Échos de Wapusk - Volume 7, 2014

Jill Larkin
Agente de gestion des ressources
Parc national Wapusk et lieux historiques du Nord du Manitoba

En tant qu’agente de gestion des ressources travaillant dans le parc national Wapusk situé dans la région subarctique éloignée, la région de 11 475 kilomètres carrés d’arrière-pays est mon second chez moi. Lorsque du travail est effectué dans un parc isolé du Nord, il n’est pas inhabituel de se déplacer en hélicoptère l’été et en motoneige l’hiver durant les tempêtes de neige, de confronter des ours polaires et des nuées de moustiques et de mouches noires, et endurer des températures grimpant à 30 °C l’été et plongeant à -30 °C l’hiver.

Au cours des six années que j’ai passées à Parcs Canada, j’ai souvent fait du travail passionnant, mais le projet de l’Atlas des oiseaux nicheurs du Manitoba est unique en son genre. Il s’agit d’une initiative réunissant de nombreux partenaires et organisations qui consignent la répartition et l’abondance de tous les oiseaux nicheurs dans l’ensemble du Manitoba. Entre 2011 et 2013, j’ai dirigé la planification de la logistique et j’ai fait partie de l’équipe sur le terrain lors de quatre grandes randonnées pédestres en canot et en arrière-pays dans le parc national Wapusk. Le projet m’a fait vivre des aventures dans tous les recoins du parc et m’a fait relever de nombreux défis.

Le travail du projet de l’Atlas des oiseaux nicheurs du Manitoba était exigeant physiquement : des excursions en canot de 14 jours et des grandes randonnées de 100 kilomètres. Parfois, l’équipe était appelée à travailler de douze à quatorze heures par jour, la journée commençant à 3 h 30! Avant le début de la saison de travail sur le terrain (habituellement en mars), je m’entraîne physiquement pour être en forme. Je fais de la raquette, et dès que la neige fond, j’enfile mes bottes de randonnée. Ma famille et mes amis ont cru que j’avais perdu le nord lorsqu’ils me voyaient marcher pendant des heures en périphérie de Churchill avec un sac à dos rempli d’haltères, mais ces efforts ont porté fruit. J’en ai eu la preuve le jour où j’ai parcouru mon dixième kilomètre avec un sac à dos de 50 livres sur les plateaux de tourbe spongieux du parc.

Lorsque j’ai pris en charge le projet, je devais acquérir de l’expérience supplémentaire afin de coordonner la logistique des expéditions en canot et des grandes randonnées pédestres. En vue de planifier ces excursions, je devais me renseigner sur les tentes légères, les matelas de camping et autre équipement. Il est difficile de choisir l’équipement pour le mois de juin au parc national Wapusk étant donné que les conditions météorologiques peuvent varier considérablement. Le jour, les températures grimpaient parfois au-dessus de 30 °C, et la nuit, elles descendaient sous zéro. C’est pour cela qu’il était difficile de planifier, puisqu’il fallait décider si porter un sac de couchage plus chaud sur le dos en valait vraiment la peine.

De plus, il était nécessaire de connaître les différents types d’aliments déshydratés et lyophilisés préparés commercialement. J’ai passé de nombreuses heures en ligne à comparer les prix, le poids et le nombre de calories de chaque repas. Lors de la première excursion, nous avons testé les repas préemballés et les aliments déshydratés maison. Je préfère de loin préparer et manger les plats maison, et je suis devenue une experte dans la déshydratation de fruits, de légumes et de viande.

Même si les relevés d’oiseux sont réalisés en juin et en juillet, le travail sur le terrain doit être effectué en hiver. Avant d’entamer l’excursion en canot sur la rivière Broad, on devait préparer une cache contenant la nourriture, les canots, les rames, les gilets de sauvetage et autre équipement, et la transporter au parc au printemps en motoneige. De plus, il fallait accorder une attention particulière à la façon d’emballer l’équipement pour empêcher de l’endommager lorsqu’il se ferait bringuebaler sur le traîneau ou sur le terrain accidenté. Pour ce qui est des aliments, on devait pouvoir les congeler et les dégeler sans devoir les réfrigérer et sans craindre qu’ils se gâtent.

