L’écologie du renard arctique et du renard roux dans l’écosystème du grand Wapusk

Ryan Brook et Murray Gillespie*

Jeune renard arctique mâchant un os d’oie Jeune renard arctique mâchant un os d’oie
© M. Gillespie
Renard arctique en hiver Renard arctique en hiver
© Parcs Canada

Dans le parc national Wapusk et les environs, à n’importe quel moment de l’année, il n’est pas rare d’apercevoir un renard arctique ou un renard roux occupé à se trouver de la nourriture. L’alimentation de ces deux espèces se ressemble en ce sens qu’elles se nourrissent d’à peu près tout. Classés dans la catégorie des carnivores, les renards consomment des rongeurs, des oiseaux, des lièvres, du poisson et des baies et se nourrissent également d’animaux morts. Au printemps, ils mangent des œufs de gibier d’eau, les cachent et se régalent d’oisons. On a trouvé 86 pattes d’oisons dispersées à l’extérieur d’un terrier, et on peut souvent trouver des bagues utilisées pour marquer les oies, la plupart provenant d’oisons, dans les environs de terriers.

Nous avons souvent observé des interactions entre des renards en mise bas et des ours polaires. Tout comme les ours polaires se servent de leur sens aigu de l’odorat pour trouver des phoques l’hiver, ils peuvent également trouver des terriers l’été. Un ours se mettra à taper vigoureusement de ses pattes de devant sur le dessus du terrier avec l’intention d’effondrer les tunnels ou de les creuser. Malgré leur grande taille et leur force imposante, les ours parviennent rarement à attraper leur proie, car le renard arctique creuse des dizaines de tunnels et de sorties.

Renard arctique adulte perdant son pelage d’hiver Renard arctique adulte perdant son pelage d’hiver
© M. Gillespie

La différence entre le renard arctique et le renard roux est très marquée en ce qui a trait à leur tolérance à l’égard de la présence humaine à proximité de leur terrier. La mère renarde rousse devient très nerveuse et se met à « crier » tout en rassemblant ses petits pour qu’ils se cachent dans le terrier. Le renard arctique tolère habituellement mieux les visiteurs tant et aussi longtemps qu’ils se tiennent à une distance raisonnable de 200 mètres ou plus. Il est possible de déterminer si un terrier est actif si l’on y remarque des traces récemment creusées ou si l’on y trouve des restes de proie. S’ils font preuve d’un peu de patience, les visiteurs auront normalement l’occasion d’apercevoir les cabrioles enjouées du renard arctique, surtout s’il s’agit de petits qui n’arrêtent pas de s’amuser. Puisqu’une portée compte environ 11 renardeaux, le terrier d’un renard arctique est l’un des endroits les plus vivants que vous puissiez observer au parc!

Nous avons commencé notre étude sur les renards de la région pour établir si, en effet, le renard roux se déplace vers le nord, comme il est le cas dans de nombreux endroits du monde. Les résultats obtenus dans d’autres régions ont permis de conclure que le renard roux a envahi l’aire de répartition du renard arctique, ce qui a eu pour conséquence de limiter ou de faire disparaître complètement le renard arctique, principalement en raison de la plus grande taille et du comportement plus agressif du renard roux.

Renard roux Renard roux
© Parcs Canada

Depuis le milieu des années 1990, nous surveillons la distribution des terriers du renard arctique et du renard roux. Nous cherchons à recueillir des renseignements de base sur la distribution des terriers afin d’observer si la situation change avec le temps. Les crêtes de plage sont cruciales aux deux espèces; tous les terriers que nous avons localisés se trouvaient dans cet habitat. Cependant, dans presque tous les cas, les renards roux creusent leur terrier plus loin de la côte de la baie d’Hudson et préfèrent habituellement les régions boisées, alors que le renard arctique choisit des endroits plus proches de la côte, dans des zones de toundra où l’on trouve peu ou pas du tout d’arbres; il semble qu’il existe une ligne de démarcation qui les sépare. Dans les années 1990, on a enregistré la présence d’un terrier de renard roux près du cap Churchill, dans une région normalement attribuée au renard arctique. On n’a toutefois pas repéré d’autre renard roux dans cette région particulière depuis cette seule observation.

Un des facteurs qui influencera sans doute la distribution du renard roux et du renard arctique est le réchauffement climatique. Au fur et à mesure que les températures des régions du Nord continuent de grimper, l’environnement que nous connaissons aujourd’hui se transformera, devenant éventuellement plus propice aux habitudes du renard roux qu’à celles de son cousin, le renard arctique. Le renard arctique saura-t-il s’adapter à ces changements ou continuera-t-il à se déplacer plus loin vers le nord, suivant ainsi l’ours polaire? C’est en assurant une surveillance continue que l’on pourra connaître la suite.

* Ryan Brook est professeur adjoint au Indigenous Land Management Institute de l’Université de la Saskatchewan et effectue, depuis 1994, de la recherche sur le terrain dans le parc national du Canada Wapusk.

Murray Gillespie vient de prendre sa retraite du poste de gestionnaire du gibier à plume auprès de la Province du Manitoba et surveille les outardes au camp de recherche Nester 1 depuis 1973. Il fait aujourd’hui partie du Conseil de gestion de Wapusk et, par l’entremise de son entreprise ThinkWild, il offre des expériences d’apprentissage pratiques et interactives aux jeunes de l’Ouest canadien et d’ailleurs.