L'ISAMR recueille des données dans le cadre d’une étude de 30 ans sur le pergélisol. L'ISAMR recueille des données dans le cadre d’une étude de 30 ans sur le pergélisol.
© Jessica C. Levine

Cory Silver
École : The Park School of Baltimore Baltimore (Maryland), États-Unis

Échos de Wapusk - Volume 8, 2015

Cory Silver au parc national Wapusk Cory Silver au parc national Wapusk
© ISAMR

Lorsque je me suis réveillé ce matin, je ne voulais pas quitter mon lit douillet, emmitouflé dans une couverture ouatée, et je me suis rendu compte que je ne voulais pas vraiment être ici; je voulais être ailleurs. J’avais vraiment envie de me réveiller au beau milieu de la toundra sous un ciel dégagé, dans une tente battant au vent. J’avais aussi très envie de me retrouver dans ma nouvelle famille, unique en son genre, et de m’asseoir pour déjeuner au camp Nester One. Au début, cette idée m’a semblée étrange, mais elle m’a permis de me rendre compte de l’effet qu’a produit sur moi le séjour des deux dernières semaines. Tout ce que j’y ai vécu et tous ceux que j’y ai rencontrés me manquent.

Habituellement, quand les gens pensent à l’Arctique, il leur vient à l’esprit des paysages, la toundra, des ours polaires ou même peut-être des caribous et des traîneaux à chiens. Ce séjour m’a permis d’aller au-delà des aspects physiques de la région (même si j’ai passé beaucoup de temps à admirer le merveilleux paysage et la vie qui existe dans le Nord) et de prendre contact avec la terre, mes camarades et moi-même. Ce fut une occasion de participer à de véritables travaux de recherche scientifique en tant qu’élève du secondaire, mais ce que j’avais perçu au départ comme un simple voyage de recherche s’est avéré, en réalité, bien plus.

Dès que j’ai mis les pieds dans la toundra après être descendu de l’hélicoptère au parc national Wapusk, j’ai tout de suite eu l’impression de me trouver dans un monde merveilleux, isolé des humains, et du coup, j’ai compris l’honneur que j’avais de me trouver là et ressenti le lien m’unissant à la terre. Il me semblait impossible de me sentir davantage en contact avec la nature que je l’étais alors. Il me paraissait incroyable que chaque sentier de randonnée emprunté n’avait peut-être jamais été parcouru par des humains. La terre elle-même semblait vivante étant donné qu’il n’y a rien d’autre pour occuper la scène à part les créatures majestueuses la parcourant. Dans le parc national Wapusk, une certaine harmonie s’est installée entre le groupe et l’environnement, un équilibre qui n’est pas facile à trouver en zone habitée. À mesure que le temps a passé, nous avons poursuivi notre travail de recherche, et je me suis rendu compte que je comprenais mieux cette parcelle de terre que ma propre cour!

Le fait d’avoir eu l’occasion de faire du travail sur le terrain à mon âge m’a vraiment donné le goût de faire des études postsecondaires en sciences. Je me suis toujours vraiment intéressé aux cours de sciences à l’école même si je me sentais souvent intimidé (et aussi très intrigué) par la recherche menée à l’extérieur de la salle de classe. Je n’étais pas certain si mon intérêt pour les sciences en classe pouvait se manifester aussi sur le terrain. Cependant, il y a très peu de choses qui peuvent soulever mon enthousiasme comme l’activité de recherche que nous effectuons maintenant tous les mois d’août et d’octobre. Je me rends compte que l’information recueillie, examinée et analysée nous permet non seulement de répondre à nos questions et d’ acquérir des connaissances : le travail va plus loin en nous permettant de plaider la cause d’une entité qui ne peut pas se défendre, l’environnement. Notre travail est réel et authentique à bien des niveaux.

Un des aspects les plus importants de l’ISAMR (sinon l’aspect le plus important) est son personnel. L’altruisme dont font preuve ces personnes qui ne se connaissaient pas il y a quelques semaines est impressionnant. Comment ne pas se rapprocher de personnes avec lesquelles on vit des expériences remarquables au quotidien, ou même à toute heure du jour! Dans de telles circonstances, la solidarité fait partie des moments inoubliables, comme ce fut le cas lorsque nous avons aperçu un béluga qui nageait dans la rivière Churchill ou la danse magique des aurores boréales : nous avons ressenti la même joie. Je ne crois pas avoir déjà écarquillé les yeux aussi grands et pendant si longtemps, et ne je voulais plus les fermer, même pas pour une seconde. Je crois que c’était pareil pour les autres. Nous avons ouvert notre coeur les uns aux autres. Ce genre d’intimité existe seulement entre des personnes qui vivent une expérience aussi fatigante qui leur donne le sentiment d’être aussi vivants. Nous sommes devenus une famille diversifiée. Je suis tellement reconnaissant envers les adultes qui ont eu le courage d’accompagner un groupe d’élèves du secondaire dans un endroit aussi isolé (et de toute beauté). Il faut, en effet, des personnes exceptionnelles pour effectuer un tel séjour, et je suis très reconnaissant de les avoir connues.

Pour terminer, il y a un dernier élément que j’aimerais mentionner même s’il peut sembler insignifiant, puisqu’il me paraît essentiel : l’Arctique a changé ma perception de mon chez-moi. Dans le passé, quand j’ai voyagé, peu importe si je me sentais profondément ancré à un endroit, mon chez-moi était toujours Baltimore, et j’ai toujours cru que « maison » et « chez-soi » étaient synonymes. Cependant, sur le chemin du retour du cap Churchill, après notre deuxième journée entière passée au parc national Wapusk, quelqu’un a demandé à quelle distance de chez nous nous étions. Tout le monde a hésité un instant, le temps de se rendre compte que le camp Nester One n’était pas notre chez-nous au sens traditionnel du terme. Le fait qu’un endroit puisse devenir un chez-soi en deux jours et demi à peine témoigne de l’incidence que peut avoir une telle aventure dans un tel endroit. Et maintenant, alors que je rédige cette dernière phrase assis au sous-sol de ma maison à Baltimore, mon chez-moi me manque.

Qu’est-ce que l’ISAMR?

ISAMR

L’ISAMR (International Student-led Arctic Monitoring and Research) est un programme de surveillance réfléchie et respectueuse des effets du changement climatique mondial sur la faune et la flore de l’écosystème du Grand Churchill/Wapusk. Cette équipe de recherche internationale a été fondée par Ryan Brook et Julie Rogers, et ses activités sont axées sur le pergélisol et les ours polaires.

Chaque année, environ 40 élèves canadiens de Winnipeg et de Churchill ainsi que dix élèves américains de Baltimore participent en août, en octobre et en février à des activités sur le terrain et à la collecte de données dans le cadre du programme. De plus, 50 autres élèves prennent part aux rencontres hebdomadaires de l’ISAMR, où ils reçoivent de l’information sur l’écologie de l’Arctique, analysent des données, élaborent des exposés pour des conférences scientifiques internationales et se préparent pour chacune des trois excursions sur le terrain.