Transcription

À peine rendus à un demi-mille, les gens pouvaient voir qu’on faisait brûler leurs maisons. C’est très difficile de comprendre à ce siècle-ci comment on a pu expulser des gens de l’endroit où ils avaient vécu toute leur vie et d’où ils avaient tiré leur subsistance. De se voir ainsi soudain totalement privés de leur autonomie. Cet endroit qu’on appelle le parc national, c’était notre Walmart. Notre peuple pouvait y trouver tout ce dont il avait besoin : notre abri, notre nourriture, nos vêtements. De plus, c’était le lieu de toutes nos cérémonies spirituelles.

Tout était à la portée de la main. J’imagine que lorsque les visiteurs ont vu cette la beauté virginale de cette région, ils ont voulu la conserver ainsi et je suis heureux qu’ils l’aient fait. Je crois que l’une des bonnes choses qui s'est produite, c’est qu’un parc a été créé. Mais le malheur dans tout cela, c’est que

les premiers habitants ont été expulsés de l’endroit. J’ai su ce qui s’était passé, il y a longtemps. C’était dans les années 1970, lorsque mon père m’y a amené; c’est lui qui m’a dit que nous habitions là avant. Mais, quand je suis allé avec lui, nous nous sommes rendus au cimetière et c’était comme s’il était là clandestinement. Je voyais bien qu’il était mal à l’aise. Pendant 26 ans j’y suis entré dans ce parc sans autorisation et on m’a pris sur le fait trois fois. Vous savez, plus personne n’y entre maintenant. Tous ces chasseurs qui avaient l’habitude de se faufiler dans le parc, ils sont tous partis. Je suis le dernier qui ait posé des pièges là-bas. Je ne devrais rien dire, car on pourrait bien venir me chercher. J’ai été pris sur le fait trois fois. Il faut une vraie réconciliation. Si je vous fais du mal aujourd’hui et que je vous présente des excuses, est-ce que ça s’arrête là ou dois-je vous faire amende honorable? Je devrais faire amende honorable, en fonction de la gravité du tort que j’ai causé. Le mal qui a été causé à notre peuple va jusqu’à l’anéantissement du mode de vie qu’il avait à l’époque,

et à la perte de ses terres et du lac dont il profitait jusqu’à alors en toute liberté. Pouvez-vous imaginer vous dire que vous devez rester à la maison, que vous ne pouvez plus rien faire? C’est ce que notre peuple a vécu à l’époque. Il faut que ces histoires soient racontées.e

Il faut partager ces sentiments pour qu’on en vienne à comprendre. On peut donner plusieurs sens à la réconciliation. Pour un comptable, la réconciliation, cela veut dire le rapprochement des comptes. Pour un avocat, la réconciliation, c’est quand un couple se réunit et évite le divorce.

La réconciliation entre des nations signifie la ratification d’un accord de paix. Donc, la relation entre le peuple anishinabe de cette région et les gens qui gèrent ce parc est en constante évolution. Si on l’examine à un point donné dans le temps, on peut constater qu’une partie ou l’autre est favorisée.

La vraie question est de savoir s’il y a un équilibre à long terme. La vraie question est de savoir s’il y a un équilibre à long terme. Dans le passé, nous étions constamment en lutte

avec les blancs parce qu’ils voulaient tout mener. Mais, depuis ce temps, les Indiens se sont éduqués. Ils peuvent débattre avec les gens maintenant

de sorte que nous devrions mieux nous entendre dans les années à venir. Il y a dix ans, je ne voulais même pas être dans la même pièce avec les gens de Parcs Canada.

Mais c’était il y a dix ans; je vois les choses différemment aujourd'hui. J’avais beaucoup de rancœur lorsque j’essayais de travailler avec des gens that forcibly removed my grandparents family out from

qui avaient arraché ma famille et mes grands-parents de leur demeure. Il nous a d’abord fallu régler les revendications territoriales. Et maintenant qu’allons-nous faire?

Nous sommes là pour rester, alors que pouvons-nous faire pour trouver un terrain d’entente? J’imagine que j’étais très hostile à l’endroit des parce qu’ils ne comprenaient pas ce que les plantes médicinales représentaient pour nous.

Ces plantes médicinales nous avaient été données pour que nous puissions les utiliser afin de survivre et j’étais en colère de voir que nous en étions privés. Mais cela n’a rien empêché pour moi. Même si nous n’avions pas le droit d’entrer, nous y allions quand même. Après le règlement de nos revendications territoriales, nous avons été libres de retourner sur nos terres

et cela a été un soulagement. Pour moi, c’est cela la guérison et la réconciliation. De dire: je regrette que nous avons pris tout cela de vous. Mais il n'arrivera plus jamais.

