Pour assurer la santé des écosystèmes dans les parcs, il est essentiel de comprendre les populations de caribous et leurs liens avec d’autres espèces. Le programme de surveillance du caribou permet à Parcs Canada de prendre des décisions éclairées au sujet du caribou, ainsi que des mesures fondées sur les connaissances acquises grâce à la recherche et à la surveillance continues.

Les rapports présentés ici comprennent des résumés des rapports d’étape périodiques élaborés depuis 2001, qui sont fondés sur des données démographiques et sur les populations pour les hardes de caribous dans les secteurs de la Brazeau et de la Maligne ainsi que de la vallée Tonquin dans le parc national Jasper (appelées hardes de Jasper Sud). Les rapports complets peuvent être obtenus sur demande.

Les mesures de rétablissement du caribou adoptées pour le parc national Jasper sont inspirées du Programme de rétablissement de la population des montagnes du Sud du caribou des bois (Rangifer tarandus caribou) au Canada (2014) et du Plan d’action visant des espèces multiples dans le parc national Jasper (2017), qui ont tous deux été rédigés en collaboration avec des partenaires autochtones, des intervenants locaux et régionaux et des organismes provinciaux et fédéraux. Ces documents se trouvent dans le site Web du Registre public des espèces en péril.

Rapport de surveillance 2017–2018

Agence Parcs Canada. 2018. Programme de conservation du caribou : Rapport de surveillance 2017–2018.
Parc national Jasper du Canada, Agence Parcs Canada.

Parc national Jasper
C.P. 10
Jasper, (Alberta) T0E 1E0
780-883-0391
caribou@canada.ca

Introduction

Ce rapport résume la surveillance continue des populations de caribou des bois, une espèce en péril dans le parc national Jasper. Il est essentiel d’avoir une bonne compréhension des populations de caribous et de loups et des liens qui existent entre celles-ci afin de promouvoir la santé des populations de ces deux espèces dans le parc. Des rapports de progrès comprenant des analyseset des conclusions approfondies sont établis tous les deux ans et sont disponibles sur demande.

Les mesures de rétablissement pour le caribou dans le parc Jasper sont orientées par le Programme de rétablissement de la population des montagnes du Sud du caribou des bois au Canada (2014) ainsi que par le Plan d’action visant des espèces multiples dans le parc national du Canada Jasper (2017), lesquels ont tous deux été élaborés en collaboration avec des partenaires autochtones, des intervenants locaux et régionaux, ainsi que des organismesprovinciaux et fédéraux. Ces documents sont disponibles sur le site Web du Registre public des espèces en péril


Examiné et approuvé par :
David Argument, gestionnaire de la Conservation des ressources
Alan Fehr, directeur de l’Unité de gestion


Programme de surveillance du caribou des bois

Programme de surveillance du caribou des bois
Lalenia Neufeld

Contexte

Les hardes de caribous des bois de la partie sud du parc national Jasper appartiennent à la population menacée des montagnes du Sud, qui est inscrite à l’annexe A de la Loi sur les espèces en péril; leur effectif est égal ou inférieur au seuil de quasi-disparition, ce qui signifie que le nombre de femelles est si faible que les hardes ne peuvent plus contrer les principales menaces qui pèsent sur elles et se rétablir d’elles-mêmes. Parcs Canada a cerné cinq grandes menaces à la survie du caribou (altération de la dynamique prédateurs-proies, accès des prédateurs à l’habitat du caribou, perturbations directes, disparition de l’habitat et effets résultant de la petite taille des populations). L’altération de la dynamique prédateurs-proies figure en tête de liste des menaces les plus graves (Agence Parcs Canada, 2011). Nous surveillons les caribous et la dynamique prédateurs-proies pour faciliter la mise en œuvre des mesures de gestion permettant de contrer ces menaces.

Objectifs
  • Surveiller les caribous des bois dans trois secteurs situés au sud de la route 16 : le secteur de la Brazeau, le secteur de la Maligne et la vallée Tonquin (figure 1).
  • Surveiller l’effectif, la répartition, la démographie, la génétique et la survie des hardes de caribous, de même que les aspects de la dynamique prédateurs-proies qui ont des incidences sur la population.

Méthodes

Les biologistes de Parcs Canada surveillent l’effectif des hardes de caribous par des recensements aériens et des analyses d’ADN. Les recensements aériens nous permettent d’arriver à un compte correspondant au nombre minimal de bêtes vivantes. Nous avons déjà combiné des recensements aériens à des travaux de radiotélémesure pour obtenir une estimation de l’effectif par marquage-recapture à l’aide de colliers émetteurs (une estimation corrigée qui tient compte des bêtes non observées), mais nous ne posons plus de colliers au cou des caribous depuis 2010.

