Recherche de sites archéologiques sous-marins et d’épaves dans Gwaii Haanas

Depuis plusieurs décennies, Parcs Canada et ses partenaires explorent, étudient, protègent et présentent au public le riche patrimoine archéologique de la réserve de parc national Gwaii Haanas et du site du patrimoine haïda. Des centaines de sites ont été localisés et documentés.

À compter des années 90, Parcs Canada et ses partenaires ont commencé à rechercher sérieusement les sites archéologiques sous-marins dans ce qui est maintenant la réserve d'aire marine nationale de conservation Gwaii Haanas. Ce travail a été axé en particulier sur la recherche des sites antérieurs au contact qui remontent à des milliers d’années et dont beaucoup ont, croit-on, été submergés par la hausse du niveau de la mer. 

En juin 2014, le Service d'archéologie subaquatique (SAS) de Parcs Canada a procédé à une fouille de deux semaines en utilisant des techniques de plongée ciblée et de télédétection, y compris des sonars latéraux, des magnétomètres et un véhicule sous-marin autonome. Le SAS cherchait en particulier des épaves historiques.

Archéologues du SAS, remontent à la surface à l’anse Ikeda
Filippo Ronca (à la gauche) et Joe Boucher, archéologues du SAS, remontent à la surface à l’anse Ikeda, où se trouvaient autrefois une mine de cuivre, un village et un quai. Le Gwaii Haanas II est visible en arrière-plan
© Parcs Canada / J. Moore

Recherche d’épaves

En 2013, Parcs Canada a établi un partenariat avec l’Underwater Archaeological Society of British Columbia (UASBC) pour enrichir sa base de données sur les épaves historiques de Gwaii Haanas. Parcs Canada sait maintenant mieux combien d’épaves historiques pourraient se trouver dans la réserve d'aire marine nationale de conservation Gwaii Haanas et dans les eaux environnantes.

Bien que la majorité des épaves connues de Gwaii Haanas remontent à la fin du dix-neuvième siècle ou au vingtième siècle, plusieurs épaves historiques sont connues pour être plus anciennes. Deux de ces navires sont arrivés sur la côte dans les débuts du commerce maritime des fourrures en 1794 et l’autre en 1851 au cours d’une recherche de l’or :

Le Lady Washington à S Gang Gwaay en 1791
Le Lady Washington à SGang Gwaay en 1791. Venu faire le commerce avec les Haïdas, il repartit avec une cargaison de peaux de loutre de mer. L’Ino était un navire de même gréement et de même jauge, et il transportait un équipage d’à peu près 22 personnes Image reproduite avec l’aimable autorisation de Gordon Miller

Ino (1794)

Ce brick s’est arrêté en 1794 près de l’île Kunghit pour faire du commerce et a été pris par les Haïdas. Tous les membres de l’équipage ont été tués, sauf un dont le destin est inconnu.

Resolution (1794)

Le Resolution, une goélette de 90 tonnes, a appareillé avec un autre navire, le Jefferson, en 1793. Au début de 1794, les deux navires se sont séparés et le Resolution n’a jamais été revu. Il a été pris dans le bras Cumshewa par des villageois haïdas. Un membre de l’équipage a survécu et a été secouru un an plus tard par un autre navire faisant le commerce des fourrures.

Georgiana (1851)

Ce sloop de 25 tonnes qui transportait 27 chercheurs d’or a été pris près du bras Cumshewa par les Haïdas en 1851 après s’être échoué dans une tempête. Les passagers ont été détenus pendant 54 jours dans le but d’obtenir une rançon jusqu’à ce qu’un navire américain privé, le Damaris Cove, vienne les secourir.

Résultats

Les conditions de préservation des sites archéologiques sous-marins à Gwaii Haanas sont très difficiles. La région est balayée par des vents, des vagues et des courants de force exceptionnelle, et l’équipe n’a trouvé aucune trace des navires anciens. Malgré tout, grâce à cette mission d’exploration, le personnel de Gwaii Haanas comprend désormais beaucoup mieux le potentiel de préservation des épaves et des sites subaquatiques à Gwaii Haanas, de même que le cadre physique de certains des naufrages.

