Accident mortel sur le mont Victoria, parc national Banff, le 7 août 2013

Alpinistes en détresse sur la crête est du mont Edith Cavell, parc national Jasper, le 9 août 2013

Accident mortel sur le mont Redoubt, parc national Jasper, le 14 août 2013

Grimpeur en détresse sur le mont Victoria, parc national Banff, le 22 août 2013


Accident mortel sur le mont Victoria, parc national Banff, le 7 août 2013

Le présent rapport concerne un grand groupe d’amis et de connaissances qui faisaient de l’escalade et de la randonnée dans le secteur du lac O’Hara. Dans la matinée du 7 août 2013, deux des membres du groupe ont entrepris l’ascension du chaînon sud-est du mont Victoria. Ils avaient une corde très courte, mais ils ne se déplaçaient pas en cordée. À environ 300 m en amont du refuge, juste au-dessous du premier grand replat du chaînon, l’un des alpinistes est tombé pendant l’ascension d’une bande de schiste noir friable. Il se trouvait à côté du second alpiniste, à quelques mètres au-dessus de lui, lorsqu’il a amorcé une culbute qui s’est terminée sur les pentes dominant le refuge. Le second alpiniste ignore si son compagnon a glissé ou s’il a souffert d’un problème médical. 

 
Col Abbot – lieu de l’accident. La flèche bleue montre l’endroit où l’alpiniste est tombé. La petite cabane jaune indique l’emplacement du refuge du Col-Abbot.

L’alpiniste non blessé s’est mis à crier à l’aide et a amorcé une descente pour rejoindre son compagnon. Deux autres membres du groupe qui effectuaient l’escalade du mont Lefroy ont entendu ses appels et sont eux aussi descendus à sa rescousse. L’un des occupants du refuge s’est servi de son téléphone cellulaire pour appeler le Service de répartition. Les spécialistes de la Sécurité des visiteurs se sont rendus au Bureau des gardes de Banff pour préparer l’équipement nécessaire dans l’attente de l’hélicoptère de sauvetage Alpine. Pendant que les sauveteurs chargeaient l’équipement de sauvetage, l’alpiniste indemne et d’autres occupants du refuge ont rejoint l’alpiniste accidenté, qui avait déjà succombé à ses blessures. Le rassemblement en prévision de l’évacuation par hélitreuillage s’est fait à partir de l’aire d’atterrissage du col Abbot, et l’alpiniste indemne a été transporté par élingue jusqu’au refuge. La victime a ensuite été héliportée jusqu’à l’auberge Temple Lodge (station de ski de Lake Louise), où la GRC et la Sécurité des visiteurs s’étaient postées pour pouvoir rester au-dessus du brouillard enveloppant la vallée. Deux membres du groupe ont été héliportés jusqu’à Lake Louise pour des dépositions et ramenés en voiture au lac O’Hara, où ils ont retrouvé leurs compagnons.

La victime, un homme âgé de 72 ans, était un alpiniste chevronné. 

 
Les spécialistes de la Sécurité des visiteurs sont transportés par hélitreuillage jusqu’au lieu de l’accident, sur le mont Victoria.

Analyse
Le chaînon sud-est inférieur du mont Victoria est formé principalement de terrain de catégorie 4 qui s’escalade sans assurage ni encordement. La plupart des guides ont recours à une technique spécialisée, celle de la corde courte, pour protéger le second alpiniste contre une éventuelle chute sur ce type de terrain. En l’occurrence, l’alpiniste qui était en tête est tombé, et il aurait fort probablement entraîné son compagnon dans sa chute s’ils s’étaient encordés. Les conséquences d’une chute en terrain abrupt – même modéré – peuvent être mortelles.

Alpinistes en détresse sur la crête est du mont Edith Cavell, parc national Jasper, le 9 août 2013

