Pendant l’hiver 2020, Jory Mullen, scientifique des écosystèmes de Parcs Canada qui travaille dans le parc urbain national de la Rouge, a gardé des serpents dans sa chambre à coucher. Peu de gens peuvent se vanter ainsi d’apporter des « dossiers » à la maison.

Richard de Paulsen, agent de gestion des ressources de Parcs Canada
Richard de Paulsen, agent de gestion des ressources de Parcs Canada

À l’automne 2019, plusieurs semaines avant que les serpents commencent à se déplacer vers leur habitat d’hibernation, les écologistes du parc urbain national de la Rouge ont recueilli 24 couleuvres à ventre rouge, couleuvres brunes du Nord et couleuvres rayées et les ont placées dans des gîtes d’hibernation artificiels dans le cadre d’un recensement. Après la fermeture des bureaux du parc en raison de la pandémie de COVID-19, Jory, qui est aussi gardienne d’animaux sauvages autorisée par le ministère des Richesses naturelles et des Forêts et titulaire de tous les permis, les a hébergés temporairement chez elle.

« À la maison, j’ai une pièce qui n’est pas chauffée, indique Jory. Je peux donc contrôler la température en ouvrant ou en fermant la fenêtre. J’avais un capteur de température qui me réveillait au milieu de la nuit s’il faisait trop froid. » Ça, c’est être dévoué!

Pour recueillir les serpents, l’équipe a placé des panneaux de contreplaqué ou des « panneaux à couverture » près de deux bâtiments du parc qui seront bientôt démantelés. Les serpents sont attirés par les panneaux, car ceux-ci retiennent la chaleur du soleil qui les a réchauffés tout au long de la journée. Les serpents peuvent donc se réchauffer à l’abri des prédateurs. Après que l’équipe a ramassé à la main les serpents qui se trouvaient sous les panneaux à couverture, elle les a placés dans des terrariums dans un bureau du parc, puis Jory les a rapportés à la maison.

Le processus visant à évaluer si une espèce doit être protégée est long. Bien qu’aucun de ces serpents ne soit actuellement inscrit comme espèce en voie de disparition ou menacée, les employés de Parcs Canada ont tout de même constaté un déclin de leur population dans le parc urbain national de la Rouge. Plutôt que d’attendre que les serpents soient inscrits sur la liste des espèces en péril, l’équipe du parc a décidé de prendre les devants.

« L’herpétofaune – reptiles et amphibiens – est un très bon indicateur de la santé des milieux humides dans le parc urbain national de la Rouge. Comme nous nous appliquons à accroître la qualité et la superficie des milieux humides, nous gagnons à faire tout en notre pouvoir pour protéger toutes les espèces qui y vivent plutôt que de nous concentrer uniquement sur celles qui sont déjà inscrites comme espèces préoccupantes, a signalé Richard de Paulsen, agent de gestion des ressources de Parcs Canada. Toutes les espèces, particulièrement celles qui se nourrissent de petits invertébrés, d’insectes et d’isopodes, jouent un rôle essentiel, car ils assurent le cycle des nutriments à travers l’écosystème », a-t-il ajouté.

Le groupe de serpents que Jory, Richard et d’autres employés de Parcs Canada ont soigné a été relâché au printemps dans son habitat du parc, et l’équipe a vraiment le sentiment du devoir accompli. « Nous voulions nous assurer que ce groupe particulier de serpents avait les meilleures chances de survie pendant l’hiver, explique Richard. Nous avons même dû les relocaliser temporairement et en prendre soin, mais je suis certain qu’ils prospéreront dans le parc urbain national de la Rouge et y vivront en toute tranquillité. »