers divers bassins hydrographiques du Sud de l’Ontario, dont celui de la rivière Rouge. La composition complexe des sédiments et la topographie élevée de la moraine sont des caractéristiques importantes qui font de ce paysage une excellente source d’eau souterraine. Le sol sableux et perméable de la moraine peut stocker et filtrer de grandes quantités d’eau souterraine, tandis que son élévation permet à l’eau de se déverser dans des cours d’eau et des bassins hydrographiques qui se jettent dans le lac Ontario et le lac Simcoe.

Le parc urbain national de la Rouge protège un important corridor entre le lac Ontario et la moraine d’Oak Ridges. Ce corridor est bénéfique pour la faune, et il assure aux agriculteurs et aux résidents de la vallée de la Rouge un approvisionnement en eau douce de qualité.

Bassin hydrographique de la Rouge

Le bassin hydrographique de la Rouge s’étend sur un territoire à l’extrémité est du Grand Toronto. Le parc urbain national de la Rouge en protège une grande partie.

Un bassin hydrographique est une étendue de territoire dont les eaux pluviales se déversent dans un plan d’eau tel qu’un lac ou un océan. Les bassins hydrographiques sont formés d’un réseau de ruisseaux appelés affluents, qui finissent par se jeter dans une rivière plus importante. Ils abritent de nombreuses communautés de plantes et d’animaux et nous procurent de l’eau pour la consommation humaine et l’agriculture. Les aires naturelles d’un bassin hydrographique, notamment les milieux humides et la végétation riveraine, aident à filtrer les contaminants et les sédiments, ce qui contribue à améliorer la qualité de l’eau.

Le bassin hydrographique de la Rouge occupe une superficie de 336 km2 et s’étend de la moraine d’Oak Ridges, au nord, jusqu’aux rives du lac Ontario, au sud. Les terres de ce bassin hydrographique forment une mosaïque de zones rurales, urbaines, naturelles et agricoles. Le parc urbain national de la Rouge protège une grande partie du bassin hydrographique et représente un lien essentiel entre la moraine d’Oak Ridges et le lac Ontario. Le bassin hydrographique de la Rouge compte deux grandes rivières – la rivière Rouge et la Petite rivière Rouge – ainsi qu’un grand nombre de petits affluents. La rivière Rouge et la Petite rivière Rouge prennent toutes deux naissance dans les hauteurs de la moraine d’Oak Ridges et coulent vers le sud avant de se rejoindre juste au nord de l’autoroute 401 dans la ville de Toronto.

Les bassins hydrographiques en santé fournissent un grand nombre de biens et de services écosystémiques importants. Par exemple, ils peuvent fournir une eau potable sûre, abriter des aires naturelles pour les loisirs, assurer la santé des ruisseaux et des milieux humides, procurer un habitat aux plantes et aux animaux, réduire les risques d’inondation et soutenir l’agriculture. Cependant, les bassins hydrographiques sont également vulnérables à la pollution et aux changements dans l’aménagement du territoire. Par exemple, les zones urbaines abritent un grand nombre de surfaces asphaltées qui empêchent l’eau de s’infiltrer dans le sol. Ces surfaces impénétrables accroissent les risques de crues dommageables et viennent modifier l’écoulement des eaux dans le bassin hydrographique. En outre, l’eau de ruissellement provenant des routes peut transporter des contaminants tels que du sel de déglaçage, qui nuit à la santé des secteurs situés en aval.

Le bassin hydrographique de la Rouge est l’un des plus sains du Grand Toronto, mais il subit encore les pressions d’une urbanisation croissante. Parcs Canada, l’Office de protection de la nature de Toronto et de la région, d’autres organismes, des groupes communautaires et des résidents travaillent d’arrache-pied afin de protéger et de gérer le bassin hydrographique de la Rouge pour qu’il continue de fournir ces services importants.

Les glaciers de la vallée de la Rouge

Les glaciers ont joué un rôle important dans la formation du paysage de la vallée de la Rouge tel que nous le voyons aujourd’hui. En se retirant, les glaciers ont également laissé derrière eux de vastes dépôts de sable et de limon, ce qui a entraîné la création de sols fertiles dans la région.

Il y a environ 2,5 millions d’années, la Terre est entrée dans sa plus récente période glaciaire. Le refroidissement des températures a favorisé l’accumulation de neige et de glace jusqu’à ce que la quasi-totalité du Canada soit couverte par la nappe glaciaire Laurentide. Cet immense glacier continental a joué un rôle important dans la formation du paysage que nous voyons dans le parc aujourd’hui.