Autres travaux d’archéologie maritime dans Gwaii Haanas

En plus de chercher des épaves et de poursuivre la recherche des premiers sites haïdas, le SAS a inspecté toute une gamme d’autres types de site près du rivage. Ceux-ci comprennent des sites et des structures associés à l’industrie et au transport maritime passés, comme les mines de port, les jetées, les môles et les tertres.

Les premières décennies du XXe siècle ont été marquées par une grande activité dans la partie sud de Haida Gwaii. Il y a plus de 100 ans, l’anse Ikeda possédait un quai important, deux énormes abris fortifiés pouvant contenir chacun 1 000 tonnes de minerai ainsi que des bâtiments en brique et en bois. L’équipe a recensé les vestiges du G. M. Dawson, un navire à roue arrière construit en 1898 à Vancouver. Ce bateau avait été apporté et coulé à l’anse Ikeda pour servir d’abri fortifié.

En 1907, deux quais, une scierie, un hôtel, un magasin et de nombreuses cabanes servant de résidences ont fait leur apparition à Jedway, où des hommes affluaient des quatre coins de la planète, attirés par la possibilité de faire fortune grâce aux ressources minières des collines environnantes. L’équipe a trouvé les vestiges du quai de ce village fantôme, jadis une localité florissante servant d’escale aux vapeurs.

L’équipe a également découvert plusieurs artefacts sous l’eau dans l’ancienne ville minière de Lockeport, qui a été occupée de 1908 à 1941. La localité abritait aussi une conserverie de poisson. Il reste très peu de traces de ces sites industriels, même s’ils datent du début du XXe siècle.

Ces explorations ciblées viennent s’ajouter à l’inventaire des sites culturels subaquatiques de Gwaii Haanas. Elles aident Parcs Canada à protéger et à interpréter ces sites dans l’intérêt de la population canadienne et des visiteurs de Gwaii Haanas. Il est prévu que les fouilles reprendront en 2015. 

Archéologie intertidal

Des éléments comme les anciens sites d’habitation, les fascines, les jardins intertidaux et les dispersions lithiques (traces de la fabrication d’outils de pierre) sont présents sur les sites intertidaux. Les fascines (rangées de pieux acérés enfoncés dans le lit des cours d’eau pour retenir le poisson) montrent que les Haïdas faisaient une pêche intensive au saumon à une époque très reculée.

Les Haïdas ont peut-être utilisé aussi les jardins intertidaux pour cultiver les mollusques. Bien qu’aucune preuve archéologique de l’existence d’une culture des plantes dans les estuaires n’ait été trouvée dans Haida Gwaii, les archéologues sont intrigués par les premières observations ethnographiques faites par Charles Newcombe à la fin du dix-neuvième siècle. Il a décrit la façon dont les Haïdas débarrassaient leurs jardins de trèfle des pierres et les séparaient avec des clôtures. Ailleurs sur la côte de la Colombie-Britannique, des jardins intertidaux ont été utilisés pour cultiver des ressources comme la palourde américaine, le trèfle de Wormskjöld et la potentille des rivages. Cette recherche passionnante réécrit l’histoire du peuplement par les Premières nations sur la côte du Pacifique, car elle remet en question l’idée que les premières populations de la côte vivaient exclusivement de chasse et de cueillette.

Fascine en bois et en roches datant de 2 500 ans
Fascine en bois et en roches datant de 2 500 ans

Sites de village submergés

Une bonne partie de l’histoire ancienne de Haida Gwaii se trouve sous les eaux du détroit d’Hécate en raison des fluctuations rapides du niveau de la mer il y a entre 15 000 et 11 000 ans. Les archéologues de Parcs Canada et leurs collaborateurs ont utilisé des techniques de reconstitution du niveau de la mer pour rechercher des sites archéologiques qui vont des sites côtiers submergés aux cavernes des hautes terres. Toute une gamme de méthodes scientifiques ont été utilisées pour rechercher des artefacts sous l’eau, y compris les recherches en plongée et les fouilles exploratoires, l’échantillonnage par grappillage, le carottage et l’utilisation de submersibles et de véhicules téléguidés. Ces méthodes sont utilisées dans des zones connues pour avoir un potentiel élevé d’habitation humaine d’après les preuves tirées de la reconstitution du paysage. Ce travail se poursuivra en 2014.