L’ADN contenu dans les excréments sert à des analyses qui nous permettent d’estimer l’effectif des hardes (les données génétiques sont combinées à d’autres sources d’information, comme la taille minimale des populations et le rapport femelles-petits, dans un modèle démographique intégré qui produit une estimation globale fondée sur l’ensemble des données accessibles). Pendant les recensements aériens, les biologistes prélèvent des échantillons d’excréments dont l’ADN permet d’identifier chaque caribou. En effectuant deux prélèvements d’excréments à quelques semaines d’intervalle, nous pouvons évaluer statistiquement les résultats des analyses génétiques pour obtenir une estimation de l’effectif total de la harde de la vallée Tonquin, estimation à laquelle vient se greffer une marge d’erreur calculée. Les hardes de la Maligne et de la Brazeau sont trop petites pour qu’il soit possible d’en estimer l’effectif par cette méthode, mais les résultats des analyses génétiques nous aident quand même à comprendre les profils d’immigration et d’émigration, le taux de survie, le nombre minimum de bêtes vivantes et les liens de parenté.

Figure 1. Répartition des caribous dans la partie sud (hardes de la Brazeau, de la Maligne et de la vallée Tonquin) et la partie nord (harde de l’À la Pêche) du parc national Jasper.

Résultats

Surveillance des hardes

Nous avons réalisé des recensements aériens et des prélèvements d’excréments pendant la période du rut en 2017 et en 2018. En 2017, nous avons dénombré un effectif minimal de 18 individus dans la vallée Tonquin (sept mâles, six femelles, un adulte inconnu et quatre petits), de huit individus dans le secteur de la Brazeau (trois mâles, trois femelles et deux petits de sexe masculin) et de seulement trois bêtes dans le secteur de la Maligne (une femelle , un petit de sexe féminin, et une femelle d’un an). En 2018, nous avons observé 27 caribous dans la vallée Tonquin (douze femelles, huit mâles, cinq jeunes mâles et deux jeunes femelles) et 10 caribous dans le secteur de la Brazeau (trois femelles, quatre mâles et deux petits de sexe masculin). Il n’a pas été possible de repérer de caribou dans le secteur de la Maligne malgré d’excellentes conditions d’observation. Le nombre de bêtes observées dans chaque aire de répartition représente l’effectif minimal, c’est-à-dire un chiffre qui ne tient pas compte des caribous non observés. Par conséquent, nous nous attendons à ce que l’effectif réel soit plus important (dans le cas des grandes hardes, voir les « comptes » de la figure 2).

En 2017, nous avons observé sept petits dans les trois hardes, ce qui correspond à un très faible nombre. Comme au moins cinq d’entre eux étaient des mâles, il s’agit d’un effectif insuffisant pour rétablir les populations, car seul un faible nombre de nouvelles femelles viendront s’ajouter à des hardes déjà très petites. Cette tendance s’est poursuivie en 2018 : neuf petits ont été observés dans deux hardes, et sept étaient des mâles. Néanmoins, le parc national Jasper compte toujours un nombre relativement élevé de petits comparativement aux populations de caribous d’autres régions, ce qui montre que la source du déclin de la population n’est pas directement liée à la survie des jeunes caribous.

Les estimations d’effectif n’ont pas été actualisées depuis 2016, parce que les résultats des analyses génétiques de 2017 et de 2018 viennent d’être comptabilisés et que la vérification des erreurs n’est pas terminée. En 2016, la harde de la vallée Tonquin comptait un effectif estimé à ~31 individus (y compris les petits), une baisse par rapport à l’effectif de 113 bêtes enregistré en 2006 (et rien ne permet de conclure que l’effectif de la harde a augmenté depuis). Il faut s’attendre à des fluctuations naturelles chez les populations animales, mais, lorsque les hardes de caribous diminuent au point de compter moins de 10 femelles en âge de se reproduire, nous savons que les probabilités de survie sur 20 ans sont très faibles. Cette limite de 10 femelles en âge de se reproduire, considérée comme le seuil de quasi-disparition, est fondée sur des analyses de viabilité réalisées chez plusieurs hardes et sur les critères de l’UICN pour l’évaluation du risque de disparition. Nous estimons que la harde de la vallée Tonquin compte moins de 10 femelles en âge de se reproduire et que, par conséquent, toutes les hardes de la partie sud du parc national Jasper sont exposées à un risque élevé de disparition imminente (figure 2). Même si la partie sud du parc abritera des caribous pendant encore des années, les hardes connaîtront un déclin continu jusqu’à ce qu’elles finissent par disparaître.

