Chute d’une alpiniste sur le mont Temple, parc national Banff, le 12 août 2014 
Blessure d’un alpiniste à la suite d’un éboulement sur le pic Wiwaxy, parc national Yoho, le 14 août 2014
Fracture d’une cheville du côté ouest du lac Louise, parc national Banff, le 26 août 2014


Chute d’une alpiniste sur le mont Temple, parc national Banff, le 12 août 2014

À 17 h 30, le Service de répartition de Banff a reçu l’appel d’un alpiniste indiquant que sa partenaire venait de faire une chute sur le versant nord du mont Temple. Elle grimpait le long de la crête, retournant vers le sommet, lorsqu’une partie du talus d’éboulis s’est dérobée sous ses pieds, entraînant sa chute sur la paroi abrupte et glacée du glacier nord. Elle a tenté d’arrêter sa descente en enfonçant ses doigts dans la glace, mais en vain. Heureusement elle a pirouetté par-dessus la rimaye et s’est arrêtée sur le plateau du glacier, juste en dessous de la rimaye du côté ouest du glacier nord. Malgré cette chute d’environ 80 mètres, elle n’avait subi aucune blessure pouvant mettre sa vie en danger. Cependant, elle ne pouvait plus utiliser ses mains. De plus, elle transportait la corde dans son sac à dos, alors son partenaire ne pouvait pas la rejoindre. Ce dernier a finalement pu établir un contact avec elle et déterminer qu’elle allait bien, mais qu’elle était incapable de se sortir de là par elle-même.


Endroit où l’alpiniste blessée a terminé sa chute sur le glacier nord du mont Temple.

Le personnel de la Sécurité des visiteurs a immédiatement averti l’hélicoptère, les secouristes et les SMU de Banff. À 18 h 10, l’équipe a quitté Banff en direction du mont Temple. À 18 h 27, le personnel de la Sécurité des visiteurs avait déjà repéré les alpinistes, établi une aire de rassemblement en haute montagne et préparé les SMU de Banff à recevoir la patiente à l’aire de rassemblement du lac Moraine. À 19 h, deux spécialistes de la Sécurité des visiteurs ont été hélitreuillés jusqu’à la crête, au-dessus de la patiente. Ils ont installé un ancrage dans la glace et un des secouristes est descendu jusqu’à la patiente. Cette dernière a été attachée à la sangle de sauvetage et ses blessures ont été évaluées et pansées. La patiente, son partenaire et le personnel de la Sécurité des visiteurs ont été hélitreuillés jusqu’à l’aire de rassemblement supérieure et la patiente a ensuite été transportée par hélicoptère jusqu’à l’ambulance qui l’attendait.


La flèche indique l’endroit du sauvetage.

Analyse
Les alpinistes venaient tout juste de terminer l’escalade de haut niveau de la crête est du mont Temple. Après s’être reposés au sommet, ils ont amorcé la descente de la mauvaise crête. Ils ont rapidement constaté leur erreur et rebroussaient chemin pour retourner au sommet lorsque l’accident s’est produit.
Ce cas montre bien que des accidents peuvent survenir quand on s’y attend le moins et qu’ils peuvent même arriver aux alpinistes expérimentés et bien préparés. La plus grande erreur de cette équipe d’alpinistes a été de commencer à descendre la mauvaise crête. Ils s’étaient désencordés au sommet et avaient amorcé la descente d’une crête comportant des talus d’éboulis qui ne semblait pas dangereuse. La crête paraissait facile à parcourir, mais une grande partie des éboulis et pierriers reposaient sur de la vieillie glace de glacier. Cela se produit dans de nombreux secteurs du parc, à mesure que les glaciers reculent, ce qui rend la traversée difficile. L’effondrement sous les pieds de l’alpiniste a causé sa chute sur la paroi glacée du glacier nord.

L’alpiniste qui n’était pas blessé a pris la bonne décision en voyant qu’il ne serait pas capable d’aider sa partenaire sans rendre la situation plus dangereuse, compte tenu de l’équipement dont il disposait. De plus, il avait en sa possession un dispositif de communication bidirectionnel et a été capable d’appeler le Service de répartition de Banff et de demander de l’aide. Il a communiqué directement avec le personnel de la Sécurité des visiteurs et lui a transmis des renseignements pertinents sur l’emplacement, la situation, les blessures, les conditions météorologiques et les ressources qui seraient nécessaires pour effectuer le sauvetage. Cette information est précieuse pour le personnel de la Sécurité des visiteurs et a permis le sauvetage efficace de l’alpiniste blessée.


