Les gens et le paysage de parc national Wapusk

Expédition archéologique à Wapusk

David Hems
Gestionnaire des ressources culturelles,Unité de gestion du Manitoba, Parcs Canada

Échos de Wapusk - Volume 4, Numéro 2, automne 2011

Foyer de pierres inuit historique de style 3, appelé Igaviit, au site 20K26 Foyer de pierres inuit historique de style 3, appelé Igaviit, au site 20K26
© Parcs Canada

Le parc national (PN) Wapusk est réputé pour sa diversité biologique. C’est sans doute pour cette raison que c’est également un paysage qui est sillonné et utilisé par l’être humain depuis des milliers d’années. Parcs Canada protège et présente les ressources culturelles des parcs nationaux et des lieux historiques nationaux de tout le pays, et le PN Wapusk ne fait pas exception à la règle. Au coeur de ce défi, il y a la découverte et l’étude des ressources culturelles que l’on trouve dans le parc. Tandis que Parcs Canada étudie la possibilité d’aménager de nouvelles installations et activités pour les touristes dans le PN Wapusk, il est important de reconnaître ses ressources culturelles, d’en assurer la protection si elles sont menacées et de relater les récits qui entourent ces vestiges du passé.

C’est dans le cadre de ces efforts qu’en juillet 2011, des archéologues de Parcs Canada ont mené une expédition de recherche dans le PN Wapusk pour enrichir nos connaissances sur les ressources culturelles du parc.

L’un des grands objectifs de l’expédition était de consigner et de cartographier avec force détails le plus vaste site archéologique découvert dans le parc jusqu’ici – connu sous l’appellation 20K26. Ce site est situé sur une crête de plage et il contient toute une gamme de caractéristiques culturelles comme des cairns (marqueurs sur le paysage), des caches (lieux où étaient enfouies des fournitures pour les voyageurs), des affûts de chasse (petits murs de rocaille qui dissimulent les chasseurs aux animaux), des foyers de pierres (lieux où l’on allumait des feux) et des cercles de tente (cercles de pierres pour maintenir en place les parois d’une tente). Les vestiges culturels comme ceux-ci nous permettent de mieux comprendre l’utilisation par l’être humain du paysage époustouflant du PN Wapusk.

Affût de chasse en pierres, de trois mètres de long, au site 20K26 Affût de chasse en pierres, de trois mètres de long, au site 20K26
© Parcs Canada

Tandis que nous travaillions au site 20K26 en 2011, nous avons réussi à découvrir quantité de cercles de tente qui n’avaient jamais été découverts auparavant. De plus, nous avons trouvé des traces d’une habitation humaine radicalement différente sur une crête à plus basse altitude au nord de la principale zone étudiée, ce qui a enrichi nos connaissances sur l’utilisation du site par le passé.

Les différences entre le site principal et la partie du site récemment découverte sont frappantes. L’archéologue de l’Arctique de Parcs Canada, Margaret Bertulli, qui dirigeait le projet, soutient que, si l’on en juge par la taille des cercles de tente au site principal, bon nombre de ces habitations ont été construites après l’arrivée des colons européens. Toutefois, la partie du site située à plus basse altitude date vraisemblablement d’une période antérieure.

Fait intéressant, pour mieux démontrer l’importance des crêtes de plage comme couloirs de déplacement à diverses périodes de l’histoire, on a des preuves de leur utilisation par l’armée canadienne et l’armée américaine entre 1946 et 1957 au site 20K26. Parmi ces vestiges, mentionnons des tirs de mortier et une piste pour véhicules qui s’étend jusqu’à l’extrémité sud de la crête. Le long de cette piste, on aperçoit encore le pneu d’un véhicule de l’armée.

