La descente de la rivière Owl en région isolée : passionnés d’oiseaux

David Britton
Directeur par intérim : Parc national Wapusk et Lieux historiques nationaux du Nord du Manitoba

Échos de Wapusk - Volume 4, Numéro 2, automne 2011

Engoulevent d’Amérique, Quiscale rouilleux, Moucherolle à côtés olive, Râle jaune Quatre « espèces en péril » inscrite de Wapusk Engoulevent d’Amérique, Quiscale rouilleux, Moucherolle à côtés olive, Râle jaune (Ces oiseaux sont notoirement difficiles à apercevoir et encore plus difficiles à photographier).
© Christian Artuso, Christian Artuso, Christian Artuso, Ron Bazin

Cette année a marqué la première année d’un collaboration entre Parcs Canada et l’Atlas sur les aires de couvaison des oiseaux du Manitoba (AACOM). L’AACOM est un projet ambitieux échelonné sur cinq ans dont le but est d’inciter les citoyens à décrire la répartition et l’abondance de tous les oiseaux nicheurs dans l’ensemble de la province du Manitoba. Le projet est financé par Études d’Oiseaux Canada et une diversité de partenaires des pouvoirs publics, du secteur privé et du secteur à but non lucratif. Grâce à cette collaboration, Parcs Canada obtient des renseignements précieux sur les oiseaux nicheurs du parc national (PN) Wapusk tandis que l’AACOM obtient de l’aide pour avoir accès à ce parc redoutable sur le plan logistique afin d’y recueillir des données pour l’Atlas. Cette année, le collaboration a revêtu la forme d’une descente passionnante en canot de la rivière Owl dans la partie centre-sud du PN Wapusk entre le 15 et le 25 juin.

L’excursion a débuté lorsque des employés de Parcs Canada ont pris le train vers le sud jusqu’à la voie Herchmer où ils ont rencontré des bénévoles de l’AACOM arrivés de Thompson. Pour commencer, le groupe se composait de Heather Stewart et de Jill Larkin de Parcs Canada; de Christian Artuso, coordonnateur de l’AACOM, et des bénévoles David Raitt, Martin Scott et Judith King. À mi-chemin du trajet, un rendez-vous avec un hélicoptère leur a permis de se réapprovisionner en nourriture et Heather et Judith ont été remplacés par le bénévole Denis Funk et par moi-même.

Partant de là où la rivière Owl franchit la ligne de chemin de fer, le groupe a amorcé son périple de 100 km le long de la rivière vers la côte de la baie d’Hudson, en entrant dans le PN Wapusk à environ 15 km à l’est d’Herchmer. Aux alentours de la ligne de chemin de fer, l’habitat est un amalgame de forêt boréale nordique et de superficies brûlées en régénération, mais à mesure que la rivière se rapproche de la côte, cette végétation cède la place à une mince bande d’arbres le long de la rivière qui dissimule une étendue de toundra faite de plateaux de tourbe et de carex.

À mesure que l’habitat change, il en va de même des oiseaux rencontrés : les espèces forestières comme la paruline obscure, la paruline à calotte noire et le bruant à gorge blanche dans la partie supérieure de la rivière cèdent la place aux oiseaux nicheurs de la toundra comme le plectrophane de Smith, l’alouette hausse-col et toutes sortes d’oiseaux de rivage parmi lesquels le courlis corlieu, la barge hudsonienne, le bécasseau à échasses et le pluvier bronzé. Parmi les autres oiseaux intéressants que l’on peut apercevoir, mentionnons le jaseur d’Amérique et le moqueur polyglotte et plusieurs couples d’aigles royaux, espèce dont on ne savait pas encore qu’elle nichait au Manitoba. On a pu également apercevoir un certain nombre de mammifères remarquables comme des caribous, des orignaux, une famille de loutres de rivière et un loup qui se nourrissait de la carcasse d’un orignal mâle le long du littoral.

