Au cours des dernières décennies, suite à l’infestation de la tordeuse des bourgeons de l'épinette, de vastes zones du parc national des Hautes-Terres-du-Cap-Breton ont connu une faible régénération forestière en raison de la surabondance des orignaux. Une analyse de l’imagerie satellite récente (Figure 1) indique que 11 % de la superficie totale du parc qui était un habitat forestier a été converti en habitat dominé par l’herbe. Le plus récent plan de gestion pour le parc national des Hautes-Terres-du-Cap-Breton décrit les mesures pour maintenir et améliorer un écosystème forestier sain. Il identifie spécifiquement la nécessité d’un plan qui traitera de la préservation et du rétablissement actuel et futur de la santé des forêts dans le parc national des Hautes-Terres-du-Cap-Breton.

Analyse de l’imagerie satellite Spot-5 du parc, montrant les zones forestières qui sont devenues prairies à la suite d’infestations de tordeuses des bourgeons de l’épinette et au broutage ultérieur des orignaux.
Figure 1 : Analyse de l’imagerie satellite Spot-5 du parc, montrant les zones forestières qui sont devenues des terres herbeuses à la suite d’infestations de tordeuses des bourgeons de l’épinette et au broutage ultérieur des orignaux.
© Parcs Canada

Au printemps 2014, le parc national des Hautes-Terres-du-Cap-Breton a lancé Rétablir la forêt boréale, un projet de conservation et de restauration (CoRe) visant à rétablir la santé de la forêt. Grâce à ce projet, Parcs Canada continuera à travailler en étroite collaboration avec nos partenaires Mi’kmaq, nos intervenants et les Canadiens afin d’évaluer et de discuter des solutions à long terme et durables visant à réduire l’impact de la surabondance des orignaux sur la santé des écosystèmes forestiers du parc national des Hautes-Terres-du-Cap-Breton.

Le projet permettra de mettre à l'essai différentes méthodes de restauration des forêts, y compris la construction d’exclos d’orignaux, la plantation d’arbres, et la suppression de l’orignal dans une zone de 20 km2 à l'intérieur du parc. Un exclos a été construit et des arbres ont été plantés sur le sentier Skyline. Toute suppression d’orignaux requiert qu’un plan de gestion de la faune surabondante soit approuvé avant de pouvoir agir. Le Plan de gestion de la surpopulation d’orignaux (PGSO) approuvé pour le mont North répond aux exigences de la directive de gestion de Parcs Canada 4.4.11 : Gestion des populations d'espèces sauvages surabondantes dans les parcs nationaux du Canada. Il fournit la justification scientifique pour expliquer pourquoi les orignaux sont considérés comme étant surabondants dans le parc national des Hautes-Terres-du-Cap-Breton et pourquoi la réduction de la population par la récolte a été sélectionnée pour la région du mont North.

Identification du problème

L’échec de la régénération de la forêt boréale à la station de surveillance située sur le plateau du mont North, avec prairie ouverte et bouleaux blancs souffrant de broutage excessif et de retard de croissance.
Figure 2 : L’échec de la régénération de la forêt boréale à la station de surveillance située sur le plateau du mont North, avec terres herbeuses et bouleaux blancs souffrant de broutage excessif et de retard de croissance.
© Parcs Canada

Au cours des 20 dernières années, les impacts de l’orignal sur la régénération de la forêt boréale dans le nord du Cap-Breton ont été bien documentés par Parcs Canada et par des chercheurs externes, qui ont montré que la succession forestière de la forêt boréale a échoué en raison de broutage excessif par les orignaux. La surveillance des niveaux de broutage par le personnel du parc national des Hautes-Terres-du-Cap-Breton montrent également qu’une forte proportion d’espèces boréales clés, telles que le sapin baumier et le bouleau blanc, sont sévèrement affectées et sont incapables de croître à une hauteur où ils seraient hors de portée des orignaux.

