Les Rangers juniors canadiens de Churchill et l’ISAMR travaillent ensemble Les Rangers juniors canadiens de Churchill et l’ISAMR travaillent ensemble
© Jessica C. Levine

Jill Larkin
Caporal-chef des Rangers canadiens
Chef de patrouille des Rangers juniors canadiens de Churchill

Échos de Wapusk - Volume 8, 2015

Dans des petites collectivités comme Churchill, de nombreuses personnes assument plusieurs responsabilités. Dans mon cas, je suis à la fois agente de gestion des ressources pour Parcs Canada et Ranger canadien de la Réserve des Forces armées canadiennes. Dans l’exercice de mes fonctions à Parcs Canada, j’aime travailler et me déplacer au parc national Wapusk. Quant au programme des Rangers canadiens, il me permet d’explorer la région avoisinante. Je vis des expériences passionnantes comme Ranger canadien. Par exemple, j’organise les points de contrôle de la course de chiens de traîneaux Hudson Bay Quest, je participe à des exercices de recherche et sauvetage, je forme les membres de l’armée de terre sur la survie en milieu sauvage et je pars en excursion en canot dans le Sud du Manitoba. J’ai de la chance d’avoir deux emplois qui me permettent de passer beaucoup de temps à faire du camping, du canot, de la motoneige et de la randonnée, et à pratiquer le tir.

Une de mes fonctions les plus intéressantes et gratifiantes comme Ranger canadien est chef de patrouille des Rangers juniors canadiens (RJC) de Churchill. Il s’agit d’un programme communautaire offert aux jeunes de 12 à 18 ans et dirigé par des membres de la patrouille locale des Rangers canadiens avec l’appui de la collectivité et du ministère de la Défense nationale. Nous adaptons le programme pour qu’il se révèle pertinent pour les Rangers à l’échelle locale et nous leur enseignons des compétences traditionnelles et pratiques. En plus des activités locales et des excursions en camping, les RJC venant de patrouilles d’ailleurs au Canada ont la possibilité de sortir de leur collectivité pour prendre part à différentes activités telles que des camps d’été, des concours de tir et des échanges avec d’autres patrouilles du Canada.

Les RJC Nickia McIvor et Jordan Bunka prennent des mesures dans une coupe de neige au parc national Wapusk. Les RJC Nickia McIvor et Jordan Bunka prennent des mesures dans une coupe de neige au parc national Wapusk.
© Dr. Jim Roth
La patrouille des RJC de Churchill est composée d’environ 25 jeunes, principalement des filles de 12 à 14 ans. Nos activités de patrouille comprennent le tir, la couture, la randonnée et l’apprentissage des techniques de survie. Nous partons aussi en camping au moins trois fois par année, habituellement en motoneige l’hiver. Nos excursions en camping ont différents thèmes : le piégeage, la chasse, la survie, la pêche sur la glace, et récemment, la recherche sur l’environnement et la faune.

L’idée de faire participer les RJC de Churchill à des activités de recherche est venue en août 2013 lorsque Parcs Canada m’a chargée de surveiller le pergélisol tout en passant une semaine avec un groupe d’élèves du secondaire au camp de recherche Nester One, situé dans le parc national Wapusk. Le groupe de participants à l’ISAMR (International Student-led Arctic Monitoring and Research) est composé d’élèves et d’enseignants de Baltimore, dans le Maryland (sous la direction de Julie Rogers de l’école Park School) et de Winnipeg (sous la direction de Ryan Brook de l’Université de la Saskatchewan).

Je me suis rapidement rendu compte qu’un tel voyage représente bien plus qu’un simple camp d’été ou qu’un cours sur le terrain. Le travail de l’ISAMR va au-delà de la science citoyenne parce que les élèves non seulement s’occupent de recueillir des données, mais aussi dirigent la recherche, procèdent à l’analyse des données et présentent des articles à des revues scientifiques évaluées par des pairs. En plus de l’étude sur le pergélisol réalisée sur 30 ans, les élèves aident Jim Roth, chercheur de l’Université du Manitoba, à mener des recherches sur le renard, et participent à des activités culturelles. Comme c’est le cas pour tous les chercheurs, les élèves de l’ISAMR présentent des exposés lors de diverses conférences scientifiques, où l’on croit souvent qu’il s’agit d’étudiants à l’université en raison du haut calibre de leur travail. (Veuillez vous reporter à l’article écrit par Cory Silver qui se trouve à la page 8 du présent numéro.)

Pendant que je me trouvais au camp Nester One avec ce groupe formidable de jeunes, j’ai commencé à réfléchir à la façon dont la patrouille des RJC pourrait bénéficier d’une telle expérience. La plupart des jeunes de Churchill n’ont jamais eu la chance de se rendre au parc national Wapusk. C’est pourtant à deux pas. Avec leurs compétences sur le terrain et leurs connaissances de la région, les RJC pourraient contribuer à l’équipe de l’ISAMR. Il s’est avéré que Mme Rogers voulait elle aussi faire participer des élèves de la région au programme, mais ne savait pas comment s’y prendre. Avant la fin de notre séjour, elle a proposé d’inclure quelques élèves des RJC de Churchill lors de l’excursion au camp Nester One en 2014.

Julie Rogers et moi avons décidé que les RJC se rendraient au camp Nester One en motoneige pour recueillir des données sur l’enneigement. Le sergent instructeur Danny Gosselin du comité d’adultes des RJC a accepté de financer entièrement le séjour, qui s’inscrirait dans le cadre de nos exercices officiels. LeeAnn Fishback, du Centre d’études Nordiques de Churchill, et Steve Mamet, de l’Université de l’Alberta, experts locaux de l’échantillonnage du manteau neigeux, ont appuyé nos plans et nous ont offert une formation.