La récupération de la cache était une excursion agréable d’une demi-journée. Nous avons quitté le camp de la rivière Broad, remonté la rivière, déposé la cache, pris du thé, puis nous sommes retournés au camp.

Toutefois, on ne peut pas en dire autant pour le retrait de la cache vide l’hiver suivant. À trois reprises, notre équipe n’a pas pu se rendre à l’endroit où la cache était entreposée en raison des problèmes mécaniques avec les motoneiges et du mauvais temps. La quatrième fois avait bien commencé, mais le vent s’est levé, il a commencé à neiger, et des conditions de voile blanc nous ont obligés à passer la nuit dans une cabane de trappeur.

Le lendemain, le vent s’est calmé et on a pu se rendre à la cache. Une fois rendus à la rivière, il y avait deux pieds de neige gorgée d’eau sous une couche de neige fraîche. À plusieurs reprises, les motoneiges sont restées prises dans la neige, on était trempés jusqu’aux os et épuisés. Nous avons donc décidé de nous déplacer plutôt sur la terre et laisser la rivière, sauf que sur la terre, il y a des arbres, et à la nuit tombée, la conduite était dangereuse. Comme nous étions à 12 km du camp, nous avons décidé qu’il nous était impossible de poursuivre le chemin. Nous avons donc creusé un trou dans un banc de neige, et c’est là où nous avons passé la nuit. Lorsque le jour s’est levé, nous avons trouvé une artère secondaire de la rivière Broad qui nous a permis un retour au camp sains et saufs.

Les moustiques et les moucherons des sables ont posé une autre difficulté. Je n’ai jamais vu autant de moustiques qu’au lac Fletcher en juin 2013. Ils bourdonnaient si fort qu’on avait de la difficulté à entendre le chant des oiseaux! Au déjeuner, pour éviter d’avaler des gorgées de moustiques, nous étions obligés d’abriter nos bols de gruau sous notre manteau-moustiquaire et nous mettre les bras dans le manteau pour pouvoir manger en paix. De plus, comme les températures frôlaient les 30 °C, porter ce manteau était insupportable. Il n’y avait pas d’ombrage près du camp, et déplacer le camp dans la forêt aurait été une mauvaise idée, car à découvert, le vent pouvait à tout le moins chasser les moustiques. On a pu régler la situation en restant dans les tentes pendant la plus grande partie de la journée après avoir terminé les relevés. Cela dit, même après avoir vécu cette expérience, je préfère être recouverte de DEET et porter un manteau-moustiquaire dans la région du lac Fletcher infestée de moustiques plutôt qu’installée devant un ordinateur!

En dépit de ces difficultés, les expéditions effectuées dans le cadre de l’Atlas des oiseaux nicheurs du Manitoba m’ont permis de mieux connaître le paysage diversifié du parc national Wapusk que tout autre projet sur lequel j’ai travaillé. Durant la randonnée, lorsque nous marchions le long des berges du camp de la rivière Broad jusqu’au cap Churchill, nous avons suivi les crêtes de plages de la route historique du commerce des fourrures qui reliait autrefois York Factory à Churchill. Ces crêtes servent également de corridor de déplacement pour le caribou que nous avons aussi vu de près sur la route. Comme le travail de relevés des oiseaux se fait au lever du jour qui peut être à 3 h 30, j’étais debout en train d’explorer la nature à un moment où la plupart des gens sont encore dans les bras de Morphée. Imaginez cela, voir le soleil se lever sur la toundra chaque jour pendant deux semaines!

J’ai hâte d’entreprendre mon prochain projet au parc national Wapusk, mon second chez moi!