Rapport sommaire

On ne peut affirmer que la forêt boréale est en bonne santé simplement parce que les arbres sont en bonne santé; il s’agit également d’un habitat important pour les espèces dont la survie en dépend, comme l’orignal, le lièvre, de nombreux oiseaux, l’écureuil, le lynx et la martre d’Amérique. Le projet de remise en état des forêts Rétablir la forêt boréale, qui a duré cinq ans, a pris fin en mars 2019. Ce projet pilote a mis l’accent sur deux secteurs du parc national des Hautes-Terres-du-Cap-Breton, soit le sentier Skyline et le mont North. En collaboration avec ses partenaires, Parcs Canada a mis à l’essai différentes techniques dans chaque secteur afin de déterminer quelles approches de rétablissement de la santé des forêts sont les plus efficaces, notamment planter des arbres et aménager des clôtures le long d’un tronçon du sentier Skyline pour empêcher les orignaux de brouter les jeunes arbres, et réduire la population d’orignaux dans un secteur de 20 km2 au mont North.

Nous tenons à remercier les nombreux bénévoles, membres de la collectivité et partenaires qui ont participé au projet, que ce soit en plantant des arbres, en chassant l’orignal, en communiquant leurs points de vue ou en nous aidant à mobiliser un plus grand nombre de Canadiens que nous n’aurions pu le faire seuls.

Beaucoup de données ont été recueillies sur les cinq années de ce projet. Voici un aperçu du projet. Un rapport détaillé sera fourni sur demande; il suffit d’écrire à pc.cbinfo.pc@canada.ca.

Rétablir la forêt boreale : Une histoire sur le parc national des Hautes-Terres-du-Cap-Breton

Transcription

[Titre animé :] « Rétablir la forêt boreale : Une histoire sur le parc national des Hautes-Terres-du-Cap-Breton »

[Narrator] Le parc national des Hautes-Terres-du-Cap-Breton est connu pour ses hautes terres et son paysage maritime spectaculaires. Des falaises abruptes et de profonds canyons de rivière sculptent la forêt boisée du plateau au bord de l’océan Atlantique. Le paysage accidenté du parc national présente trois zones terrestres distinctes : La forêt acadienne d’anciens feuillus et de conifères luxuriants ornent les vallées et la côte, des zones tourbeuses et des terres arides occupent le haut plateau, et entre les deux se trouve la vaste forêt boréale, couvrant un tiers du parc. Une forêt boréale saine est composée de conifères comme le sapin baumier et l'épinette,

et de feuillus comme le bouleau blanc et le sorbier d’Amérique,

: et elle abrite de nombreux animaux, tels que l’écureuil roux, la grive de Bicknell,

le lièvre d’Amérique, le tétras du Canada, la martre, le lynx, l’orignal

et d'autres encore. Aujourd’hui, un épais tapis d’herbe est en train de remplacer la forêt autrefois robuste. La forêt boréale du parc national et la vie des plantes et des animaux qui y vivent, sont menacées. Les écosystèmes changent constamment. La forêt boréale est naturellement perturbée par d’importantes épidémies d’insectes

et par le feu. Mais une forêt boréale saine peut se rétablir. Quand les arbres plus vieux meurent, ils font place aux jeunes arbres. Il existe aussi un équilibre entre les animaux. Quand les herbivores trouvent beaucoup de nourriture, les prédateurs empêchent la population d’augmenter de manière incontrôlée. Chaque partie de l’écosystème est essentielle au maintien de l’équilibre dans une forêt boréale saine. Pour comprendre ce qui se passe aujourd’hui dans la forêt boréale

du parc national des Hautes-Terres-du-Cap-Breton, nous devons examiner le passé. Depuis la nuit des temps les Mi’kmaq ont vécu en harmonie avec la forêt boréale. Après l’arrivée des colons européens, les orignaux et les loups ont disparu de l’île du Cap-Breton. 40 ans plus tard, des orignaux du parc national Elk Island ont été amenés de l’Alberta et introduits au parc. Une nouvelle population s’est graduellement établie.

Naturellement, la forêt a commencé à se régénérer et les jeunes arbres ont grandi.

