Trésor nordique

Entrevue avec Myrtle deMeulles, O.M.

Heather MacLeod
Interprète du patrimoine, Parc national Wapusk et Lieux historiques nationaux du Nord du Manitoba

Myrtle deMeulles avec une des « sculptures en poils de caribou » qui ont fait sa renommée Myrtle deMeulles avec une des « sculptures en poils de caribou » qui ont fait sa renommée
© Parcs Canada

Il y a un monde de différence entre les sentiers de piégeage dans la forêt entourant Cumberland House, en Saskatchewan, et le modeste et accueillant Métis Hall, à Churchill, au Manitoba, sans parler des grands halls du Palais du gouvernement, au centre-ville de Winnipeg. Son périple, la conteuse Myrtle deMeulles l’a raconté à des milliers de visiteurs de la région de Churchill dans le cadre de sa présentation, « A Trapper’s Daughter ».

Myrtle deMeulles (née McCuley) faisait partie d’une famille de 12 enfants (6 garçons et 6 filles). Née en 1941, elle a grandi dans la petite collectivité de Cumberland House, en Saskatchewan.

Un des souvenirs d’enfance les plus tendres de Myrtle est lié aux sentiers de piégeage. Même si les femmes et les filles travaillaient fort pour monter les tentes, nettoyer et tendre les peaux, et préparer les repas, elle avait l’impression que c’était fête. Vivre des produits de la terre signifiait qu’il y avait souvent peu à manger et, à l’arrivée de la saison du piégeage, en mars, le garde-manger était presque vide à Cumberland House. Myrtle sourit au souvenir des festins de rat musqué et de castor et de l’agréable sensation que procurait un estomac bien rempli après un long hiver. Ce sont des histoires semblables, concernant un mode de vie qui n’est plus qu’un souvenir, qui continuent de captiver le public. La voix mélodieuse distinctive de Myrtle et le fait qu’elle a vécu ce qu’elle raconte lui permet de nouer immédiatement des liens avec ses auditeurs. Ses récits de jeunesse, teintés d’humour, passionnent petits et grands.

Cumberland House, sur les rives de la rivière Saskatchewan, est reliée à Churchill grâce aux routes commerciales maritimes historiques passant par Lower Fort Garry, près de Winnipeg, puis par la rivière Hayes jusqu’à deux importants postes de traite de la CBH, soit York Factory et le fort Prince-de- Galles. Cumberland House fut l’un des premiers postes de traite construit dans l’arrière-pays par la Compagnie de la Baie d’Hudson, en 1774, sous la direction de Samuel Hearne, qui reviendra plus tard à Churchill comme gouverneur du fort Prince-de-Galles. Il est donc en quelque sorte logique que Myrtle se soit établie à Churchill lorsqu’elle déménagea au Manitoba dans son adolescence.

Myrtle crée des images de la faune nordique, comme ces bélugas (ci-dessus) et celle d’une tanière d’ours polaire (ci-dessous) Myrtle crée des images de la faune nordique, comme ces bélugas (ci-dessus) et celle d’une tanière d’ours polaire (ci-dessous)
© Parcs Canada

À l’époque, explique Myrtle, les jeunes femmes étaient destinées à se marier. À l’âge de 14 ans, elle suivit sa soeur à Churchill afin d’y trouver à la fois un emploi et un prétendant. Elle trouva du travail au port de la baie d’Hudson, récemment construit, où elle aida à servir trois repas par jour à 500 hommes. C’est à cet endroit qu’elle rencontra son futur mari, Robert deMeulles. Ils se marièrent trois jours avant le 18e anniversaire de naissance de Myrtle à l’église catholique de l’endroit. Cinquante-deux ans plus tard, Myrtle confirme que son mari tient toujours la promesse faite à son père de prendre bien soin d’elle.

Un des objectifs de Myrtle consiste à transmettre la fierté de la culture métisse aux jeunes de Churchill et à encourager les arts et métiers métis qui ont été transmis de génération en génération. Sa marque de commerce, la « sculpture en poils de caribou », dont elle détient les droits, lui a été inspirée par la faune et les paysages de la région de Churchill. On les retrouve d’ailleurs dans le parc national Wapusk, et Myrtle a partagé son amour de la terre avec Parcs Canada en offrant un atelier sur sa méthode de sculpture aux étudiants qui participent au camp jeunesse « Leaders de notre planète » du parc.

Son père lui ayant appris à dessiner, ses premiers dessins sont des ours polaires et des caribous, puis plus tard des orignaux, des huards et d’autres sujets nordiques. Les références aux cultures crie et inuite abondent dans ses oeuvres, même si elle répond maintenant à des demandes personnalisées de toutes sortes. Elle expose fièrement ses artefacts et ses oeuvres d’art au Myrtle crée des images de la faune nordique, comme celle des bélugas (ci-dessus) et celle d’une tanière d’ours polaire (ci-dessous).

Métis Hall afin que les jeunes Métis se souviennent de leurs racines. Cela n’empêche toutefois pas les nombreux visiteurs de la région de Churchill de les admirer pendant la populaire « saison des ours polaires », chaque automne.

Myrtle a aussi à coeur de faire connaître et apprécier la culture métis en tant que culture autochtone distincte, au même titre que les cultures crie, dénée et inuite. Le père de Myrtle, Joseph McCuley, était un Écossais qui, comme bien d’autres avant lui, est venu au Canada et y a marié une Autochtone (sa mère, Margaret, est crie). Elle considère donc avoir des liens avec les deux peuples, ainsi qu’avec la culture métisse issue de cette union. Mais Myrtle trouve que la culture métisse est généralement mal connue et appréciée, surtout à l’étranger. Ses contes et ses allocutions publiques ont grandement contribué à mieux faire connaître les Métis.

C’est donc ce qui a amené Myrtle au Palais du gouvernement, à Winnipeg. En 2008, le gouvernement du Manitoba a officiellement reconnu la contribution de Myrtle pour les Métis et leur culture en lui décernant l’Ordre du Manitoba. Cette médaille civile prestigieuse est remise à des Manitobains pour des réalisations hors de l’ordinaire. Elle a été décernée à Myrtle peu après qu’elle eut été honorée par ses pairs de la Fédération des Métis du Manitoba à titre d’aînée appréciée de la communauté métisse.

Ses débuts officiels de conteuse ont eu lieu Centre d’études nordiques de Churchill, il y a près de vingt ans. Elle se souvient que c’était à guichets fermés. Mais que pouvait-elle bien dire à tous ces gens bardés de diplômes qui étaient venus des quatre coins du globe pour l’entendre? Assez rapidement au cours de cette première présentation, elle réalisa que ses auditeurs étaient fascinés par sa vie de fille de trappeur, et c’est ce qui se passe encore aujourd’hui. Sa famille compte 11 générations de conteurs. Les ancêtres de Myrtle deMeulles seraient fiers d’elle, car elle est un des trésors vivants du Nord du Manitoba.