En raison de leur petite taille, il n’est pas possible d’estimer l’effectif des hardes de la Brazeau et de la Maligne par des analyses d’excréments. Malgré tout, nous avons pu confirmer les génotypes des trois individus observés dans le secteur de la Maligne (ainsi que d’un caribou mâle non observé) et recueillir des données génétiques sur sept caribous de la harde de la Brazeau et sur 24 caribous de la harde de la vallée de la Tonquin en 2017. Les estimations d’effectif tirées de l’analyse de la harde de la Tonquin sont à venir.

Figure 2. Abondance des hardes et tendances exprimées sous forme de comptes et d’estimations d’effectif (excréments et marquage-réobservation) pour les caribous de la partie sud du parc national Jasper, 2003-2018. (Les barres d’erreur correspondent à des intervalles de confiance de 95 %.)

Par ailleurs, le personnel de Parcs Canada aide le gouvernement de l’Alberta à surveiller les caribous de l’À la Pêche, une harde transfrontalière qui passe une bonne partie de son temps aux environs du ruisseau Blue et dans la vallée de la Snake Indian, dans le parc national Jasper. La harde de l’À la Pêche est considérée comme partiellement migratrice. Certains animaux migrent vers les contreforts pour l’hiver, d’autres passent l’année entière dans le parc ou dans des régions montagneuses environnantes, et d’autres encore restent dans les contreforts à longueur d’année. La harde compte environ 140-150 individus, mais des travaux sont en cours pour peaufiner cette estimation à l’aide de modèles spatiaux fondés sur l’ADN des excréments et le marquage-recapture. À l’extérieur du parc national Jasper, des mesures de contrôle de la population de loups sont en place dans l’aire de répartition hivernale de la harde de l’À la Pêche depuis 2006 et dans les aires de répartition hivernale et estivale depuis 2014. En raison principalement de cette réduction continue de la densité des loups, la harde de l’À la Pêche connaît des taux de survie et de recrutement accrus ainsi qu’un taux de croissance démographique positif (Eacker et coll., 2019). Les indices de survie de 0,92 et de 0,96 et les indices de recrutement des femelles de 0,20 et de 0,14 pour 2016 et 2017 respectivement indiquent que la harde se porte bien et que l’effectif devrait continuer de croître si les conditions restent inchangées dans l’avenir. Les valeurs lambda étaient de 1,16 et de 1,12 en 2016 et en 2017, ce qui témoigne d’une croissance démographique de 16 % et de 12 % respectivement (Eacker et coll., 2019).


Programme de surveillance des loups

Programme de surveillance des loups
Lalenia Neufeld

Contexte

Le loup est un prédateur clé de l’écosystème du parc national Jasper. Comme le précise le Programme de rétablissement de la population des montagnes du Sud du caribou des bois, cette espèce a des incidences particulières sur les hardes de caribous dès qu’elle atteint une densité égale ou supérieure à trois individus par tranche de 1 000 km2. Bien que le caribou ne représente pas une proie importante pour le loup, même des niveaux de prédation modérés peuvent suffire à entraîner le déclin des hardes. Nous surveillons la répartition des loups et l’effectif des meutes (densité) dans le parc national Jasper afin de mieux comprendre les risques pour la survie du caribou et d’évaluer les conditions écologiques nécessaires à son rétablissement futur. Ce projet s’inscrit dans le Programme de conservation du caribou.

Objectifs
  • Détecter les changements qui surviennent dans l’effectif et la densité des meutes de loups afin de mieux comprendre l’état de l’habitat essentiel du caribou.
  • Consigner les réactions des loups aux mesures de gestion (p. ex. accès différé à l’arrière-pays) et aux changements survenus dans l’effectif des populations de chevreuils et de wapitis.

Méthodes

Figure 3. Territoires approximatifs des meutes de loups dans la partie sud du parc national Jasper en 2017 et en 2018. Les territoires situés à l’extérieur du parc ne sont ni exacts ni étayés par des images de télésurveillance ou par des données GPS.