Avec beaucoup de jeunes arbres à manger et l’absence d’un prédateur naturel, la population d’orignaux a explosé.

Si rien n’est fait pour corriger cette tendance, la forêt boréale pourrait se transformer en terres herbeuses.

Quand cela est possible, nous permettons à la nature de retrouver son propre équilibre. Mais sans aide, la régénération de notre forêt boréale sera impossible. Et c’est ce que le parc national des Hautes-Terres-du-Cap-Breton est en train de faire. Nous pouvons aider la forêt boréale à retrouver son équilibre. Les jeunes, les Mi’kmaq, les communautés de la région,

Vous aussi, vous pouvez vous impliquer.

Venez visiter le parc national des Hautes-Terres-du-Cap-Breton pour le voir par vous-même. Ensuite, plantez un arbre pour aider à rétablir la forêt boréale, et vivez sa magie. Pour en savoir plus, visitez...

[titre animé : Rétablir la forêt boreale]

[titre animé: Unama'ki Institute of Natural Resources logo]

[titre animé: Parcs Canada]

© Sa Majesté la Reine du Chef du Canada représentée par Parcs Canada, 2016.

[titre animé : ] Canada

Sommaire

Dans le Rapport sur l’état du parc national des Hautes-Terres-du-Cap-Breton de 2010, l’indicateur « Forêt » était jugé « Passable, en déclin » et certains éléments de la forêt boréale étaient dans un état « Mauvais, en déclin ». Une infestation antérieure de tordeuse des bourgeons de l’épinette, combinée à une forte population d’orignaux, a empêché la régénération des forêts, perturbant les processus normaux de succession forestière. Le parc a donc perdu environ le tiers de sa forêt boréale, et quelque 12 % de sa superficie a été convertie en prairies. Parcs Canada a jugé qu’il était temps d’intervenir et de donner un coup de main à la nature.

À la suite de consultations auprès du public et des intervenants, le parc national des Hautes-Terres-du-Cap-Breton a lancé le projet pilote Rétablir la forêt boréale, dans le cadre duquel on a mis à l’essai différentes techniques de reboisement et appliqué des programmes de réduction des populations fauniques employés dans d’autres parcs nationaux. En collaboration avec les Mi’kmaq de la Nouvelle-Écosse, quatre campagnes de chasse à l’orignal ont été menées dans un secteur de 20 km2 du mont North, dans le parc national des Hautes-Terres-du-Cap-Breton. Cette pratique a été combinée au reboisement actif et à la plantation de semis; on a également mis à l’essai l’aménagement de clôtures pour protéger la forêt régénérée au sentier Skyline.

La surveillance a été un élément essentiel du projet. Ainsi, la surveillance du broutage des arbres au mont French et dans le secteur de 20 km2 du mont North a donné des résultats prometteurs, la disponibilité de rameaux non broutés étant passée de 46 % en 2015 à 86 % en 2019, après la dernière chasse.

On a aménagé, dans l’exclos Skyline, une plateforme d’observation où se trouvent des panneaux d’interprétation; plus de 61 000 visiteurs y sont venus les deux premières années. Les images diffusées par une caméra Web installée sur la plateforme ont été vues près de 57 000 fois au cours de la première année. Le site Web du projet et le compte YouTube où l’on a diffusé deux vidéos portant sur le projet ont reçu plus de 33 000 visites. Les travaux de sensibilisation ont donné lieu à plus de 4 000 heures de bénévolat et mobilisé 19 partenaires. Cela a permis d’établir des rapports plus étroits avec les partenaires du milieu universitaire, de créer nombre de nouveaux partenariats et de resserrer les liens avec d’autres partenaires existants.

Il est important de mentionner que le projet Rétablir la forêt boréale a atteint toutes les cibles faisant l’objet d’un suivi dans le Centre d’information sur les écosystèmes de Parcs Canada, à l’exception de la survie d’une haute densité de nouveaux semis de bois résineux (plus de 7 000 tiges/hectares) sur cinq hectares. Nous avons réussi à obtenir 3,6 hectares à la densité souhaitée.