Pagayer sur la rivière Owl : Jill Larkin et Heather Stewart Pagayer sur la rivière Owl : Jill Larkin et Heather Stewart
© David Raitt

Chaque jour avait un rythme bien établi : lever à 3 h du matin pour prendre un petit-déjeuner rapide et s’apprêter à procéder à des « dénombrements ponctuels » dès 3 h 30. Un dénombrement ponctuel est une méthode normalisée qui permet d’assurer le relevé des oiseaux nicheurs. Comme son nom l’indique, elle consiste à se tenir debout dans un lieu et à dénombrer tous les oiseaux que l’on aperçoit et que l’on entend au cours d’une période de cinq minutes. Même s’il faut avoir une certaine connaissance des chants d’oiseaux, c’est une technique extrêmement simple et efficace pour recueillir des données sur la diversité des oiseaux et leur abondance relative. Chaque équipe doit procéder à 15 dénombrements ponctuels et chaque point doit être situé à au moins 300 mètres du point précédent. En moyenne, il faut entre trois et quatre heures pour procéder aux dénombrements, et l’on finit par couvrir jusqu’à huit kilomètres de terrain. Après les dénombrements ponctuels, nous avions à nouveau rendez-vous au camp pour (un deuxième) petitdéjeuner, avant de lever le camp et de parcourir 15 à 20 kilomètres en canot, en franchissant les fréquents petits rapides qui parsèment la rivière Owl, jusqu’au point de relevé suivant, où nous dressions notre camp pour être prêts à procéder aux dénombrements le lendemain matin.

Enfin, le voyage a pris fin par un séjour de deux jours au complexe clôturé de Parcs Canada à proximité de l’embouchure de la rivière Owl. Les lits superposés de ce refuge nous ont semblé un grand luxe après des nuits passées à dormir sous la tente. Après deux jours passés à arpenter ce secteur et à faire une randonnée agréable jusqu’aux rives de la baie d’Hudson (même si la marée était basse et que nous ne pouvions même pas voir l’eau), le groupe est rentré à Churchill en hélicoptère.
L’un des objectifs du voyage était de décrire espèces qui sont inscrite dans l’Annexe 1 de la Loi sur les espèces en péril dans le PN Wapusk. La direction des parcs a répertorié quatre espèces en péril dans le parc, toutes des espèces d’oiseaux : la moucherolle à côtés olive, l’engoulevent d’Amérique, le quiscale rouilleux et le râle jaune. Les quatre espèces ont été aperçues au cours du voyage, dont trois dans les limites du parc. On a pu apercevoir des râles jaunes dans les zones brûlées dans l’angle sud-ouest du parc. Les quiscales rouilleux se sont révélés assez courants et on a pu les observer chaque jour à la fois le long du couloir du cours d’eau et à l’intérieur des terres.

Observation d’oiseaux au coucher du soleil Observation d’oiseaux au coucher du soleil
© Parcs Canada

Le râle jaune, qui est un oiseau de marais secret de la taille d’un moineau, a fait l’objet d’une recherche dans certains carex intérieurs prometteurs, mais nous n’en avons trouvé aucun dans ces endroits. Il est toujours amusant de rechercher des râles jaunes, qui lancent leur appel depuis les milieux humides, essentiellement la nuit, leur chant ressemblant à deux petites pierres que l’on cogne l’une contre l’autre. C’est ainsi que le meilleur moyen de les détecter est d’imiter leur chant en, vous l’aviez deviné, cognant deux petites pierres l’une contre l’autre! La technique s’est révélée fructueuse dans les carex côtiers situés entre le complexe de la rivière Owl et la baie d’Hudson, où plusieurs râles ont réagi aux imitations de leur chant. De plus, nous avons également aperçu un spécimen de grèbe esclavon et de hibou des marais qui sont tous deux des espèces préoccupantes.

Il s’agit de la première année du entente pluriannuel conclu entre Parcs Canada et l’AACOM. Les plans des années à venir sont déjà en cours de conception et comporteront des relevés le long de la rivière Broad, dans le nichoir 1 – dans la zone de cap Churchill et aux lisières sud peu connues du PN Wapusk.

Loi sur les espèces en péril

Quel est le rôle de Parcs Canada?

Selon la Loi sur les espèces en péril Parcs Canada est responsable de la protection et du rétablissement des espèces inscrites qui vivent dans les parcs nationaux, les aires marines nationales de conservation, les lieux historiques nationaux et d’autres aires patrimoniales protégées administrées par Parcs Canada. Dans ses aires patrimoniales protégées, Parcs Canada gère actuellement près de 265 000 kilomètres carrés de terres, qui abritent environ la moitié des espèces en péril actuellement inscrites sur la liste des espèces en péril au Canada!


L’équipe parvient à la côte de la baie d’Hudson (de gauche à droite : Jill Larkin, Christian Artuso, Martin Scott, Dave Raitt, David Britton, Denis Funk) L’équipe parvient à la côte de la baie d’Hudson (de gauche à droite : Jill Larkin, Christian Artuso, Martin Scott, Dave Raitt, David Britton, Denis Funk)
© Denis Funk