La perte de la couverture forestière influe directement sur les espèces qui ont besoin des forêts pour servent d'abri et de source de nourriture. Cela comprend les espèces en péril comme la grive de Bicknell, qui dépendent de forêts denses en régénération pour la nidification, et les espèces provinciales en péril comme la martre d’Amérique et le lynx du Canada, qui comptent sur la couverture forestière pour se cacher et pour chasser leur proie.

Ces impacts graves du broutage excessif sur la forêt boréale ont amené Parcs Canada et les principaux intervenants à classifier l’orignal comme étant surabondant et à recommander une gestion active visant à retirer des orignaux.

Le mont North est une des zones les plus touchées au parc, avec des terres herbeuses couvrant environ les deux tiers de ce qui était autrefois une forêt boréale en santé. Toutefois, le mont North montre un potentiel élevé de rétablissement en l’absence de l’orignal, tel qu’indiqué par les résultats d’un exclos construit en 2007 (Figure 3).


Chercheur Sean Blaney entouré de semis en régénération dans l’exclos en 2014, avec des prairies de la zone de contrôle visibles en arrière-plan.
Figure 3 : Botaniste Sean Blaney entouré de semis en régénération dans l’exclos en 2014, avec des terres herbeuses de la zone de contrôle visibles en arrière-plan.
© Parcs Canada

Dans un écosystème impliquant la prédation des loups et/ou une chasse intensive, la densité typique d'orignaux est de moins de 1,0 orignal/kmet souvent plus près de 0,5 orignal/km2. Les résultats des relevés de la population d'orignaux effectués en 2015 dans le parc national des Hautes-Terres-du-Cap-Breton montrent une densité de 1,9 orignal/km2, soit près de quatre fois ces chiffres. En conséquence, l'écosystème du parc national des Hautes-Terres-du-Cap-Breton n'est pas en mesure de subvenir aux besoins d'une population si importante d'orignaux; cette surpopulation d'orignaux nuit à son bon rétablissement.

Sélection d’une option de gestion pour le mont North

Un certain nombre d’options de gestion pour la région du mont North ont été évaluées en consultation avec les intervenants et les experts à l’automne de 2014. Il y avait un consensus général que le retrait de l’orignal par l’abattage sélectif était l’option la plus réaliste et pratique pour la région du mont North. D’autres options envisagées incluaient l’installation d’une clôture, la réintroduction du loup, la translocation, le contrôle de la fertilité et des naissances, et l'élevage. Même si ces options n’ont pas été retenues pour le mont North, nous pourrions les envisager lors de discussions futures traitant d'une initiative de gestion de l’orignal à l’échelle de tout le parc.

Après consultation des intervenants, le parc national des Hautes-Terres-du-Cap-Breton a proposé le retrait de l'animal par le biais d'une récolte dans la zone de 20 km2 située sur le mont North (figure 4). L'objectif proposé est de réduire de 90% la population d'orignaux dans ce 20 km2 sur le mont North.

Imagerie satellite Spot-5 de la zone à l’étude sur le mont North.
Figure 4 : Imagerie satellite Spot-5 de la zone à l’étude sur le mont North.
© Parcs Canada

Dans le cadre de l'arrangement intérimaire entre les Mi’kmaq de la Nouvelle-Écosse et Parcs Canada, signé en 2012 (et renouvelé en 2017), les Mi’kmaq de la Nouvelle-Écosse bénéficient de l'accès prioritaire à la récolte des espèces fauniques en surpopulation dans le parc national des Hautes-Terres-du-Cap-Breton. Par conséquent, les Mi’kmaq de la Nouvelle-Écosse, représentés par l'Assemblée des chefs mi’kmaq de la Nouvelle-Écosse, travailleront de pair avec Parcs Canada pour organiser le retrait de l'orignal sur le mont North, et l'Institut des ressources naturelles d'Unama’ki (UINR) mènera les opérations de récolte proposées. 