Blessure d’un alpiniste à la suite d’un éboulement sur le pic Wiwaxy, parc national Yoho, le 14 août 2014

Le 14 août 2014, deux alpinistes ont quitté l’auberge Lake O’Hara Lodge pour entreprendre l’escalade de la crête Grassi, sur le pic Wiwaxy. En fin d’après-midi, une pluie fine a rendu le quartzite très glissant et ralenti leur progression. À l’approche de leur dernière longueur, une petite colonne de roche s’est effondrée au passage du premier de cordée. Plusieurs gros moellons ont dévalé la voie d’escalade, et l’assureur a été frappé durement à la cuisse. Ses blessures l’empêchaient de bouger, et les cordes étaient gravement endommagées par l’éboulement. Le premier de cordée a réussi à descendre en rappel à l’aide de la corde la moins endommagée. Il s’est occupé de l’assureur et a appelé à l’aide en utilisant un dispositif de communication par satellite SPOT ainsi qu’une radio avec laquelle il a communiqué avec des amis au Lake O’Hara Lodge.

À 20 h 40, la Sécurité des visiteurs a reçu un appel du personnel du Lake O’Hara Lodge au sujet du blessé et un message 911 par le dispositif SPOT. En raison du mauvais temps et de la courte période de clarté restante, l’équipe de la Sécurité des visiteurs n’a pas pu se mettre en route le soir même. Après avoir communiqué avec les alpinistes par l’entremise du personnel de l’auberge et consulté les prévisions météorologiques, il a été décidé de procéder à une tentative de sauvetage dès le lever du jour le lendemain matin plutôt que de tenter d’escalader la roche glissante pendant la nuit. Les alpinistes ont trouvé un abri sous un rocher, et c’est là qu’ils ont attendu les secours.


 Alpinistes blessés sur la crête Grassi, pic Wiwaxy, le 15 août 2014

Après un léger retard attribuable au brouillard, l’équipe de la Sécurité des visiteurs a réussi à s’envoler vers le lac O’Hara le 15 août à 7 h et à rejoindre les alpinistes. Les deux compagnons ont été transportés par hélicoptère au bout d’une élingue jusqu’à une ambulance qui les attendait. Ils ont été traités pour un cas d’hypothermie légère, et l’assureur a reçu des soins pour sa blessure à la cuisse.


Évacuation des alpinistes blessés depuis le sommet du pic Wiwaxy, le 15 août 2014

Analyse
Les éboulements sont une source de préoccupation constante sur les longs parcours rocheux des zones alpines. Lorsque le quartzite est mouillé et glissant, la situation peut devenir très difficile à gérer. Dans la mesure du possible, efforcez-vous d’installer des points de fixation de manière à empêcher les cordes de déloger de la roche instable et cherchez des lieux d’assurage abrités pour réduire les risques de blessures.

Dans une situation de ce genre, le fait d’avoir des vêtements supplémentaires (gants, tuque et blouson) et une bâche d’urgence légère peut grandement améliorer les choses. Les deux alpinistes avaient des blousons, et ils ont eu la chance de trouver un abri à proximité. La pluie a cessé, et les températures nocturnes sont demeurées douces, mais les deux compagnons auraient été beaucoup plus à l’aise s’ils avaient eu quelques épaisseurs supplémentaires de vêtements légers et une bâche légère pour se réchauffer.

Les alpinistes avaient un bon moyen de communication sur eux, ce qui leur a été très utile. La Sécurité des visiteurs a ainsi pu connaître leur emplacement exact, évaluer adéquatement leur état, leur faire savoir quand ils pouvaient s’attendre à un sauvetage et suivre leur état tout au long de la nuit.

Enfin, cet incident met en relief le fait que plusieurs facteurs – le moment de la journée, les conditions météorologiques ou l’état des voies d’escalade – peuvent retarder considérablement l’arrivée des secours. Après avoir communiqué avec les alpinistes, la Sécurité des visiteurs a conclu qu’ils pourraient passer la nuit sans aide supplémentaire et qu’il serait avisé d’attendre jusqu’au lendemain à l’aube pour amorcer l’opération de sauvetage, afin de réduire sensiblement les risques pour les sauveteurs.