Il y a eu beaucoup de changements depuis mon arrivée. Les autochtones sont plus nombreux. Il y a des emplois sur place. L’appui des autochtones se manifeste et ils affichent leur culture plus ouvertement,

au lieu de la garder en catimini. On m’a souvent fait la remarque que j’avais cet emploi parce que j’étais autochtone et non en raison de mes connaissances ou de mon instruction. Oui, je suis autochtone et j’ai été embauchée à partir d’une liste d’autochtones. Mais je fais le même travail que les autres. C’est à nous d’enseigner à nos enfants les bonnes façons d’agir. Il faut mettre fin au racisme. Nous formons un seul peuple et si nous travaillions ensemble dans l’unité, nous serions peut-être beaucoup plus heureux. Et il n’y aurait plus de ces commentaires dans le genre : « eh bien, tu es blanc et je suis autochtone... » Même les membres de mon propre peuple me harcèlent parce que je porte l’uniforme de Parcs Canada. Ils m’accusent de vouloir être une blanche. Ce genre de commentaire de la part des autochtones est la conséquence des blessures qu’ils ont subies aux mains de l’homme blanc dans le passé, comme d’être envoyés en pensionnat

ou d’être expulsés de leurs terres à cause des parcs nationaux. L’homme blanc nous a presque toujours flanqués à la porte pour occuper tout le terrain. Pour le peuple autochtone, c’est une blessure profonde. Voilà de quoi on devrait parler, de ce que les premiers peuples qui vivaient ici n’ont pas disparu et qu’ils habitent en périphérie du parc. Mais on devrait dire la vérité sur leur expulsion de leurs terres. De cette façon, on donne plus de respect aux deux parties. Parce que les visiteurs qui sont venus ici ne sont pas contentés de dire : « quelle terre extraordinaire. Comme c’est heureux que personne n’y habite. » Mais nous, nous y habitions. Nous travaillons de façon constructive avec le peuple autochtone afin d’intégrer leur culture à notre savoir. Nous contribuons ainsi à cautionner leur culture et leur langue, contrairement à ce qui se faisait dans le passé. Nous avons été placés dans des pensionnats et on a fait naître beaucoup de peur en nous. On nous disait, qu’en raison de nos coutumes comme la cérémonie du calumet et les maisons communes, nous étions des suppôts du diable et que nous brûlerions en enfer si nous ne cessions pas ces pratiques. C’est dans ce contexte-là que s’inscrit la richesse de la culture Anishinabe. Les gens y donnent une plus grande dimension parce qu’ils en font l’expérience, ce qui leur fait ouvrir leur esprit et leur cœur pour en arriver à profondément comprendre les Anishinabe d’une manière qui aurait été impossible dans le passé. En travaillant avec le peuple Anishinabe, nous sommes conscients que la langue est très importante aussi. Songez à ce que ça pourrait signifier pour une personne Anishinabe de se rendre dans le parc et de voir le nom du parc national du Mont-Riding le nom du parc national du Mont-Riding et, juste à côté, le nom Anishinabe. Qu’est-ce que cela lui dirait? Je pense que les parcs nationaux pourraient en faire plus pour mettre la pédale douce en ce qui concerne le mythe selon lequel les Français et les Anglais sont les deux nations fondatrices. La nation française est plus reconnue en Amérique du Nord que les premières nations. Pourtant, les Anglais ont battu les Français, non? Les Français vont me clouer au pilori parce que je dis cela. Mais voilà les choses qu’il faut corriger et nous pouvons le faire ensemble avec Parcs Canada pour recréer l’histoire. J’aime l’idée que l’on pourrait mettre une affiche à l’entrée du parc national du Mont-Riding qui indiquerait le nom en anglais, en français et en anishinabe.

Générique de fin :

un documentaire de Christopher Paetkau

Parcs Canada

[© Sa Majesté la Reine du Chef du Canada, représentée par Parcs Canada, 2010.]

Canada

Wagiiwing (un lieu de refuge) par Christopher Paetkau. Unité de gestion du Mont-Riding (Manitoba). Le meilleur emploi d'été au Canada. Dans le cadre des célébrations marquant le 125e anniversaire des parcs nationaux du Canada, 32 étudiants répartis dans les 32 unités des gestions de Parcs Canada à travers le pays avaient  pour tâche de réaliser une série de reportages vidéo sur leurs expériences dans les parcs nationaux, les lieux historiques nationaux et les aires marines nationales de conservation.