La récolte proposée a été présentée au public à des séances d’information et le PGSO a été examiné par les principaux intervenants. Une préoccupation importante qui ressort de ces séances est la possibilité d’impacts potentiels de la récolte du mont North sur la zone de chasse provinciale voisine dans l’aire sauvage provinciale de Polletts Cove et de la faille Aspy [lien en anglais seulement]. L’objectif est de mener des opérations de récolte dans le parc national des Hautes-Terres-du-Cap-Breton de manière à ne pas causer d’impacts négatifs déraisonnables sur les zones environnantes. Un plan de suivi a été élaboré en collaboration avec les principaux intervenants afin d'évaluer et d'atténuer les impacts éventuels, et pour éclairer toute discussion portant sur des ajustements à apporter aux récoltes à venir. Dans le cadre de ce programme de surveillance, les densités d’orignaux à l’intérieur et à l’extérieur du parc sur le mont North continueront à être surveillés par des relevés aériens annuels, et des enquêtes terrestres en hiver seront également planifiées pour documenter le mouvement des orignaux post-récolte vers et depuis la zone à l’étude.

Le succès de la récolte sera mesurée par le contrôle de la réponse de la végétation et des niveaux de broutage la région. Les résultats de cette étude et la surveillance des mouvements des orignaux seront utilisés pour évaluer et affiner les opérations de récolte pour le reste du projet, et pour informer, à l’échelle du parc, les initiatives de gestion durable des orignaux.

Plan opérationnel de la récolte

L’Institut de ressources naturelles Unama’ki (IRNU) et Parcs Canada ont élaboré des lignes directrices opérationnelles pour la récolte en conformité avec les pratiques de récolte éthiques établies et en minimisant les risques pour la sécurité publique. Des protocoles opérationnels détaillés ont été mis en place avant chaque période de récolte, sujets à examen et approbation par les partenaires du projet. 

Toutes les activités de la récolte seront effectuées par des chasseurs Mi’kmaq, soigneusement sélectionnés par l’IRNU d’Unama’ki (Cap-Breton) et de la Nouvelle-Écosse continentale. Les chasseurs recevront des autorisations individuelles du directeur du parc national des Hautes-Terres-du-Cap-Breton, leur permettant de récolter des orignaux dans la zone à l’étude sur le mont North et de mener des activités qui s’y rapportent à l’intérieur du parc national des Hautes-Terres-du-Cap-Breton. L’IRNU sera responsable de la coordination des opérations de la récolte, avec le soutien des employés de Parcs Canada.

La récolte peut avoir lieu sur une période prédéterminée entre la fin de la saison touristique (fin octobre) et le 31 décembre de chaque année. Pendant la période opérationnelle de la récolte, l’accès du public à l’ensemble de la région du mont North sera limité, à l’exception du trafic en transit sur la Cabot Trail. Le public sera informé de toute fermeture dans la région ainsi que des périodes de récoltes lorsque les dates seront déterminées.

Le transport motorisé hors route n’est pas permis pendant la récolte, à l’exception des motoneiges à condition que la couverture de neige soit suffisante. L’utilisation d’hélicoptères est autorisée pour fins de repérage et de transport, mais est interdit pour chasser ou rassembler les orignaux.

Le parc national des Hautes-Terres-du-Cap-Breton recueillera des données sur chaque animal récolté, incluant l'âge, le sexe, la condition physique, de même que des échantillons de sang et de poils. L'Institut des ressources naturelles d'Unama’ki et le Kwilmu'kw Maw-klusuaqn Negotiation Office (KMKNO) distribueront la viande des orignaux récoltés aux communautés mi’kmaq et non-mi’kmaq de Nouvelle-Écosse, ainsi qu'à l'organisme « Feed Nova Scotia ».


Pour demander un exemplaire du Plan de gestion de la surpopulation d'orignaux sur le mont North, dans le parc national des Hautes-Terres-du-Cap-Breton, envoyez-nous un courriel à cbhnp.info@pc.gc.ca.