Comment prononcer Llgaay gwii sdiihlda en Xaayda Kil

Ce qui signifie «Projet Rétablir l’équilibre»

Si vous avez visité Gwaii Haanas, il y a de fortes chances que vous ayez aperçu un cerf à queue noire de Sitka. Cette espèce de cerfs, en apparence inoffensive, a été introduite à Haida Gwaii à la fin des années 1800, et a ensuite migré vers Gwaii Haanas au cours des années 1900. Au fil du temps, elle y est devenue une espèce envahissante, broutant tout sur son passage dans les zones intertidales et le sous-étage des forêts et mangeant des espèces de plantes, d’arbres et de buissons importants sur le plan culturel.

En mars 2017, Parcs Canada et la Nation haïda, ainsi que d’autres partenaires, se sont lancés dans un projet de restauration de l’écosystème à grande échelle à Gwaii Haanas, appelé Llgaay gwii sdiihlda – Rétablir l’équilibre. Ce projet avait pour bu de restaurer les espèces végétales naturelles et culturelles décimées par des années de broutage ses cerfs.


 

Pour vous renseigner davantage sur ce projet, veuillez écrire à Nadine Wilson à l’adresse nadine.wilson@pc.gc.ca


Importance écologique et culturelle des plantes indigènes

L’expert en plantes traditionnelles Kii’iljuus Barb Wilson examine une jeune pousse de cèdre.
L’expert en plantes traditionnelles Kii’iljuus Barb Wilson examine une jeune pousse de cèdre.
© Andrew S. Wright

De nombreuses espèces de plantes, d’arbustes et d’arbres à Gwaii Haanas sont importantes sur le plan écologique pour les animaux indigènes et sur le plan culturel pour les Haïdas.

La diversité des plantes, des arbustes et des arbres fournit de la nourriture et un abri à de nombreux animaux. Ensemble, ils contribuent à constituer les habitats complexes dont dépendent de nombreux animaux de Gwaii Haanas pour leur survie.

Le T'suu (genévrier rouge) joue un rôle énorme dans la culture haïda et c’est une des espèces d’importance reconnues dans le document Haida Land Use Vision (2005) (PDF, 1,1 Mo) (en anglais seulement).

Le genévrier rouge et le cyprès jaune sont importants pour de nombreux autres êtres vivants, grands et petits. Ils fournissent un habitat aux créatures de la forêt, dont certaines sont une caractéristique importante des emblèmes et de l’histoire des Haïdas.

Les Haïdas traitent les arbres avec respect, que ce soit pour en prélever l’écorce ou en faire un poteau ou un canoë. L’esprit des arbres est salué par un chant et remercié par une prière. Un ramasseur d’écorce veille à ce que l’arbre continue à vivre.

D’autres espèces, comme le Hldaan (bleuet), le Ts'iihlinjaaw (bois piquant) et le Kayd (épinette de Sitka), sont utilisées comme médicaments, aliments, matériaux de construction ou matériaux de création artistique par les Haïdas.

La menace d’une espèce envahissante

Lorsque les écosystèmes forestiers sont surpeuplés, les populations végétales et animales en souffrent. Le broutage excessif entraîne une diminution des populations végétales et animales importantes sur le plan écologique et culturel. Cela pourrait aussi les faire disparaître à jamais. La grande population de cerfs et le broutage excessif ont eu des répercussions négatives sur le genévrier rouge et le cyprès jaune sur de nombreuses îles de Gwaii Haanas. De nombreuses espèces d’oiseaux et d’invertébrés fuient les délicats écosystèmes insulaires envahis par les cerfs.

Selon le plan de gestion de Gwaii HaanasGina ‘Waadlux̱an KilG̱uhlG̱a Land-Sea-People 2018, la plus grande menace pour les écosystèmes terrestres et les plantes culturelles sont les espèces introduites telles que le cerf k'aad.

La restauration des écosystèmes ne peut avoir lieu sans une diminution considérable des populations de cerfs. On trouve des cerfs sur la plupart des plus de 150 îles de Gwaii Haanas. Seule une petite poignée d’îles, comme les îles Tar, Agglomerate et Lost sont vierges de cerfs, la plupart du temps. Sur le reste des îles de Gwaii Haanas, les populations de cerfs croissent sans contrôle et n’ont pratiquement pas de prédateurs, ce qui fait que le sous-étage de la forêt est de plus en plus envahi par le cerf k'aad. La disparition du sous-étage entraîne la disparition de la biodiversité. Si les cerfs ne sont pas retirés de l’écosystème, les dommages causés aux plantes, au sol et aux oiseaux de mer continueront de s’aggraver.