Plantation d’arbres

Les bénévoles du projet Rétablir la forêt boréale ont planté plus de 16 000 arbres le long du sentier Skyline. De plus, 51 000 autres arbres (épinettes blanches et sapins baumiers) ont été plantés à proximité du sentier, ce qui a permis d’obtenir 3,6 hectares de haute densité (plus de 7 000 tiges/hectare) et 1,6 hectare de plus faible densité. Les orignaux préfèrent se nourrir du sapin baumier et n’aiment pas beaucoup l’épinette. Par conséquent, les semis de sapins baumiers ont été plantés à l’intérieur de la clôture et ceux d’épinettes, à l’extérieur. Plusieurs techniques de plantation différentes ont été utilisées pour aider à établir lesquelles sont les plus efficaces dans les conditions relevées au mont French (sentier Skyline).

Réduction de la population d’orignaux

Parcs Canada a collaboré avec les Mi’kmaq de la Nouvelle-Écosse, sous la coordination de l’Institut des ressources naturelles d’Unama’ki, pour effectuer quatre chasses à l’orignal dans un secteur de 20 km2 du mont North. Ces campagnes ont permis d’éliminer 138 orignaux du secteur entre 2015 et 2018; au moins 60 % des orignaux ont été abattus chaque année. Ces chasses ont fourni 190 440 portions de viande d’orignal aux Mi’kmaw et à d’autres communautés dans le besoin de l’ensemble de la Nouvelle-Écosse, de même que des peaux d’orignal, des bois et d’autres parties d’orignal importantes sur le plan culturel à des fins cérémonielles.


Principales leçons apprises

Parcs Canada en a beaucoup appris sur l’écosystème boréal du parc national des Hautes-Terres-du-Cap-Breton pendant ce projet qui comportait plusieurs éléments écologiques et sociaux difficiles. Nos résultats ont montré que si l’accès des orignaux aux arbres est limité sur les monts North et French, les arbres peuvent pousser.

Le projet Rétablir la forêt boréale n’a pas été sans difficulté. Le volet chasse à l’orignal du projet pilote s’est avéré important, mais difficile. Les campagnes de chasse au mont North ont été compliquées par les problèmes d’accès, les conditions météorologiques défavorables et une période propice très courte pour chaque campagne. On a beaucoup eu recours à des hélicoptères tout au long des campagnes de chasse pour repérer les orignaux, transporter les chasseurs vers les lieux de chasse et ramener ceux-ci au camp de base avec les orignaux abattus. Bien que l’utilisation intensive des hélicoptères ait augmenté l’efficacité et réduit l’impact au sol, elle a entraîné des coûts supplémentaires, et les restrictions en matière de sécurité des vols ont limité le temps d’activité. On recommande donc, pour les programmes de contrôle de la population d’orignaux à l’échelle du paysage ne comportant pas de telles contraintes de temps et contraintes opérationnelles, de réduire ou d’éliminer l’utilisation d’hélicoptères, ce qui permettrait de contrôler les dépenses et de réduire les restrictions opérationnelles.

La chasse à l’orignal dirigée par les Mi’kmaq a par ailleurs créé la controverse. Des opposants à cette activité se sont fait entendre tout au long du projet, mais surtout au début de la première campagne de chasse, en 2015. Celle-ci a donc été retardée, puis il a fallu prévoir une plus forte présence des agents d’exécution de la loi de Parcs Canada et de la GRC pour assurer la sécurité de tous lors des chasses subséquentes. Bien que la sécurité soit la priorité absolue de Parcs Canada, des mesures supplémentaires ont considérablement augmenté les coûts du projet pour les deux premières récoltes. Les opposants ont été moins virulents au cours des dernières années du projet, ce qui a réduit les coûts de mesures de sécurité.

Le projet Rétablir la forêt boréale a transformé la façon dont le public perçoit la remise en état de l’écosystème boréal dans le parc national des Hautes-Terres-du-Cap-Breton. Les réussites et les leçons tirées de ce projet seront prises en compte par Parcs Canada et ses partenaires lors de l’élaboration des prochains plans directeurs du parc et la préparation de futurs travaux de conservation. Le projet a montré qu’il est possible de rétablir l’intégrité écologique de ce grand écosystème si on peut gérer celui-ci adéquatement et obtenir la coopération des organismes partenaires.


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