Fracture d’une cheville du côté ouest du lac Louise, parc national Banff, le 26 août 2014

Le présent rapport concerne deux alpinistes qui escaladaient la voie Fiddler on the Roof, du côté ouest du lac Louise. Ce parcours boulonné traverse un toit, qui donne aux alpinistes une impression de vide. Après être parvenu au sommet, le premier de cordée a entrepris d’enlever ses dégaines pendant une descente en rappel. Comme le parcours consistait en une traversée, l’assureuse devait effectuer un assurage par le bas en tenant les deux cordes afin que son compagnon puisse garder les mains libres pour accéder aux dégaines situées en aval. L’assureuse pesait moins que le premier de cordée et se trouvait sur du terrain inégal lorsqu’elle a été arrachée de sa position d’assurage. Le choc l’a poussée vers l’aval sur du terrain raboteux, et elle s’est coincé le pied sous une racine. L’assureuse portait des sandales; l’impact lui a fracturé la cheville et lui a entaillé le dessous du pied. Les alpinistes ont entrepris une procédure d’auto-évacuation avant de se rendre compte qu’ils auraient besoin d’aide. C’est alors qu’ils ont appelé le Service de répartition de Banff.

Le Service de répartition a reçu l’appel vers 22 h 15 et a coordonné une opération de sauvetage avec la Sécurité des visiteurs avec l’aide du service d’incendie bénévole de Lake Louise. Les sauveteurs ont rejoint les deux alpinistes à mi-chemin sur le sentier du Bord-du-Lac. Ils ont évalué la blessée, réaligné l’os fracturé et placé la cheville dans une attelle, avant de transporter la patiente sur une civière jusqu’à l’ambulance qui attendait au terrain de stationnement. 

 
La scène de l’accident, au bas de la voie d’escalade « Fiddler on the Roof ». Le « X » indique l’emplacement approximatif d’où la grimpeuse blessée a été projetée et la flèche indique l’endroit où elle a abouti.

Analyse
Il est très courant pour un premier de cordée de « nettoyer » une voie d’escalade d’une seule longueur pendant un rappel ou une descente par une autre technique. L’alpiniste peut ainsi retirer tout son équipement (les dégaines, dans le cas d’une voie sportive) sans que son compagnon ait à effectuer un assurage en moulinette. Il peut procéder ainsi pour diverses raisons, la commodité et la rapidité étant les plus communes. En l’occurrence, les alpinistes avaient décidé de faire une dernière ascension avant la tombée de la nuit et tentaient de terminer leur excursion avant l’obscurité. De plus, ils ont avoué que c’est « une baisse de vigilance et un manque de communication » qui ont amené le premier de cordée à prendre la décision d’enlever ses dégaines pendant une descente en rappel plutôt que de procéder à un assurage en moulinette. Ils estiment que, s’ils avaient convenu d’un plan pour enlever les dégaines avant d’amorcer l’ascension, ils auraient peut-être été plus conscients des difficultés et des dangers associés à cette démarche et trouvé une meilleure solution. La communication est très importante en alpinisme, et le manque de communication fait souvent partie des facteurs qui contribuent à un accident.

L’enlèvement de dégaines à la descente peut se révéler difficile si la voie consiste en une traversée ou si la paroi est très abrupte. En effet, la gravité tire l’alpiniste vers le bas, de sorte qu’il devient difficile de se balancer pour atteindre les dégaines. Bien souvent, il vaut mieux procéder à un assurage en moulinette pour éviter cette difficulté. Il est parfois possible de retirer les dégaines lorsque l’inclinaison de la traversée ou du surplomb n’est pas extrême. Une bonne communication est cependant essentielle, tout comme une position solide pour l’assureur. Comme dans tout assurage, l’écart entre le poids du premier de cordée et celui de l’assureur revêt une grande importance, parce qu’il est plus facile pour le plus lourd des deux alpinistes de tirer son compagnon.

Voici quelques facteurs qui ont contribué à la gravité de cet accident :

  1. 1. Les alpinistes ont été contraints de retirer les dégaines pendant une descente en rappel parce que la nuit tombait, même s’ils savaient que l’opération serait difficile sur une traversée.
  2. 2. L’assureuse qui tenait les cordes de rappel pesait moins que son compagnon et se trouvait dans une position d’assurage précaire, sur du terrain inégal.
  3. 3. L’assureuse portait des sandales. L’accident se serait sans doute produit même si elle avait porté de meilleures chaussures, mais les blessures auraient peut-être été moins graves.
  4. 4. Les deux alpinistes n’ont pas suffisamment communiqué pour convenir du meilleur moyen de retirer les dégaines. Ils estiment tous deux avoir relâché leur vigilance et sous-estimé les dangers.

De nombreux alpinistes choisissent d’enlever leurs dégaines de cette manière. Cet accident nous rappelle quelques facteurs à prendre en considération dans une telle opération. De plus, il nous rappelle que des blessures graves peuvent survenir de façon imprévisible même dans l’application d’une technique que de nombreux alpinistes considèrent comme courante. Il faut toujours rester à l’affût des dangers et ne jamais baisser la garde!

L’alpiniste a subi une chirurgie à la cheville le lendemain à l’hôpital de Banff, et elle se remet bien de ses blessures.