Nous cherchons à maintenir, à l’aide de colliers émetteurs, un contact avec plusieurs meutes de loups qui fréquentent le territoire du caribou. Il est difficile de surveiller les loups et la densité des meutes, car il s’agit d’une espèce dynamique qui change souvent de territoire et qui affiche un taux élevé de mortalité. Les colliers VHF – des colliers qui émettent un signal radio sans fournir de données de positionnement exactes – servent principalement à maintenir un contact avec les meutes. Les colliers émetteurs GPS ou à transmission par satellite fournissent des données de positionnement précises. Nous nous en servons pour délimiter les aires de répartition des meutes, établir les profils d’occupation de l’habitat et déterminer les réactions à l’accès différé à l’arrière-pays.

Les données sur la densité des loups et l’effectif des meutes proviennent de mentions d’observation, de dénombrements de pistes, de colliers émetteurs et d’images prises par des appareils photo de télésurveillance. Ces appareils nous permettent d’observer des loups partout dans le parc et peuvent nous fournir de multiples dénombrements des meutes de loups dans un lieu donné au fil du temps. Les mentions d’observation servent de complément aux images des appareils photo, tandis que les colliers émetteurs nous aident à consolider nos connaissances sur des meutes et des secteurs particuliers.

Le travail de délimitation du territoire approximatif et d’estimation de l’effectif des meutes se fait pendant les mois d’hiver, période pendant laquelle les loups se déplacent en meutes. Pour calculer la densité des loups dans les secteurs fréquentés par les caribous de la partie sud du parc, nous avons recours à des méthodes modifiées décrites dans Hebblewhite (2007). Dès qu’une meute est identifiée et que son territoire est délimité par les appareils photo de télésurveillance, nous mettons à profit notre connaissance de la biologie du loup et de la superficie moyenne du territoire pour rajuster l’effectif estimatif de la meute en fonction de la proportion de temps passé dans la partie sud du parc national Jasper. Ce chiffre rajusté sert de point de départ pour le calcul de la densité des loups dans la partie sud du parc.

Résultats

Plusieurs meutes de loups chevauchent le territoire des caribous : la meute Sunwapta, la meute Brazeau, la meute Poboktan et, dans une moindre mesure, les meutes Punchbowl et Rocky South (figure 3).

Dans les deux dernières années, nous avons recueilli des données sur le profil d’occupation de l’habitat et les déplacements de la meute Sunwapta. Cependant, il nous a été impossible de repérer d’autres meutes pour leur poser des colliers au printemps 2017 ou de trouver d’autres loups de la meute Sunwapta en 2018. Nous avons actuellement des colliers chez des loups de la meute Sunwapta et d’une nouvelle meute qui fréquente la limite nord du parc national Jasper. Dans les cinq dernières années, il est devenu de plus en plus difficile de trouver des loups pour leur poser des colliers.

Figure 4. Densité des loups (nombre de loups par tranche de 1 000 km²) dans la partie sud du parc national Jasper, de 2003-2004 à 2017-2018.

Selon les calculs effectués à l’aide des images de télésurveillance, la densité des loups accuse un déclin dans le parc national Jasper. Pendant l’hiver 2017-2018, elle a été estimée à 1,5 loup/1 000 km² dans la partie sud du parc. Pendant l’hiver 2016-2017, ce chiffre était de 1,8 loup/1 000 km², et le nombre de loups fréquentant la partie sud du parc national Jasper était estimé à 14 individus, selon les données des images de télésurveillance (effectif moyen de trois loups par meute). En 2015-2016, la densité était supérieure, principalement en raison de l’arrivée d’une meute inconnue de huit loups près du lotissement urbain. Comme ces loups ne se sont pas établis en permanence, nous avons rajusté nos chiffres pour tenir compte de la proportion de temps où la meute était présente dans le secteur. Le nombre total de loups présents dans la partie sud du parc national Jasper a été estimé à 18, et la densité, à 2,5 loups/1 000 km². L’abondance et la densité des loups ont fluctué par le passé, passant d’un minimum de 0,3 individu/1 000 km² en 1959, année où le contrôle des populations de loups a cessé, à un sommet de ~5-6 individus/1 000 km² au début des années 1980, lorsque les populations se sont rétablies. La densité des loups a diminué par la suite avant de rehausser (à autour de 5) au début des années 2000. Elle a connu une nouvelle baisse en 2006, lorsque les autorités ont mis fin au rejet des carcasses d’animaux. La densité se situe à environ 3 individus/1 000 km² depuis 2006 et à autour ou à moins de 2 individus/1 000 km² depuis 2013 (figure 4).