Cerf de Sitka broutant des arbrisseaux

À gauche : Cerf de Sitka broutant des arbrisseaux.©Andrew S. Wright
À droite : Sol de mousse dénudé dans l’île Ramsay. ©C.Gill/Coastal Conservation

Restauration pour les générations futures

© Andrew S. Wright

En 2014, un plan de restauration a été élaboré et approuvé par le Conseil de gestion de l’archipel. Le projet, Llgaay gwii sdiihlda – Rétablir l’équilibre, a ensuite été mis en œuvre entre 2017 et 2019. Llgaay gwii sdiihlda visait à rétablir la flore et la faune indigènes en supprimant la pression de broutage exercée par le cerf à queue noire de Sitka, espèce introduite et envahissante, sur certaines îles. Cela comprenait Xiina Gwaay.yaay (île Ramsay) et les îles environnantes Kingts' ii Gwaay.yaay (Bischofs), Daa.a Gwaay (Faraday), Gaysiigas Gwaay (Murchison), Gandll K'in Gwaay.yaay (Hotspring) et Aataana Gwaay.yaay (House).

Le projet comprenait également la réduction du nombre de cerfs le long de la côte sud de l’île Lyell et de l’île Moresby. La chasse sur SG̱aay Taw Siiwaay K'adjuu (Moresby) et Tllga Kun Gwaay (Lyell Islands) était destinée à réduire la probabilité que les cerfs nagent vers les îles visées par le projet. Au début de la planification, le Conseil de gestion de l’archipel a consulté la SPCA de la Colombie-Britannique et du Yukon. Cette dernière a été invitée à examiner le plan d’action et à donner son avis afin de garantir un traitement des animaux sans cruauté.

En éliminant les cerfs de ce chapelet d’îles, il serait possible de créer une vaste zone où les arbustes, les plantes médicinales, les buissons et les arbres, notamment le genévrier rouge et le cyprès jaune, pourraient prospérer. Des espèces sauvages telles que l’autour des palombes, le guillemot à cou blanc et la petite nyctale en profiteraient également.

De plus, ce projet a fourni de la venaison, des peaux et des sabots aux communautés locales. Dans la mesure du possible, les cerfs ont été récoltés et transformés localement pour être acheminés dans des programmes alimentaires communautaires de Haida Gwaii, tels que le programme Local Food to School et les programmes de jour pour les aînés. La venaison a été distribuée aux foyers des aînés de Haida Gwaii. Les sabots et les peaux de cerfs ont quant à eux été distribués et utilisés à des fins culturelles haïdas.

2017 – Début de la restauration

La première phase du projet a été achevée en 2017. Sa réalisation a nécessité des connaissances traditionnelles haïdas, des compétences locales et une expertise internationale. Les partenaires, qui se spécialisent dans la prévention de l’extinction des espèces indigènes en éliminant les espèces envahissantes des îles, ont également joué un rôle clé dans la réussite du projet.

De multiples méthodes ont été utilisées pour éradiquer les cerfs des îles. Des points d’appât ont été utilisés comme première méthode. Du maïs, du genévrier rouge, du cyprès jaune et des pommes ont été utilisés pour attirer les cerfs vers les points d’appât afin qu’ils puissent être capturés à des heures et à des endroits précis sur l’île Ramsay. Ont suivi la chasse au sol assistée par des chiens et le tir aérien depuis un hélicoptère. La chasse sur le littoral a été pratiquée tout au long du projet par des tireurs expérimentés de Gwaii Haanas.

Parcs Canada et ses partenaires, comme l’Université de la Colombie-Britannique, ont assuré la surveillance des conditions du sol de l’île Ramsay, la repousse des plantes et les populations d’oiseaux de mer. En 2017, une équipe de scientifiques de l’Université de Colombie-Britannique s’est rendue sur l’île Ramsay pour mesurer la croissance de la végétation et suivre les cycles des nutriments. Des relevés ont été effectués par la vérification de l’état du sol de la forêt, le bilan de carbone et d’azote et la diversité aérienne d’arbustes. Des données ont également été collectées pendant deux ans avant le début de Llgaay gwii sdiihlda, puis jusqu’en 2019 après la première phase du projet. Les données enregistrées sur plusieurs années, avant et après le retrait des cerfs, permettront d’évaluer la santé des écosystèmes forestiers de l’île Ramsay.

