Une rencontre à faire hérisser le poil!

Melissa Gibbons
Spécialiste de la gestion des ressources et de la sécurité publique, Parc national Wapusk et lieux historiques nationaux du Nord du Manitoba

Ours Grizzly dans le parc national Wapusk Ours Grizzly dans le parc national Wapusk
© Linda Gormezano / 2008

On croyait que le grizzli de la toundra avait quitté le Manitoba depuis de nombreuses années. Toutefois, depuis environ dix ans, le parc national Wapusk a enregistré plusieurs observations confirmées de grizzlis. On pourrait attribuer les observations plus fréquentes de grizzlis dans le Nord du Manitoba simplement au fait que davantage de gens cherchent à savoir si l’on en trouve dans la région. Cela pourrait indiquer aussi que l’aire de répartition de l’espèce connaît une croissance. En 2009, on a aperçu des ours noirs à plusieurs reprises dans la région de York Factory et de Churchill, ce qui semble indiquer que l’aire de répartition naturelle des deux espèces pourrait connaître une expansion, ou encore que les ours profitent simplement de l’habitat se trouvant à leur disposition.

Depuis la création du parc, on y a aperçu des grizzlis à 11 différentes reprises, puis on en a aussi aperçu à l’est de la ville de Churchill, en 2009. D’après l’augmentation des observations de grizzlis et d’ours noirs, il est évident qu’une surveillance accrue est importante afin de déterminer si ces deux espèces se trouvent là par hasard ou s’ils étendent leur aire de répartition.

En 2004, j’ai eu l’occasion d’observer de près un grizzli de la toundra. L’extrait suivant est tiré d’un article publié dans le bulletin d’information de notre bureau.

Mise en scène … Parc national Wapusk, région de la rivière Broad, le 6 juillet 2004, à 23 h 30

Trois campeurs fatigués venaient de s’installer pour un sommeil bien mérité. C’était notre dernière soirée au parc, et nous avions emballé la majeure partie de notre équipement. La clôture d’alarme était réglée, le fusil était prêt, et nous étions tous enfouis dans nos sacs de couchage. Puis, j'ai entendu un bruit; quelque chose se trouvait à l’extérieur. Je me suis levée, j’ai mis mes lunettes et, près de la porte d’entrée, j’ai tendu l’oreille… rien. J’ai jeté un coup d’oeil dehors: c’était bel et bien le derrière d’un ours!

Je suis allée chercher le fusil et l’avertisseur sonore à air. J'ai ouvert la porte et j’ai vu l’ours à dix pieds de la cabane qui marchait à côté de la clôture brisée. L’ours s’est retourné et nous a regardés. Nous le regardions aussi; ce n’était vraiment pas un ours polaire. Il était brun pâle, presque couleur cannelle, et ses pattes étaient d’un brun plus sombre. Son museau était court, et sa tête large, pas comme la tête majestueuse de l’ours polaire. Il avait un gros col de fourrure autour du cou, qui était court, et une grosse bosse à la hauteur des épaules. Il semblait être assez petit (du moins, comparativement à l’ours blanc que je m’attendais à voir), environ 300 à 350 livres. Nous l’avons observé quelques secondes avant que je décide de l’effrayer. Jai ouvert la porte bien grande et j’ai fait sonner l’avertisseur. Il a fait volte-face et s’est mis à courir rapidement vers un esker. Il a couru encore 100 mètres, s’est retourné, mais a continué à courir. Nous l’avons regardé jusqu’à ce qu’il disparaisse.

Enthousiastes, nous avons bavardé de ce que nous venions de voir de près : un vrai grizzli! Quelle chance nous avons eue de voir cet animal farouche. Et, au cas où vous vous posez la question, non, nous ne l’avons pas pris en photo.