Le 9 août 2013 à 3 h 30 du matin, deux alpinistes ont quitté le terrain de stationnement du secteur Cavell pour tenter l’ascension de la crête est du mont Edith Cavell (3 363 m, terrain d’escalade de catégorie 3, cote 5,3). Au début du parcours, ils ont contourné du terrain rocheux facile pour gravir une ravine enneigée, ce qui a ralenti leur progression. Une fois rendus sur la voie d’escalade, ils ont entrepris l’ascension de la crête et, après quelques longueurs, ont constaté qu’ils progressaient très lentement. À 14 h, ils ont atteint leur point le plus élevé, un endroit situé au dessus du gros épaulement et au même niveau qu’une mince bande de neige coupant transversalement la paroi à 2 900 m d’altitude. Il a commencé à pleuvoir légèrement, et le terrain qui s’étendait au-dessus d’eux paraissait engagé, mouillé et glissant. Les deux compagnons ont donc conclu qu’il serait trop risqué de poursuivre leur ascension ou de redescendre la paroi de la montagne. À 14 h 15, à l’approche d’un orage, ils ont composé le 911 avec leur téléphone cellulaire. Le Service de répartition de Jasper a acheminé l’appel à la Sécurité des visiteurs du parc national Jasper. Un hélicoptère de sauvetage Bell 407 et un pilote de Golden ont été dépêchés sur les lieux en renfort. Alors que les conditions météorologiques se détérioraient et que les nuages de l’après-midi se formaient autour du pic, les deux alpinistes ont vite été repérés à une altitude d’environ 2 900 m sur une bonne saillie rocheuse. À 16 h 30, deux techniciens de la Sécurité des visiteurs ont été héliportés jusqu’au lieu de l’incident, et les alpinistes en détresse ont été évacués un à la fois jusqu’à une aire de rassemblement au pied du parcours d’escalade. De là, sauveteurs et alpinistes ont été transportés en hélicoptère jusqu’au fond de la vallée.

Analyse

La crête est du mont Edith Cavell est une longue arête rocheuse. Il faut une bonne gestion du temps et de solides techniques d’alpinisme pour l’escalader dans un délai raisonnable, sans compter que la descente se fait par la paroi ouest, qui se termine par une très longue randonnée. En général, l’aller retour exige de 12 à 14 heures. Le long du parcours, les deux alpinistes ont fait des choix qui leur ont coûté de l’énergie et du temps précieux, alors qu’il était crucial d’escalader la paroi rocheuse le plus vite possible pour quitter le terrain de haut niveau avant l’arrivée des orages de l’après-midi, un phénomène caractéristique de cette période de l’année. Les alpinistes n’avaient pas l’habitude des techniques leur permettant de se déplacer rapidement et en sécurité sur ce type de terrain, et ils ont découvert que le parcours, dans son état actuel, dépassait leurs compétences, leur zone de confort, leur tolérance au risque et leur niveau de forme physique. Les deux compagnons étaient bien préparés et avaient sur eux tout l’équipement de sécurité nécessaire pour affronter le parcours et pour bivouaquer au besoin, mais ils avaient du mal à avancer rapidement sur ce type de terrain. Il est important de tenir compte des prévisions météorologiques et de la variabilité des conditions dans le choix d’une destination, surtout s’il s’agit d’une crête longue et exposée comme celle dont il est question ici. Il importe également d’avoir accès à une issue appropriée et de posséder les compétences et la force psychologique voulues pour quitter en toute sécurité un parcours lorsque les conditions météorologiques se détériorent et que l’enthousiasme s’émousse.

Alpinistes en détresse sur la crête est du mont Edith Cavell © Valérie Domaine

Accident mortel sur le mont Redoubt, parc national Jasper, le 14 août 2013

Dans l’après-midi du 15 août, la Sécurité des visiteurs du parc national Jasper a reçu un appel au sujet d’un alpiniste manquant à l’appel. Il était parti en excursion sur la crête nord-ouest du mont Redoubt (3 120 m, terrain d’escalade de catégorie 3, cote 5,6), dans la vallée Tonquin, un secteur reculé du parc national Jasper. L’enquête préliminaire a révélé que l’alpiniste n’avait pas pris contact avec sa famille par téléphone satellite la veille comme il était censé le faire. Les techniciens de la Sécurité des visiteurs ont trouvé son véhicule au début du sentier et ont eu recours à des méthodes de confinement pour s’assurer qu’il n’avait pas quitté la vallée par d’autres points d’accès. Une recherche au sol a rapidement été organisée dans les campings de l’arrière-pays et les refuges. Un hélicoptère de sauvetage Bell 407 a été mis à contribution pour une recherche aérienne des parcours d’escalade et des pics environnants, mais les sauveteurs sont rentrés bredouilles. Le lendemain, le mauvais temps a empêché les sauveteurs de procéder à une recherche autour du sommet, mais les équipes au sol ont ratissé les secteurs environnants et les points d’accès inférieurs. Une fois le beau temps revenu, l’équipe aérienne a repéré l’alpiniste à 500 m du sommet, sur une petite plaque de neige, dans une ravine de la paroi ouest de la montagne. Tout semble indiquer qu’il faisait une descente en rappel, mais il est impossible de déterminer avec certitude la cause de sa chute. Les parois de la ravine étant très escarpées, l’hélicoptère ne pouvait pas y déposer sans danger l’équipe de sauveteurs. Il a donc fallu héliporter trois techniciens de la Sécurité des visiteurs sur un éperon situé à peu de distance. De là, les sauveteurs ont escaladé les saillies pour accéder à un point situé au-dessus de l’alpiniste. Ils y ont fixé un point d’ancrage, et l’un des techniciens a descendu jusqu’à la plaque de neige agrippée à la paroi presque verticale pour y envelopper la victime. Il a fixé l’alpiniste à l’ancrage et l’a libéré de ses cordes, qui avaient interrompu sa chute en restant coincées à un rocher. Le corps a alors été évacué jusqu’à une aire de rassemblement.

