Grimpeurs en détresse sur la Paroi en pleurs, parc national Banff, le 27 mars 2011
Alpiniste blessée sur le parcours Mixed Master, le 22 mars 2011
Skieurs emportés par une avalanche dans le col Uto, mont Sir Donald, parc national des Glaciers, le 18 mars 2011


Grimpeurs en détresse sur la Paroi en pleurs, parc national Banff, le 27 mars 2011

Un groupe de grimpeurs s’est trouvé dans une situation de détresse lors de la deuxième portion de la descente en rappel à la droite de la Paroi en pleurs. La descente comprend trois portions de rappel de cinquante mètres pour atteindre le sol. Les grimpeurs ont fait des nœuds au bout de leur corde pour la première descente en rappel, mais ils ont oublié de défaire les nœuds lorsqu’ils ont tiré la corde de rappel. Par conséquent, l’un des nœuds s’est coincé dans l’ancrage et la corde est restée bloquée. Les grimpeurs étaient pris au premier relais de rappel, et comme ils devaient encore descendre en rappel sur une distance de cent mètres, ils ont décidé de couper la corde de rappel. Ils avaient donc une corde de soixante mètres rattachée à une corde de vingt mètres coupée de l’autre corde. Les grimpeurs ont décidé de fixer au relais la corde de quatre-vingt mètres obtenue en combinant les deux bouts de cordes, et de descendre en rappel au moyen de la corde simple jusqu’au dernier relais, où un deuxième groupe de grimpeurs avait laissé une corde de rappel qu’ils pourraient utiliser pour atteindre le sol. Lorsque le premier grimpeur a entrepris la descente en rappel et qu’il a atteint le nœud qui rattachait la corde de vingt mètres à la corde de soixante mètres, il est resté coincé. Il s’agissait seulement de la deuxième expérience de rappel pour le grimpeur, et ne sachant pas comment résoudre le problème, il est resté coincé sur la ligne fixe. Le deuxième groupe de grimpeurs a signalé la situation au centre de répartition des appels d’urgence de Parcs Canada, qui a informé son équipe chargée de la Sécurité des visiteurs.

Comme la nuit était tombée, des spécialistes de la Sécurité des visiteurs de Parcs Canada sont partis de Banff en véhicule pour se rendre à la Paroi en pleurs. Portant des lampes frontales, les deux spécialistes ont escaladé le couloir Sniveling Gully jusqu’en haut de la partie inférieure de la Paroi en pleurs, et ils ont marché jusqu’à la route de rappel. Ils ont ensuite descendu pour se rendre jusqu’aux grimpeurs et leur porter secours. Les grimpeurs étaient de retour au parc de stationnement à 2 h.

Les spécialistes de la Sécurité des visiteurs de Parcs Canada à l’œuvre la nuit à la Paroi en pleurs.
Les spécialistes de la Sécurité des visiteurs de Parcs Canada à l’œuvre la
nuit à la Paroi en pleurs
© Parcs Canada

Analyse

Le grimpeur est resté suspendu sur la corde de rappel de 18 h à 1 h 30. C’est une longue période pour une personne qui est suspendue au bout d’une corde dans son harnais. Le manque d’expérience est le principal facteur ayant contribué à cet incident. Si le groupe de grimpeurs s’était assuré d’avoir enlevé le nœud du bout de la corde avant la descente en rappel, toute la situation aurait pu être évitée. Et même après que leur corde se fut coincée, s’ils avaient pensé à la distance à parcourir en rappel jusqu’au prochain relais, ils n’auraient pas eu à faire la descente sur la corde fixe avec un nœud (ils avaient seulement cinquante mètres à parcourir, et non quatre-vingt). Enfin, après avoir décidé de faire la descente en rappel au moyen de la corde ayant un nœud, si seulement ils avaient été au fait de certaines techniques de sauvetage de base, ils auraient pu régler le problème du nœud dans la corde et poursuivre leur descente jusqu’au sol sans avoir besoin d’aide. En général, il est préférable d’envoyer le grimpeur le plus expérimenté en premier, car celui-ci peut démêler les cordes et préparer le prochain relais de rappel. De toute évidence, la décision d’envoyer en premier le grimpeur le moins expérimenté en rappel a été une erreur dans la présente situation. Heureusement, les grimpeurs n’ont pas été blessés et ils ont été capables de retourner seuls au point de départ du sentier.