Tir de mortier (élément d’un petit explosif militaire) au site 20K26 Tir de mortier (élément d’un petit explosif militaire) au site 20K26
© Parcs Canada

Au cours de notre expédition en 2011, nous nous sommes rendus dans 24 sites archéologiques dans le PN Wapusk qui illustrent tout un éventail d’occupations par l’être humain et de types de sites. Tous ces sites étaient situés le long de crêtes de plage. En plus d’avoir étudié le site 20K26, nous nous sommes rendus dans des secteurs situés entre les lacs Klohn et Napper, le long de crêtes intérieures plus anciennes recouvertes de forêt et de tourbe, où nous nous sommes lancés à la recherche d’outils en pierre plus anciens. Nous avons également arpenté un site à proximité du camp de Broad River de construction récente entouré d’une clôture qui offrira sans doute la possibilité aux futurs visiteurs de faire l’expérience directe des ressources culturelles du PN Wapusk. Tout au long de l’expédition, nous avons pu examiner un éventail de ressources culturelles, depuis d’anciens sites archéologiques jusqu’à des cabanes de chasse et de trappage et des lieux de recherche plus récents. Tous ces sites et les histoires qu’ils nous racontent aident Parcs Canada à relier ensemble les utilisations anciennes et modernes du paysage du PN Wapusk par l’être humain, et à comprendre le passé tandis que nous planifions l’avenir.

Crêtes de plage comme anciens couloirs de déplacement

Image du satellite Image du satellite SPOT illustrant des crêtes de plage au parc national Wapusk (bandes roses verticales)
© 2008 CNES, licences accordées par Iunctus Geomatics Corp., www.terraengine.com

Pour les anciens habitants humains du PN Wapusk, les crêtes de plage qui sont pratiquement parallèles à la côte de la baie d’Hudson revêtaient une grande importance. L’élévation progressive des basses terres de la baie d’Hudson (de 60 cm à 1 m par siècle), conjuguée à la faible altitude de la région, a laissé des crêtes de plage remarquables le long de la côte est du PN Wapusk entre cap Churchill et Broad River. Tandis que la terre s’élevait lentement, libérée du poids des glaciers après la dernière période glaciaire, le vent, les tempêtes et les vagues ont érigé des crêtes le long de la ligne de marée haute chaque année.

Ces crêtes de plage sont recouvertes de végétation éparse et on trouve souvent des étangs dans les terres basses qui les séparent. Il est facile d’imaginer comment ces crêtes surélevées, bien drainées et faciles à parcourir, avec des réserves attenantes d’eau douce, pouvaient être d’importants couloirs pour les animaux et les êtres humains. Une autre caractéristique attrayante est qu’un grand nombre des petites roches qui constituent les crêtes de plage contiennent du silex, type de quartz qu’utilisaient souvent les voyageurs d’antan pour fabriquer des outils en pierre dans tout le PN Wapusk. Lorsqu’on tient compte de tous ces éléments, il n’est pas surprenant que la plupart des sites archéologiques du parc aient été découverts sur des crêtes de plage.

Les systèmes de positionnement global d’hier et aujourd’hui

Avant l’avènement du GPS moderne (système de positionnement global) dont se servent aujourd’hui les chercheurs, les archéologues du PN Wapusk se servaient d’une diversité de méthodes pour marquer les lieux de leurs découvertes. Certaines de ces méthodes étaient loin d’être précises, d’où la difficulté que nous avons à trouver ces sites de nos jours.

Heureusement pour nous, dans des terres aussi plates et dépourvues de végétation, les habitants d’autrefois avaient conçu leur propre méthode fort efficace pour marquer et localiser les sites importants. Un certain nombre des lieux plus importants utilisés par l’être humain au préalable contiennent des cairns ou des marqueurs qui ont grandement aidé à les découvrir. Dans d’autres cas, des formations terrestres naturelles ont servi au même objectif. Même s’ils ne sont pas particulièrement grands ou élevés, ces marqueurs se dressent dans cet environnement et ont servi d’aides de localisation des sites à notre équipe de recherche tout comme ils ont dû le faire par le passé.

Cairn artificiel sur le paysage; Monticules naturels près d’un site de présence humaine préalable. Cairn artificiel sur le paysage; Monticules naturels près d’un site de présence humaine préalable.
© Parcs Canada