« Dur, dur d’être une plante… »

Heather Stewart
Scientifique des écosystèmes, Parc national Wapusk
Bosquet de fleurs le long de la rivière Owl Bosquet de fleurs le long de la rivière Owl. Les plantes à fleurs du parc ne sont pas toutes des variétés qui poussent au ras du sol. On peut admirer de belles couleurs dans d’autres zones du parc. En période de floraison, les berges graveleuses des rivières Owl et Broad sont recouvertes de plantes en fleurs. La majorité des plantes figurant sur cette photo, comme l’épilobe à feuilles larges (Epilobium latifolium), le sainfoin de Mackenzie (Hedysarum mackenzii), l’arnica à feuilles étroites (Arnica alpina) et la verge d’or à plusieurs rayons (Solidago multiradiata) poussent généralement au nord de Churchill.
© Parcs Canada

La région du parc national Wapusk est reconnue mondialement pour sa diversité biologique. Les limites du parc protègent divers habitats et des populations d’ours polaires, d’oiseaux et de plantes d’importance. De plus, les terres qui constituent le parc national Wapusk comptent parmi les plus jeunes au Canada en raison du retrait du littoral de la baie d’Hudson ayant résulté du relèvement isostatique – le soulèvement du sol après la période glaciaire.

Mais si vous auriez tort de croire que cela rend la vie plus facile aux plantes. Détrompez-vous. Au parc national Wapusk, c’est dur, dur d’être une plante...

Les plantes qui croissent le long des côtes de la baie d’Hudson et sur une assez grande distance dans les terres sont enracinées dans un sol peu profond sous lequel se trouve du pergélisol. Ici, les plantes sont exposées aux tempêtes venant du nordet et soumises aux effets abrasifs des cristaux de glace emportés par des vents qui soufflent sur des étendues dépourvues d’arbres où la température annuelle moyenne de l’air est de –3,5 °C. Et les conditions ne sont pas tellement plus propices aux plantes qui poussent plus à l’intérieur des terres. Là, même si elles sont davantage à l’abri, les plantes doivent pousser dans des tourbières acides, faibles en nutriants et mal drainées à cause du pergélisol sous la surface qui retient l’eau. Malgré ces conditions peu favorables, ou peut-être grâce à elles, de nombreuses espèces dignes de mention parviennent à se développer dans le parc, ce qui en fait un lieu très intéressant pour l’observation des plantes.

Donc, compte tenu de ces habitats uniques, combien d’espèces de plantes trouve-t-on au parc national Wapusk? Le dernier recensement fait état d’environ 370 espèces, exception faite des lichens et des mousses. Ce recensement est le résultat de l’inventaire botanique de l’Université du Manitoba (2002-2008), du projet ParkSPACE de cartographie des écosystèmes terrestres (2009-2010) et des travaux de chercheurs indépendants (projets pluriannuels depuis 1996).

écosystèmes terrestres du parc national Wapusk écosystèmes terrestres du parc national Wapusk
© Parcs Canada

Cette carte des écosystèmes terrestres du parc national Wapusk a été créée grâce à des données satellite. 

Les espèces végétales que l’on trouve au parc national Wapusk couvrent trois grandes zones écologiques : la forêt boréale, la zone boisée subarctique et la toundra arctique. La majorité des espèces végétales du parc, soit environ 52 %, se trouvent dans la zone subarctique. Les espèces de la zone boréale/tempérée comptent pour environ 38 %, et les 10 % restants sont des espèces arctiques.

L’image satellite du parc national Wapusk révèle la complexité du paysage. À quoi cela ressemble-t-il au niveau du sol?

Si on se dirige vers l’intérieur des terres à partir de la baie d’Hudson (coupe transversale), on constate un gradient dans les zones humides. Plus près de la côte, on retrouve des marais riches en nutriants et aux sols minéraux. Plus loin, on retrouve des polygones tourbeux (très courants en présence de pergélisol) pauvres en nutriants et généralement dus aux précipitations.

Plus loin des côtes, le paysage se transforme en une mosaïque de buttes sèches, d’étangs thermokarstiques, d’étangs d’eau de fonte et de marais. Les végétaux sont en majorité composés de lichens sur les buttes de tourbe, mais poussent aussi en milieu humide et acide dans les dépressions.

L’image satellite du parc national Wapusk L’image satellite du parc national Wapusk
© Parcs Canada

Certaines plantes à fleurs du parc national Wapusk

Dryade à feuilles entières Dryade à feuilles entières
© Parcs Canada

Dryade à feuilles entières

La dryade à feuilles entières (Dryas integrifolia), à pousse basse, peuple les crêtes de plage. Ç’est une « espèce pionnière », la première à parvenir à pousser en terrain découvert. Son feuillage forme un tapis qui retient les graines et les matières organiques. On retrouve souvent cette plante plus au nord, dans la toundra sèche, mais ici, dans le parc, elle se limite à une étroite bande de terre le long de la côte. Elle pousse mal plus à l’intérieur des terres car elle n’apprécie pas l’ombre et est délogée par les arbustes.


Saxifrage à trois dents Saxifrage à trois dents
© Parcs Canada

Saxifrage à trois dents

La saxifrage à trois dents (Saxifraga tricuspidata) est elle aussi fréquente sur les crêtes de plage, où elle forme un tapis dense. À certains endroits, elle est aussi commune que la dryade à feuilles entières. Elle pousse bien dans les endroits graveleux exposés à faible taux de pH.


Lin de Lepage Lin de Lepage
© Parcs Canada

Lin de Lepage

Le lin de Lepage (Linum lewisii var lepagei) est plus rare dans le parc. On le retrouve ça et là le long de la côte, à la limite de la marée haute, poussant parmi le seigle de mer (Leymus mollis). Cette plante est l’une des rares à être arrivée au Canada après la dernière période glaciaire.


Saxifrage à feuilles opposées Saxifrage à feuilles opposées
© Parcs Canada

Saxifrage à feuilles opposées

La saxifrage à feuilles opposées (Saxifraga oppositifolia) est vraiment annonciatrice du printemps. Elle fleurit dès la fonte des neiges, souvent entre des plaques de neige. Cette plante, qui forme un tapis d’un violet éclatant en période de floraison, laisse souvent les gens indifférents le reste du temps, car on dirait des amas de feuilles écailleuses. Elle tapisse toutefois les crêtes de plage d’une couleur vive en juin.


Grassette Grassette
© Parcs Canada

Grassette

La grassette (Pinguicula villosa), une toute petite plante insectivore, est une espèce nordique courante à la limite des zones humides et boisées du parc. Compte tenu de sa petite taille, elle passe souvent inaperçue, mais en période de floraison, on repère facilement ses petites fleurs d’un violet vif. Ses feuilles butyreuses, qui piègent les insectes, sont bien cachées sous les mousses. Une fois la période de floraison terminée, seule une unique tige, semblable à un cure-dent, demeure visible.








La diversité et la complexité des habitats, les conditions météorologiques et l’ondulation des lignes de côte font vraiment du parc national Wapusk un endroit fascinant pour observer des fleurs, dont plusieurs qui poussent habituellement plus au nord.

C’est peut-être dur, dur d’être une plante ici, mais cela ne fait que rendre les choses encore plus fascinantes!