 

Alpiniste blessée sur le parcours Mixed Master, le 22 mars 2011

Le présent rapport concerne une alpiniste qui tentait d’escalader la voie de glace Mixed Master, laquelle était en grande partie fondue. En raison de l’état du parcours, elle a décidé de rebrousser chemin. L’alpiniste a placé sa corde de rappel derrière les anneaux attachés à deux pitons fixes. Lorsqu’elle a commencé sa descente en rappel, l’un des pitons s’est détaché, et elle est tombée 20 m plus bas sur la neige avant de culbuter sur une distance d’environ 75 m. Lorsque ses amis ont tenté de la déplacer pour la ramener à la route, elle s’est plainte de douleurs au cou, de sorte qu’ils ont cessé de la transporter.

Le groupe est parti à la course en direction de la Paroi en pleurs, qui se trouve à proximité, pour y alerter un guide de l’UIAGM. Le guide a signalé l’incident par radio au Service de répartition de Parcs Canada. Les deux groupes ont alors immobilisé la patiente et l’ont tenue au chaud avec des matelas Thermarest et des sacs de couchage. Des spécialistes de la Sécurité des visiteurs de Banff ont été dépêchés sur les lieux en hélicoptère et en véhicule. Après avoir été placée sur un matelas coquille à dépression/un brancard cuillère, la patiente a été héliportée jusqu’à l’aire de rassemblement, puis transportée à bord de l’hélicoptère jusqu’à l’hôpital de Banff.

Analyse

L’alpiniste a eu de la chance : elle s’en est tirée avec quelques ecchymoses. Voici les principaux facteurs qui ont contribué à cet accident : 

  1.  Le piètre état du parcours choisi. Le groupe voulait escalader un parcours mixte où la glace, au cours des rares occasions où elle forme une voie d’escalade, fond rapidement sous l’effet du rayonnement solaire. L’alpiniste tentait d’escalader ce parcours à la fin de la saison, lorsque la voie de glace avait déjà commencé à se détériorer.
  2. L’intégrité des points d’ancrage et la confiance accordée aux anciens pitons. Dans les parcs des montagnes, les parois rocheuses sont couvertes de pitons fixes. Cependant, ces points d’ancrage s’affaiblissent avec l’âge, et il ne faut pas s’y fier aveuglément.
  3. L’absence de redondance dans l’ancrage. Il n’y avait aucune redondance dans la manière dont l’alpiniste a enfilé la corde dans l’ancrage (voir la photo). Par conséquent, lorsque l’un des pitons s’est détaché, c’est le dispositif d’ancrage tout entier qui a cédé.

L’alpiniste a agi sagement en décidant de rebrousser chemin. Cependant, elle a mal évalué la qualité du point d’ancrage pour sa descente en rappel, ce qui lui a valu une mauvaise chute qui aurait pu avoir des conséquences beaucoup plus graves.

incorrecte  correcte
La manière incorrecte et la manière correcte d’enfiler une corde de rappel dans un relais.
La façon incorrecte ne comporte aucune redondance (c.-à-d. si un des points d’ancrage
cède, le dispositif entier est compromis), tandis que la façon correcte prévoit des redondances.
© Parcs Canada

Skieurs emportés par une avalanche dans le col Uto, mont Sir Donald, parc national des Glaciers, le 18 mars 2011

Le présent rapport concerne deux skieurs de randonnée chevronnés qui avaient entrepris une excursion avec coucher. Ils avaient l’intention de franchir le col Uto (mont Sir Donald) et de camper dans la vallée de la Beaver. Avant leur départ, plusieurs tempêtes successives avaient déversé 120 cm de neige sur la région. De plus, les météorologues avaient annoncé la venue d’un système de haute pression qui devait marquer les premiers jours de véritable ensoleillement et de réchauffement printanier. Vers 14 h, les skieurs avaient atteint le sommet d’une moraine dominant le terrain environnant, au-dessous d’une large pente enneigée à orientation ouest qu’ils devaient franchir pour gagner le col Uto. Conscient de la forte déclivité de cette pente, l’un des skieurs est resté sur le sommet de la moraine, croyant être à l’endroit le plus sûr, tandis que l’autre a pris les devants pour amorcer l’ascension du col.

Le skieur a d’abord fait un profil stratigraphique dans la neige et a jugé qu’il pouvait s’engager sur la pente sans risque. Il a poursuivi sa montée en sondant la neige avec son bâton de ski pour repérer les couches fragiles. À une distance d’environ 200 m au-dessus de son compagnon, il a senti que son bâton avait touché de la roche; la neige était soudainement beaucoup plus mince – elle ne faisait que 70 cm d’épaisseur. Il a fait un pas de plus et a senti un gros whoumf au moment même où les couches fragiles ont cédé sous son poids. Quelques secondes plus tard, des cassures linéaires ont commencé à se propager tout autour de lui.