En septembre 2017, un plan de biosécurité a été mis en place. Ce plan décrit les prochaines étapes et les moyens de maintenir l’absence de cerfs sur les îles visées par le projet. Les méthodes utilisées comprennent la prévention, la détection et la réponse, ainsi que la surveillance continue par caméra infrarouge.

Bienfaits et résultats du projet

Au total, 598 cerfs ont été retirés au cours du projet en 2017. Parmi eux, plus de 400 venaient de l’île Ramsay. Tous les cerfs envahissants connus ont été retirés des îles Bischofs, House, Hotspring et Murchison. Un petit nombre de cerfs sont restés sur les îles Ramsay et Faraday.

Voici quelques-uns des bienfaits supplémentaires du projet :

  • La chance d’apprendre et de communiquer de l’information avec des partenaires nationaux et internationaux a été inestimable. Les membres de l’équipe de Gwaii Haanas, dont trois Haïdas, ont reçu une formation au marquage par des experts en éradication d’espèces envahissantes de renommée internationale. À son tour, l’équipe de Gwaii Haanas a apporté ses connaissances et son expertise au domaine de la conservation et des espèces envahissantes sur le plan international.
  • Les cerfs pouvant être abattus ont été transformés et donnés dans le cadre d’un programme communautaire de distribution alimentaire. La venaison a été distribuée aux personnes âgées, aux écoliers et aux groupes communautaires de Haida Gwaii en 2017 et 2018.
  • Des peaux et des sabots de cerfs ont été donnés à des groupes communautaires locaux pour qu’ils les utilisent dans le cadre d’ateliers de fabrication de tenues cérémonielles haïdas destinés aux jeunes et aux programmes culturels. Ces tenues cérémonielles ont été portées à l’occasion d’une danse lors d’un événement spécial en mai 2018.
  • Les forêts de l’île Ramsay se régénèrent depuis la fin du projet. De nouvelles pousses et des drageons sur de nombreuses espèces de plantes indigènes importantes ont été observés. Ces dernières incluent le bois piquant, le pommetier, l’épinette et le gaylussaquier à fruits bacciformes.
  • Des bienfaits ont également été observés sur l’habitat des oiseaux de mer. Les plantes ont pu reverdir plus qu’elles ne l’ont fait au cours des cinquante dernières années. La complexité et la couverture de l’habitat se sont vues augmenter.

2018-2020 – Suivi et collaboration

En 2018, une surveillance continue et une analyse des données ont eu lieu pour aider à s’assurer qu’aucun nouveau cerf ne s’était déplacé sur les îles du projet Rétablir l’équilibre. Une excursion à SGang Gwaay – un site du patrimoine haïda et du patrimoine mondial de l’UNESCO – a également eu lieu afin d’y réduire les populations de cerfs pour protéger le site du village de renommée mondiale.

L’île Faraday est devenue le principal objectif pour poursuivre l’élimination des cerfs au printemps 2018. Pour confirmer s’il restait des cerfs sur l’île, des recherches extensives par quadrillage ont été planifiées. Ces recherches par quadrillage ont permis de savoir si une chasse devait être menée par les tireurs d’élite formés à Gwaii Haanas et le personnel du Conseil de la Nation haïda. Les équipes ont effectué des chasses au cerf sur les îles de Faraday, Murchison, House et Hotspring.

En 2018, 2019 et 2020, les relevés des parcelles de végétation se sont poursuivis sur l’île Ramsay afin d’enregistrer les renseignements sur les plantes trouvées au fil du temps à divers endroits.

En 2019, des chasses au cerf stratégiques et à petite échelle ont eu lieu dans des endroits clés pour obtenir des échantillons d’ADN. L’ADN des cerfs a été collecté grâce aux dons des chasseurs locaux à un abattoir local, et envoyé au laboratoire de génétique de l’Université de Colombie-Britannique, au campus d’Okanagan, où l’étude des mouvements des cerfs et des réseaux familiaux (le degré de parenté des cerfs entre eux) a pu fournir de l’information pour planifier la gestion future de Gwaii Haanas.

En 2020, des excréments de cerfs ont été recueillis à SGangGwaay et dans les îles environnantes pour être envoyés au laboratoire de génétique de l’Université de la Colombie Britannique, toujours au campus d’Okanagan, afin d’être ajoutés à la bibliothèque génétique des cerfs de Gwaii Haanas.