Au fil du temps, la nappe glaciaire Laurentide s’est successivement avancée puis retirée, à mesure que le climat refroidissait et se réchauffait. Durant les périodes plus chaudes, la fonte de la glace a formé des rivières qui transportaient de grandes quantités de sable et de limon issues du glacier, lesquelles se sont déposées en formant de nouvelles couches de sédiments sur le substrat rocheux. Ces dépôts de sédiments se sont accumulés pendant des milliers d’années, formant des couches de plus de 100 m d’épaisseur à certains endroits. Aujourd’hui, les sédiments glaciaires sont exposés dans certaines parties du parc, comme les falaises visibles depuis le point de vue Glen Eagles. Ces falaises sont constituées de deux couches : le till de Newmarket, qui a commencé à se déposer il y a 25 000 ans, et les dépôts Iroquois, accumulés il y a 12 500 ans.

Il y a environ 20 000 ans, la nappe glaciaire Laurentide a atteint sa taille maximale, et la glace couvrant Toronto aurait à l’époque mesuré environ 1 km d’épaisseur. La nappe glaciaire couvrant la vallée de la Rouge a commencé à se retirer il y a 14 000 ans et, il y a plus ou moins 13 000 ans, la glace avait disparu du bassin du lac Ontario. En se retirant, la glace a laissé des monticules et des crêtes de till (sédiments glaciaires) appelés des drumlins et des flûtes. On peut encore voir ces reliefs d’origine glaciaire dans le paysage d’aujourd’hui.

L’eau de la fonte des glaciers s’est également accumulée dans le bassin lacustre, formant le lac Iroquois, un prédécesseur de plus grande taille du lac Ontario. Le lac Iroquois était d’une hauteur dépassant de 60 m celle du lac Ontario et de ses rives. Il s’étendait de 4 à 15 km plus loin dans les terres et recouvrait donc ce qui est aujourd’hui le Zoo de Toronto ainsi que l’ancien site d’enfouissement du chemin Beare. Le lac Iroquois se déversait dans la vallée de l’Hudson au sud-est, près de l’État de New York actuel, car la vallée du Saint-Laurent était encore bloquée par les glaces à l’époque.

Il y a environ 12 000 ans, la glace dans la vallée du Saint-Laurent s’est brisée, ce qui a permis à l’eau du lac Iroquois de se déverser dans le fleuve Saint-Laurent. Le niveau d’eau du lac Iroquois s’est abaissé graduellement pour finalement atteindre 20 m sous le niveau d’aujourd’hui, formant ainsi un lac plus petit appelé lac Admiralty. Il y a plus ou moins 8 000 ans, la nappe glaciaire s’est retirée encore davantage, et la terre entourant l’extrémité est du lac a commencé à se relever après avoir été libérée du poids de la glace (un processus appelé relèvement isostatique). Ce relèvement a réduit le débit d’eau à la sortie du lac Admiralty, ce qui a fait remonter le niveau de l’eau jusqu’à la formation du lac Ontario actuel.

Le paysage de la vallée de la Rouge que nous voyons aujourd’hui est le produit de milliers d’années d’événements naturels. Les collines, les crêtes et les vallées magnifiques qui s’étendent dans le parc n’auraient pas existé sans la puissance des glaciers qui ont sculpté les terres du Sud de l’Ontario, tandis que les sols fertiles de la Rouge doivent leur existence aux dépôts massifs de sable et de limon laissés par le retrait de la nappe glaciaire Laurentide.

Substrat de schiste ancien

Le substrat rocheux de cette région est âgé de 450 millions d’années. Appelé formation de Whitby, ce schiste a été formé à l’époque où une mer peu profonde recouvrait une grande partie de l’Amérique du Nord.

Il y a environ 450 millions d’années, un vaste réseau de rivières s’écoulait sur l’actuelle partie sud de l’Ontario vers une immense mer intérieure qui recouvrait la majeure partie de l’Amérique du Nord. Les sédiments argileux qui se sont déposés au fond de cette mer se sont compactés au fil du temps pour former le schiste. Cette roche est appelée formation de Whitby, et elle constitue le substrat rocheux de tout le parc urbain national de la Rouge. La mer intérieure abritait une variété d’organismes préhistoriques, notamment ceux qui figurent parmi des tout premiers animaux multicellulaires de la planète comme des coraux, des brachiopodes, des éponges, des myes et des trilobites, certains desquels ont été préservés sous la forme de fossiles. Dans le parc, le schiste de Whitby est exposé à quelques endroits le long de la rivière Rouge et de la Petite rivière Rouge, là où les ruisseaux ont érodé la couche de sédiments.