ÊTRE OU NE PAS ÊTRE… SAUVAGE?!

Le bison des prairies au parc national du Mont Riding

Bison

Se remémorer notre histoire, protéger notre avenir

Un troupeau d’environ 40 bisons des prairies est gardé en captivité dans l’enclos de bisons du lac Audy, une aire spéciale à l’intérieur du parc national du Mont Riding (PNMR). Les parcs nationaux sont représentatifs des débuts naturels de notre nation, de ses caractéristiques géologiques à ses différents écosystèmes, et ils abritent des créatures rares et uniques. Le bison des prairies était absent depuis un certain temps, mais on peut le voir de nouveau dans les prairies, son habitat naturel. Sa réintroduction est une des étapes du processus de réhabilitation et de protection de l’écosystème des prairies.

Les débuts du troupeau du lac Audy

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De bisons du lac Audy

Imaginez des taches brun foncé à perte de vue et le bruit des sabots qui battent le sol et produisent un tremblement et un grondement puissants. En quelques années seulement, ce paysage a été transformé. La multitude de bisons qui parcourait les plaines a disparu, ne laissant derrière elle que des carcasses et des os. Ce fut le sort des bisons des prairies du Manitoba.

La réintroduction du bison a pu être réalisée grâce aux méthodes de conservation qui ont été mises en application au début des années 1900. Un groupe de 20 animaux de Wainwright, en Alberta, a été réintroduit en 1931 en tant que troupeau modèle pour que le public ait la chance de voir cet animal natif de la région. Les visiteurs qui passent par la barrière à bétail et entrent dans l’enclos peuvent voir les bisons de près. Un présentoir expliquant le cycle de vie et l’histoire du bison a aussi été aménagé. La plaine du lac Audy a été choisie pour son écosystème des prairies sain, et parce qu’on y a trouvé de vieux os de bison et des traces indiquant que cette région faisait partie de l’aire de répartition historique du bison avant qu’il ne disparaisse.

Malheureusement, un désastre a frappé ce premier troupeau, qui a été infecté par la tuberculose bovine pendant qu’il était en Alberta et a dû être détruit. Il a été remplacé dans les années 1940 par 10 bisons des prairies du parc national Elk Island. Les bisons qui se trouvent dans l’enclos aujourd’hui sont les descendants de ce petit groupe.

L’enclos

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De bisons du lac Audy

Le troupeau de bisons est gardé dans un enclos de 500 hectares divisé en deux sections (les pâturages d’été et les pâturages d’hiver). Les bisons sont libres de se promener dans l’enclos à la recherche de nourriture, d’eau et d’abris. Un programme de gestion de parc est en place pour garder le troupeau en santé. Au début de l’été, on permet au troupeau de migrer vers le sud de l’enclos, et à l’automne, on le renvoie dans le nord (à l’exception des taureaux reproducteurs).


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Cette séparation fait en sorte que le vêlage ne survienne qu’une fois dans l’année et que le troupeau ait suffisamment de fourrage pour les deux saisons. Le bison joue un rôle important dans les processus naturels de l’écosystème de fétuque scabre des prairies du PNMR. La protection des bisons et la protection des prairies de fétuque scabre vont de pair.


Gestion des bisons

À l’automne, lorsque les bisons sont ramenés dans le nord de l’enclos, on les attire dans une installation de rassemblement avec un appât. Lorsque les bêtes ont été rassemblées dans cette structure, on les place dans de grands enclos, où on leur fait passer des tests pour vérifier leur état de santé général et si elles sont infectées par des maladies courantes. Les bêtes ne se sentent pas déstabilisées quand on les attire dans l’enclos de capture, car ce dernier contient un dépôt de minéraux qu’elles viennent lécher toute l’année.

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Depuis la réapparition de la tuberculose bovine dans la région (1991), les bisons sont examinés tous les trois ans pour détecter la présence de cette maladie. Cette période de rassemblement nous permet aussi de diversifier le patrimoine génétique en retirant et en remplaçant les taureaux. Des bisons sont vendus lorsque le troupeau dépasse les 50 bêtes, ce qui survient après quelques années. On a estimé que l’enclos peut soutenir un troupeau sain de 35 à 40 bisons sans causer de dommages à la prairie. Il est essentiel de retirer les bêtes en surplus, car l’aire de répartition des bisons est limitée par l’enclos, et l’habitat qu’il contient ne peut nourrir qu’un certain nombre de bêtes. De plus, on ne trouve pas dans l’enclos les prédateurs naturels qui aident à contrôles les populations.


Et nous? Une clôture nous coupe le chemin!

De nombreux autres animaux profitent de la prairie du lac Audy. Comme la clôture ne fait pas naturellement partie de l’écosystème de la région, le PNMR tente de limiter les entraves aux déplacements habituels des animaux sauvages. Des « sauts » (des endroits où la clôture est plus basse) et des « trous » (des endroits où on a créé un espace sous la clôture) ont été aménagés à plusieurs endroits le long de la clôture. Les ongulés, comme le cerf et le wapiti, utilisent ces passages pour entrer dans l’enclos, où ils trouvent nourriture et abris. D’autres mammifères, comme l’ours, le coyote et le renard, utilisent les trous pour accéder à l’enclos ou en sortir pour les mêmes raisons.