Analyse

Il serait facile de conclure que cet accident était le fait d’un alpiniste téméraire qui a pris des risques inutiles en montagne. Cependant, nous savons que cet alpiniste avait beaucoup d’expérience et qu’il soupesait bien ses choix. Il comprenait les risques auxquels il s’exposait, possédait les compétences et la forme physique nécessaires et donnait signe de vie à sa famille selon un horaire rigide et fiable. De l’avis de tous, le parcours choisi était nettement à la portée d’une personne de son niveau de compétence, et il avait accès à une issue en cas de problème. Tout porte à croire qu’il s’agissait d’un accident de rappel, mais il est impossible à déterminer si la roche qui lui servait de point d’ancrage a cédé, s’il y a eu défaillance de son équipement au point d’ancrage ou si les conditions météorologiques ont joué un rôle (orages et vents violents en après midi). Il est important pour tous les alpinistes de bien comprendre les risques courus pendant l’escalade. Les compétences, l’expérience et le choix du parcours sont des aspects importants, et il faut tenter d’atténuer les risques en faisant les choix les plus sûrs possibles. Testez vos prises de mains, vérifiez vos points d’ancrage deux fois plutôt qu’une, fournissez le plus de détails possible sur le parcours choisi à une personne à contacter en cas d’urgence (ou inscrivez-vous au registre des activités à risque des parcs nationaux des Rocheuses) et assurez-vous que vous avez le bon équipement pour affronter toutes les situations possibles.

Accident mortel sur le mont Redoubt

Accident mortel sur le mont Redoubt


Grimpeur en détresse sur le mont Victoria, parc national Banff, le 22 août 2013

Le présent rapport concerne un employé du secteur du champ de glace Columbia qui souhaitait faire une randonnée. Le mardi 20 août, il a pris la navette jusqu’au lac O’Hara dans l’intention de passer la nuit au refuge Elizabeth Parker, que gère le Club alpin. Il s’est présenté sans réservation, alors que le refuge affichait complet. Le randonneur a donc décidé de grimper jusqu’au col Abbot. Nous ignorons s’il avait des cartes sur lui et s’il connaissait le parcours pour s’y rendre. Après un virage à gauche au lac Oesa, il a commencé à faire de la varappe sur les parois sud-ouest du mont Victoria. L’homme avait atteint plus de 2 900 m d’altitude lorsqu’il a décidé de s’arrêter. Il a tenté de traverser sur une saillie rocheuse, mais celle-ci s’est peu à peu amincie jusqu’au point de disparaître. Puis, en tentant de redescendre, le grimpeur a fait une chute qui l’a projeté sur une autre saillie. Par bonheur, il en a été quitte pour quelques ecchymoses et égratignures. Il a alors décidé de rester en place et d’attendre les secours. Après deux nuits sur la saillie rocheuse, le grimpeur en détresse a réussi, le troisième jour, à attirer l’attention d’un groupe du Club alpin du Canada qui revenait du col Abbot. 

 
L’étoile rouge marque l’endroit où se trouvait le grimpeur.

En se servant d’un téléobjectif, le groupe du Club alpin du Canada pouvait voir le randonneur qui agitait son manteau rouge et faisait clignoter sa lampe de poche. Les alpinistes, qui avaient sur eux des radios bidirectionnelles, ont pris contact avec le refuge Elizabeth Parker pour signaler sa présence. L’un d’eux s’est rendu en vitesse à l’auberge et a appelé les secours. Il a branché sa radio MF sur la voie de Parcs Canada pour guider les sauveteurs. Le randonneur en détresse a été repéré et évacué par hélitreuillage jusqu’à sa voiture.


 Le grimpeur est héliporté jusqu’à un lieu sécuritaire.

Analyse
Tous nos remerciements au Club alpin du Canada d’avoir signalé cet incident avec autant d’efficacité. Le randonneur n’avait communiqué son itinéraire à personne, et il aurait fallu un certain temps pour le repérer à l’endroit où il se trouvait. L’homme aurait pu prévenir une telle situation en planifiant sa randonnée et en remettant la description de son parcours à quelqu’un.