En 2020, le Conseil de gestion de l’archipel de Gwaii Haanas a organisé un symposium sur les espèces exotiques envahissantes auquel ont participé des gestionnaires de terres et de ressources de la Nation haïda, du ministère des Forêts, des Terres et de l’Exploitation des ressources naturelles, de Parcs Canada, d’Oiseaux Canada, de Coastal Conservation et de bien d’autres. L’objectif du symposium sur les espèces exotiques envahissantes était de discuter des répercussions des rats, ratons laveurs, cerfs et castors introduits et envahissants sur les écosystèmes et la culture de Haida Gwaii. Le symposium a également présenté les leçons apprises et les réussites d’autres experts insulaires en matière d’espèces envahissantes dans des endroits tels que le Mexique et l’Italie.


©C.Gill/Coastal Conservation

Prochaines étapes

La première phase du projet Llgaay gwii sdiihlda est terminée et le suivi et l’entretien annuels sont désormais assurés. La prochaine étape de ce projet de régénération forestière consistera à analyser ce que nous avons acquis.

Parcs Canada continuera d’étudier les changements qui se produisent. La surveillance de la croissance des nouvelles forêts se poursuivra, ce qui permettra de mieux comprendre comment ces arbres, plantes et arbustes réagissent sans les cerfs envahissants.

De plus, avec le temps et la poursuite de la gestion des cerfs à Gwaii Haanas, ces bienfaits devraient se maintenir.

  • Ce projet permettra la création d’une armoire à pharmacie traditionnelle constituée de plantes diverses et importantes sur le plan culturel. Les Haïdas pourront accéder à davantage de plantes médicinales traditionnelles à mesure que le sous-étage de la forêt repoussera.
  • Au fur et à mesure que les gaules de genévrier rouge et de cyprès jaune se régénéreront, les prochaines générations de ces espèces d’arbres bénéficieront d’une croissance phénoménale, contribuant ainsi à la vision de l’utilisation des terres du Conseil de la Nation haïda.
  • Les processus écologiques et la résilience des écosystèmes continueront de se renforcer. Les animaux vivant dans les forêts pluviales tempérées, tels que les oiseaux, les mammifères, les amphibiens et les invertébrés indigènes, pourront revenir.

Plantes d’importance culturelle dont on prévoit le rétablissement :

  • Ts'uu – Genévrier rouge
  • Kayd – Épinette de Sitka
  • K'aang – Pruche
  • Ts'iihlinjaaw – Bois piquant
  • SGiidllGuu – Gaylussaquier à fruits bacciformes
  • Hldaan – Bleuet
  • Sk'idGan – Baies de salal
  • K'ay – Pommetier
  • Sgan sgawan – Chou puant

Partenaires du programme

Le principal partenaire de Llgaa gwii sdiihlda est le Conseil de la Nation haïda en tant que partenaire de gestion coopérative de Gwaii Haanas. Le Conseil de gestion de l’archipel de Gwaii Haanas dirige le projet en prenant des décisions de gestion et d’exploitation.

Les autres partenaires du projet sont :

  • Coastal Conservation
  • Island Conservation
  • Research Group on Introduced Species (RGIS)
  • Pacific Institute for Climate Solutions

Venez voir par vous-même

 
 
Passer la souris :

À gauche : L’enclos à plantes de Kunga en 1998 © RGIS.
À droite : L’enclos à plantes de Kunga en 2016. © Parcs Canada / B. Catto

Les gens peuvent s’informer sur les effets du cerf à queue noire de Sitka, espèce introduite et envahissante, grâce à trois enclos de plantes cultivées : dans l’avant-pays, sur le sentier de Spirit Lake à Skidegate, à Gwaii Haanas sur l’île Kunga et sur le site des gardiens de Haida Gwaii, Hlkyah GawGa/WindyBay.

L’enclos de plantes indigènes sur l’île Kunga, près de T’aanuu Llnagaay, est l’un des meilleurs endroits à visiter sur Haïda Gwaii pour avoir une idée de la façon dont le sous-étage de la forêt peut se rétablir sans la menace d’un broutage excessif par le cerf à queue noire de Sitka. En 1998, une zone clôturée a été construite pour empêcher les chevreuils d’y accéder, et un grand nombre de plantes et d’animaux y sont revenus, notamment le gaylussaquier à fruits bacciformes, le genévrier rouge, le cyprès jaune, l’épinette et la baie de sureau. Si l’on se fie à la repousse à Kunga, les forêts du projet Rétablir l’équilibre se porteront de mieux en mieux.


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