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Et le loup? Le loup est depuis longtemps un prédateur naturel du bison, et on en trouve une bonne population à l’intérieur du PNMR. Dans un environnement entièrement naturel, le loup aide à contrôler les troupeaux de bisons en tuant les bêtes faibles, malades ou vieilles, de même que quelques jeunes. Ce processus de sélection naturelle assure la survie et la reproduction des bêtes fortes. Pourquoi le loup ne chasse t il pas le bison dans l’enclos? Le loup craint les structures humaines. Les loups de la région du lac Audy se méfient de la clôture et s’aventurent rarement loin à l’intérieur de l’enclos. Jusqu’à maintenant, il n’est arrivé quelques fois seulement que des loups chassent le bison à l’intérieur de l’enclos. Cette situation crée une rupture dans le cycle naturel, et encore une fois, il devient nécessaire de gérer le troupeau. Nous espérons pouvoir un jour aménager une clôture qui ne constituera pas une aussi grande barrière psychologique pour les loups et nous permettra peut être de rétablir la relation proie prédateur entre les deux espèces.


Le bison pour vous et moi, le bison pour nous tous!

Le bison nous rappelle ce à quoi ressemblaient autrefois nos grandes prairies, ce que nous avons perdu et ce que nous devons préserver.

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Bien que les bisons aient été réintroduits dans le PNMR dans un troupeau modèle, ils ont aujourd’hui une valeur beaucoup plus grande. Leur cycle de vie est étroitement lié à la santé de la prairie et de ses autres habitants. Le fourrage du bison est composé d’espèces particulières d’arbres et de plantes graminées et herbacées. Les bisons créent des mares boueuses et des sentiers dans la région. Ils ajoutent des nutriments au sol et aident la propagation de graines, ce qui contribue au cycle de vie. On reconnaît aussi l’importance de cette espèce indigène dans le rôle qu’elle joue dans la vie et le développement des peuples autochtones. Aujourd’hui, l’enclos de bisons du lac Audy est un des endroits où les visiteurs aiment le plus venir voir le bison et explorer l’écosystème naturel des prairies. L’enclos demeure un lieu de conservation et d’éducation crucial. La présence des bisons nous transporte dans le temps, à une époque où ils se déplaçaient par millions dans un grondement puissant sur le territoire canadien, qui est aujourd’hui devenu nos cours, nos villes et nos parcs.


Réhabilitation et recherche au lac Audy

Des choses fascinantes se produisent au lac Audy avec le projet de rétablissement et de découverte de la forêt parc à trembles, des grandes initiatives de rétablissement à des projets de recherche précieux qui nous en apprendront davantage sur l’écosystème des prairies de fétuque scabre et des effets qu’a le bison sur cet écosystème.

LUTTE CONTRE LE BROME ONERME

Vous verrez peut-être des signes que des travaux de fauchage et d’application d’herbicides sont en cours autour du lac Audy. Ces travaux visent à lutter contre le brome inerme, une espèce de graminée envahissante. En procédant d’abord au fauchage puis à l’application sélective d’herbicides, nous sommes en mesure de cibler efficacement le brome inerme. Il s’agit d’un projet qui s’étendra sur plusieurs années, et nous continuerons de surveiller le secteur pour établir l’efficacité du traitement.

ENCEINTES EXPÉRIMENTALES

Vous constaterez peut-être de petites cages (enceintes) à l’intérieur de l’enclos des bisons. Ces cages servent à réaliser des recherches qui nous aideront à mieux gérer le troupeau de bisons et à mieux comprendre le rôle historique que joue ce gros herbivore dans les autres prairies à l’échelle du parc. En excluant les bisons d’un petit secteur pendant un certain temps et en comparant l’intérieur des enceintes au secteur environnant avant et après, nous pouvons mesurer l’effet que le bison a sur les prairies de fétuque scabre. Nous mesurons les changements dans la biodiversité, la fonction de l’écosystème et les quantités de végétation vivante et morte.

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NOUVELLE CLÔTURE

Un nouveau tronçon de clôture pour les bisons a récemment été construit le long du sentier central pour :

  • remplacer un tronçon qui était en mauvais état;
  • améliorer l’accès à l’enclos pour les animaux sauvages, comme l’ours, le loup, le cerf de Virginie et le wapiti;
  • agrandir l’aire de répartition du bison;
  • faciliter la recherche sur l’effet qu’a le bison sur l’empiètement des espèces ligneuses dans les prairies.

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COLLIERS

En novembre dernier, six femelles bisons ont reçu un collier émetteur GPS. Vous vous demanderez peut être pourquoi on pose un collier à des bisons qui vivent dans un enclos. Eh bien, nous voulons recueillir des données sur leurs « microdéplacements » pendant qu’ils paissent. Les colliers sont donc programmés pour donner l’emplacement des bêtes aux demi heures.


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Les colliers, qui envoient des signaux par satellite, nous aideront à prédire où les bisons iraient et ce qu’ils mangeraient si on étendait leur aire de répartition à l’extérieur des limites actuelles de l’enclos.

Ce travail est réalisé en collaboration avec l’Université de la Saskatchewan et les Ojibways de la Première Nation de Keeseekowenin.