Les deux skieurs ont été emportés par l’avalanche. Celui qui l’avait déclenché a terminé sa chute sur la surface du manteau neigeux et a réussi à s’extirper des débris. Il est ensuite parti à la course pour chercher son compagnon au dernier point de disparition, c’est-à-dire au sommet de la moraine. En tournant son ARVA pour recevoir un signal et entreprendre ses recherches, il a aperçu les bottes de son compagnon qui émergeaient des débris. Il s’y est précipité et a commencé à creuser. Son partenaire était complètement enseveli en position verticale, tête première et pieds exposés à la surface. Le skieur devait creuser dans près de 2 m de neige pour se rendre jusqu’à la tête de son compagnon. En exposant peu à peu son partenaire enseveli, il a tenté de le tirer hors de la neige, mais, voyant que ses efforts étaient vains, il a continué de creuser en criant à son ami de ne pas cesser de respirer. Le skieur a exposé une main, qui était pâle et grise. Finalement, il a atteint le visage de son partenaire et, à l’aide de ses mains, a enlevé la neige qui l’entourait. Une fois les voies aériennes dégagées, son partenaire a repris conscience.

Les deux skieurs ont évalué la situation. Ils avaient tous deux perdu leurs skis et leurs bâtons. Le skieur qui avait déclenché l’avalanche n’était pas blessé. Son compagnon était demeuré enseveli pendant une vingtaine de minutes, avait perdu connaissance pendant une partie de cette période et crachait du sang. En creusant dans la neige autour de lui, le skieur indemne lui avait infligé des coupures à l’épaule, au visage et aux jambes. Tous deux étaient trempés, avaient froid et s’approchaient de l’hypothermie. À 15 h 50, ils ont appelé la Sécurité des visiteurs du parc national des Glaciers pour signaler l’incident et demander un sauvetage.

Deux spécialistes de la Sécurité des visiteurs ont été dépêchés sur les lieux par hélicoptère. Pendant le vol de reconnaissance, ils ont observé dans le secteur un grand nombre de grosses avalanches déclenchées par le réchauffement solaire. Les victimes attendaient sur une terrasse en aval de l’avalanche – un lieu d’atterrissage raisonnable pour l’hélicoptère. Il y avait déjà eu des avalanches sur la pente se trouvant juste au-dessus d’eux, mais les pentes du mont Sir Donald, situées encore plus en altitude, étaient encore intactes, exposées aux rayons directs du soleil. Les spécialistes de la Sécurité des visiteurs ont décidé d’atterrir à proximité des skieurs, ont procédé à une évaluation rapide et ont pris en charge les deux skieurs le plus vite possible pour réduire leur exposition aux dangers en amont. Une fois de retour à l’aire de rassemblement du col Rogers, le patient a été transféré à une ambulance. En définitive, la victime ensevelie s’en est tirée avec des blessures mineures.

Skieurs emportés par une avalanche dans le col Uto, mont Sir Donald, parc national des Glaciers, le 18 mars 2011
Skieurs emportés par une avalanche dans le col Uto, mont Sir Donald, parc national des Glaciers, le 18 mars 2011 /© Parcs Canada

Skieurs emportés par une avalanche dans le col Uto, mont Sir Donald, parc national des Glaciers, le 18 mars 2011
Skieurs emportés par une avalanche dans le col Uto, mont Sir Donald, parc national des Glaciers, le 18 mars 2011 /© Parcs Canada


Analyse
Le groupe était très expérimenté. Le parcours choisi était exigeant : il fallait monter sur une pente raide à exposition ouest où la neige s’était accumulée par vent latéral; de plus, l’indice de risque d’avalanche était « Considérable » dans la zone alpine, et les météorologues avaient annoncé un fort réchauffement solaire. Conscients des risques, les deux skieurs fondaient leurs décisions sur l’information recueillie pendant leur ascension et tentaient d’atténuer les risques en s’espaçant. Mais il n’y avait aucun moyen d’éviter entièrement les risques, sauf en changeant leur itinéraire. Deux facteurs ont contribué à l’issue favorable de cet accident :

1) Le skieur qui a terminé sa chute à la surface a vite procédé au sauvetage de son compagnon, conscient du fait qu’il devait à tout prix l’extirper des débris le plus rapidement possible.

2) Les deux skieurs étaient bien préparés et disposaient de moyens de communication qui leur ont permis de prendre contact avec la Sécurité des visiteurs de Parcs Canada pour demander un sauvetage.

Rapports d'accidents