Le récit de la salamandre

Gros plan d'une salamandre à longs doigts La salamandre à longs doigts
© Parcs Canada

En arrivant près du village de Waterton Park, on traverse le territoire de la salamandre à longs doigts. Voici son histoire.

Par un soir de tempête à l'automne de 1991, un employé du parc remarque quelque chose d'étrange sur la route en se dirigeant vers le centre d'accueil. Perplexe, il s'arrête et découvre des salamandres - tout un nombre de salamandres! Que se passe-t-il?

Il constate rapidement que les salamandres ont du mal à franchir une nouvelle bordure le long de la route. Il y a encore davantage de salamandres bloquées sur la route. Soudain tout est clair : les bordures construites dans le cadre d'un projet d'amélioration de la route sont devenues un obstacle imprévu sur la voie de migration de reproduction de ces amphibiens, entre le lac Linnet et les basses pentes du mont Crandell. Cette importante migration de salamandres n'a pas été décelée en dépit d'une étude environnementale approfondie menée avant les travaux de construction.

La salamandre à longs doigts est nocturne, mesure 13 cm (5 po) de long et ne pèse que six grammes. Malgré sa bande jaune vif, on ne la remarque pas aussi facilement que les ours que la plupart des visiteurs souhaitent apercevoir dans le parc. Toutefois, son " malheur " fait sensation dès que la collectivité est mise au courant.

Le printemps suivant, avant qu'on puisse apporter des changements à la bordure, des bénévoles se présentent pour prendre la situation en main, littéralement. Tout au long de deux nuits fraîches et pluvieuses d'avril, ils font délicatement franchir la bordure à presque 1 200 salamandres!

Entre-temps, le service des gardes de parc lance un projet afin de mettre à l'essai des solutions de rechange pour aider les salamandres à surmonter cet obstacle. Il semble logique d'aménager des rampes. Les gardes doivent cependant déterminer la pente, le matériau et l'espacement voulus.

Nouvelles bordures à pente douce pour accommoder les salamandres Une nouvelle bordure
© Parcs Canada

Au printemps de 1993, on installe des rampes en bois le long de la route et on surveille le passage des salamandres. Les résultats sont variables. En effet, les salamandres ont du mal à franchir certaines des bordures plus lisses, et celles qui traversent là où il n'y a pas de rampe ont tendance à continuer d'essayer de franchir la bordure ordinaire jusqu'à ce qu'elles soient entraînées sur la route par les eaux de pluie. Une fois de plus, la collectivité aide les salamandres à surmonter l'obstacle.

On décide alors de retirer la bordure et de la remplacer par une bordure en ciment à pente douce et à surface rude pour que les salamandres puissent s`y agripper. C'est chose fait à l'automne de 1993. On ajoute également des drains afin de réduire le nombre de salamandres entraînées par les eaux sur la route. Les salamandres franchissent maintenant la bordure avec peu de difficulté.

Cette découverte a mis en évidence le besoin de recherche continue sur la salamandre. Julie M. Fukumoto, étudiante de deuxième cycle de l'Université de Calgary, a d'abord étudié les caractéristiques de la salamandre. Elle a trouvé des populations isolées et dispersées de salamandres à longs doigts dans Waterton. Ces résultats ressemblent à ceux obtenus ailleurs en Alberta où la mortalité sur les routes, la perte d'habitat , l'empoissonnement et le changement climatique avaient des répercussions sur les populations de salamandres.

Un chercheur se penche pour inspecter le réseau de piégeage des salamandres La recherche sur la salamandre
© Parcs Canada

Toujours dans Waterton, l'épandage de sel de voirie en hiver, l'émission occasionnelle de chlore du château d'eau de l'hôtel Prince of Wales, et l'augmentation de la circulation au printemps et à l'automne aggravaient la situation.

Maintenant prisée par les habitants de la région, cette salamandre fouisseuse qui possède un quatrième doigt particulièrement long sur ses pattes de derrière, continue de traverser la promenade achalandée qui mène à l'entrée du parc. Observer un individu résolu qui se dirige vers le lac ou qui en vient constitue une expérience bien particulière. On ne peut qu'imaginer l'instinct qui guide ces amphibiens remarquables tout au long de leur expédition.

La recherche, notamment sur le cycle biologique de la salamandre, se poursuit. Au printemps de 2001, des chercheurs ont dressé une clôture et une série de pièges des deux côtés de la route. On a attrapé, mesuré et pesé des salamandres&puis on les a fait traverser.

Des efforts supplémentaires ont été déployés en 2008 pour aider les salamandres à traverser la route.