Les plages

Heather Stewart
Scientifique des écosystèmes, parc national Wapusk
 

Image SPOT montrant des crêtes de plage Image SPOT montrant des crêtes de plage
©2008 CNES, Autorisé par Iunctus Geomatics Corp., www.terraengine.com

À la seule mention de crêtes de plage, notre imagination nous transporte vers des dunes sablonneuses intercalées dans les basses terres côtières, peut-être vers un endroit agréable où faire une randonnée et un pique-nique en juillet ou se protéger du vent après une journée dans l’eau. Les crêtes de plage du parc national Wapusk sont fidèles à cette image de certaines façons : elles sont formées par les vagues et par l’effet du courant sur le sable, les galets et le gravier, et ce sont des endroits secs et balayés par une agréable brise en juillet. Toutefois, elles sont radicalement différentes à d’autres égards, leur distance de la côte notamment. Même si certaines crêtes longent la côte, d’autres, plus anciennes, peuvent en être éloignées de 15 à 20 kilomètres. L’élévation graduelle des terres, combinée à la basse altitude, a favorisé la formation des crêtes de plage visibles le long de la limite est du parc national Wapusk, du cap Churchill jusqu’à la rivière Broad. L’élévation progressive des terres, libérées du poids des glaciers après la dernière période glaciaire, ainsi que les phénomènes météorologiques côtiers comme le vent, les tempêtes et les vagues, forment des crêtes, tous les ans, le long de la laisse de la marée haute. Après quelques années, ces crêtes sont éloignées du littoral et enclavées. Grâce à ce processus appelé relèvement isostatique, la superficie du parc national Wapusk augmente réellement chaque année! Reconnue comme étant l’une des plus importantes régions de relèvement isostatique, la côte ouest de la baie d’Hudson, le long de la côte du Manitoba, progresse dans la baie à un rythme de 40 centimètres à un mètre par siècle!

Occupant actuellement un pour cent de la superficie du parc, ces crêtes de plage sont recouvertes de la seule communauté de végétation vraiment classée à titre de toundra sèche du parc. Les nouvelles crêtes, ou jeunes crêtes, sont généralement faciles à repérer sur des images prises par satellite (Google Earth par exemple) parce qu’elles se présentent sous la forme de fins éléments blancs qui ressemblent presque à des égratignures sur la surface de la terre. Elles présentent des formes irrégulières étant donné qu’elles ont été façonnées par les courants et les tempêtes. À l’intérieur des terres, les crêtes sont recouvertes d’arbustes et d’arbres et sont difficiles à repérer des airs. La présence d’arbres, dont l’épinette, indique souvent le niveau plus élevé des crêtes. 

Dryade à feuilles entières sur une crête de plage Dryade à feuilles entières sur une crête de plage
© Parcs Canada

Sur la plupart des nouvelles crêtes, la végétation se compose d’arbustes ligneux à croissance lente, tels que la dryade à feuilles entières, le raisin d’ours, le rhododendron de Laponie et la shepherdie argentée, intercalés de carex, de lichens et des rares plantes herbacées qui résistent aux conditions d’exposition sèches qui prévalent sur ces crêtes. En hiver, le vent dénude leur pointe et souffle la neige en aval, formant ainsi des zones humides pour d’autres arbustes tels que le saule à croissance lente. Sur les crêtes protégées, on peut observer la présence de plantes arctiques communes dans les zones situées plus au Nord, dont l’azalée couchée et le carex nardina. Les crêtes de plage constituent l’habitat préféré du renard arctique et du renard roux, et de nombreux terriers sont habités d’une année à l’autre. À proximité de ceux-ci, les teintes vert vif indiquent la présence d’herbes et de carex dont la croissance est attribuable à la fertilisation du sol par les excréments. Les caribous migrent vers la côte au printemps et se déplacent le long des crêtes avec leurs petits, se gorgeant pendant l’été d’herbes et de lichens qui croissent en abondance. Les sentiers qu’ils empruntent créent de longues cicatrices blanches dans le gravier et la végétation; leurs excréments, communs sur les sentiers situés sur la pointe des crêtes, dégagent une odeur âcre avant d’être lyophilisés.

Les anneaux de tentes en pierre, les affûts et les caches trouvés le long des plages, davantage à l'intérieur des terres, témoignent de la présence des premiers occupants. Ces endroits étaient peut-être des zones balayées par une douce brise qui permettaient de chasser tout en échappant aux milliers de moustiques que l’on trouve dans les endroits à faible élévation. Certains de ces sites archéologiques se trouvent maintenant à dix kilomètres à l'intérieur des terres, et le bois de grève dans ces régions est plus gros que les arbres qui croissent actuellement le long du littoral du parc. Dans l'histoire récente, l'armée a utilisé ces crêtes de plage comme pistes d’atterrissage et points d’accès aux véhicules et a érigé des tours d’observation le long de ces hauts éléments du paysage. À l'heure actuelle, un camp de recherche (Nester 1) est situé sur une crête de plage. 

Les crêtes de plage du parc national Wapusk sont des indicateurs du changement le long de l’ouest de la baie d’Hudson, tant pour ce qui est de l’activité humaine que du processus géologique, et elles font partie de la richesse des paysages de ce parc national.

Station de recherche Nester 1 
Station de recherche Nester 1
© Parcs Canada