Le séjour était prévu du 18 au 21 avril 2014. Le sergent Danny Gosselin s’est rendu à Churchill (depuis Winnipeg) pour prendre part à l’exercice, et Jackie Verstege, technicienne du Centre d’études nordiques de Churchill, s’est également rendue au camp Nester One accompagnée des RJC pour offrir de l’aide concernant l’échantillonnage du manteau neigeux. Jim Roth, qui avait l’intention de rester au camp Nester One à ce moment-là avec trois de ses étudiants diplômés et de faire de la recherche sur les renards, a été heureux de nous faire de la place au camp Nester One et de faire partie de l’exercice.

Le trajet vers Nester One a duré environ trois heures. La neige au camp était dure comme de la roche, et à certains endroits, elle avait plus de dix pieds d’épaisseur. Quatorze d’entre nous ont pelleté pendant plus de quatre heures seulement pour dégager le passage entre la cuisine et le pavillon-dortoir. Plus tard, nous avons préparé un spaghetti avec une sauce à la viande d’orignal pour le souper, puis nous nous sommes rendus à la baie d’Hudson en motoneige. À la fin de la journée, nous sommes rentrés pour prendre un repos bien mérité.

Le lendemain matin, nous avons accompagné Jim Roth et recueilli des données à trois tanières de renards situées près de Nester One. En après-midi, nous nous sommes rendus à trois sites d’observation du pergélisol de l’ISAMR pour réaliser l’échantillonnage du manteau neigeux. Tout s’est bien passé grâce à la formation qu’ont reçue les RJC des employés du Centre d’études nordiques de Churchill. L’exercice était bien plus qu’un simple voyage scientifique. Nous avons également suivi un entraînement à la navigation et exploré la région du cap Churchill, qui se trouve à une heure allerretour en motoneige du camp Nester One.

En août 2014, je me suis rendue à Nester One pour accompagner une deuxième fois un groupe de l’ISAMR, sauf que cette fois, j’étais en congé de Parcs Canada et je travaillais comme Ranger canadien. J’accompagnais deux RJC, Jordan Bunka et Dania Meeko, qui avaient fait partie du groupe ayant participé à l’excursion d’échantillonnage du manteau neigeux en avril. Ils ont eu l’occasion de voir le camp l’été, de se déplacer en hélicoptère et de se rendre à pied aux mêmes tanières de renard où ils s’étaient rendus en motoneige au mois d’avril.

Nickia McIvor, Khalee Palmer et Dania Meeko, RJC, préparent du pain bannock au camp de recherche Nester One. Nickia McIvor, Khalee Palmer et Dania Meeko, RJC, préparent du pain bannock au camp de recherche Nester One.
© Rangers juniors canadiens de Churchill
Nous avons marché jusqu’au cap Churchill un jour où il faisait très chaud. Le trajet a duré 12 heures aller-retour, comparativement à une heure en motoneige. Dania, Jordan et moi avons cuisiné des rations militaires pour que le groupe d’élèves de l’ISAMR puisse y goûter. Durant la randonnée, nous avons aperçu quelques ours polaires et des caribous qui ne se rapprochent habituellement pas autant des zones habitées. À notre retour, nous avons mangé du muktuk congelé (peau de bélouga avec gras) et de la viande d’orignal congelée trempée dans de la sauce soya. Paradoxalement, les végétariens du groupe ont vraiment aimé la viande locale. Ils ont commencé à se désigner comme des « carnivores culturels ». Dania et Jordan ont pu faire part aux autres élèves de leur expérience avec les RJC en faisant un exposé sur l’excursion d’échantillonnage du manteau neigeux d’avril précédent.

On a invité les RJC à participer au projet de recherche de l’ISAMR d’automne au Centre d’études nordiques de Churchill sous la direction de Jane Waterman, projet qui consiste à consigner la disposition des vibrisses de l’ours polaire. Cette chercheure a mis au point une méthode permettant d’identifier les ours blancs à l’aide de photographies des formes de leurs vibrisses. En octobre, nous avons passé deux jours à bord d’un Tundra BuggyMD à photographier des ours polaires. En soirée, les élèves ont assisté à des exposés présentés par l’aînée dénée Caroline Bjorklund, l’aînée métisse Myrtle DeMuelles et des chercheurs. Les RJC ont parlé du programme, et Antonina Kandiurin des RJC a présenté un exposé sur la chasse et le piégeage dans la région de Churchill. Le dernier jour, nous nous sommes rendus à ma cabane située à Goose Creek pour savourer un festin de touladi, d’oie et de bannock. Les élèves ont cousu des mitaines, et les RJC ont amené les élèves de l’ISAMR visiter la région en véhicule tout terrain.

Dans l’ensemble, 2014 s’est révélée être un succès en ce qui concerne la participation des RJC à l’ISAMR. En fait, le programme a remporté un tel succès que le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie nous a accordé une bourse Promo Science, ce qui nous permettra de recevoir des fonds pendant trois ans. De plus, on a invité Jordan Bunka, élève de la région, à se rendre à Baltimore à l’automne 2014 dans le cadre de la conférence annuelle Association of Independent Maryland Schools où il présentera un exposé portant sur les données sur le pergélisol avec les autres élèves de l’ISAMR. Les élèves ont aussi assisté au forum de recherche sur les parcs et les régions protégées du Manitoba qui s’est tenu à Winnipeg à l’automne 2014 et à la conférence internationale d’ArcticNet qui a eu lieu à Ottawa en décembre 2014. Les RJC et moi-même sommes heureux de poursuivre notre collaboration avec l'ISAMR pendant une deuxième année, et nous espérons que le programme prendra de l’ampleur!