La densité des loups dans l’habitat du caribou (y compris l’habitat matriciel, c’est-à-dire l’habitat entourant les aires de répartition du caribou où la dynamique prédateurs-proies influe sur les taux de mortalité du caribou) est un indicateur clé de la survie du caribou. Tout porte à croire que, lorsque la densité est inférieure à 3 loups/1 000 km², les hardes de caribous ont de meilleures chances de survie (comme l’indique le Programme de rétablissement de la population des montagnes du Sud du caribou des bois). Cependant, nous avons observé des déclins marqués au sein de la harde de la vallée Tonquin de 2011 à 2013, lorsque la densité des loups oscillait autour de 3, ce qui donne à penser qu’une densité de 3 loups/1 000 km² ne coïncide pas nécessairement avec un accroissement de l’effectif des hardes de caribous lorsque celles-ci sont déjà petites. Nous en concluons non seulement que la densité globale des loups est importante, mais aussi que la proximité du territoire du caribou (un facteur qui influe sur l’occupation de l’habitat du caribou par le loup) joue un rôle clé dans les déclins. Entre 2011 et 2013, la meute de loups Robson était active dans le secteur Decoigne et fréquentait l’habitat du caribou dans la vallée Tonquin. Ce secteur n’a pas de meute résidente depuis 2015-2016.


Mesures de conservation du caribou

Mesures de conservation du caribou
Lalenia Neufeld

Contexte

Le Plan d’action pour le rétablissement du caribou, élaboré en 2005 avec le concours des collectivités locales et des intervenants, a orienté les mesures de conservation du caribou avant l’adoption du programme de rétablissement officiel d’Environnement Canada. En prévision de l’inscription du caribou des bois à l’annexe 1 de la Loi sur les espèces en péril, ces mesures, tout comme les menaces auxquelles sont actuellement exposées les populations de caribous, ont fait l’objet d’un examen, puis ont été intégrées à un second plan, la Stratégie de conservation du caribou des bois (Rangifer tarandus caribou) de la population des montagnes du Sud sur les terres de Parcs Canada, qui a vu le jour en 2011. Les mesures de rétablissement du caribou se poursuivent sous l’égide du Programme de rétablissement de la population des montagnes du Sud du caribou des bois (Rangifer tarandus caribou) au Canada (Environnement Canada, 2014) et du récent Plan d’action visant des espèces multiples dans le parc national du Canada Jasper (Parcs Canada, 2017).

Objectifs
  • Réduire ou éliminer les cinq menaces auxquelles sont exposés les caribous des parcs nationaux des montagnes : l’altération de la dynamique prédateurs-proies, l’accès des prédateurs, les perturbations directes, la disparition de l’habitat et les effets résultant de la petite taille des populations.
  • Accéder à un effectif stable ou croissant d’au moins 100 bêtes (selon les critères du programme de rétablissement des caribous de la population des montagnes du Sud), pour créer à l’échelle locale des hardes autosuffisantes où peuvent s’opérer les processus naturels (dispersion, migration) les régissant.

Méthodes

Parcs Canada continue de mettre en œuvre et de peaufiner les mesures de rétablissement antérieurement définies. Pour ce faire, il consulte de la documentation scientifique et des experts, réalise des travaux de surveillance et recueille les commentaires de la collectivité.

Résultats

Les menaces qui guettent les hardes de caribous du parc national Jasper sont bien comprises. Nous avons accumulé des données et instauré des mesures étayées par la science pour y remédier.

Parcs Canada a élaboré le Plan d’action visant des espèces multiples dans le parc national Jasper, qui présente dans le détail les mesures de rétablissement prévues pour appuyer l’orientation stratégique énoncée dans le programme de rétablissement de l’espèce. Ce plan décrit ce qui doit être fait pour atteindre les objectifs en matière d’effectif et de répartition présentés dans le programme de rétablissement, notamment les mesures à prendre pour contrer les menaces et surveiller le rétablissement de l’espèce, ainsi que les mesures proposées pour protéger l’habitat essentiel désigné de l’espèce.

Bisaillon et Neufeld (2017) ont réalisé un examen détaillé et exhaustif de la situation actuelle de la harde de la vallée Tonquin, dans le but de mieux comprendre les profils d’activité humaine dans ce secteur, d’explorer les causes du déclin continu de l’effectif, d’évaluer les impacts des mesures prises jusqu’à présent et d’étudier une série de mesures de conservation supplémentaires. Ces nouvelles mesures sont évaluées en fonction de la probabilité qu’elles aient un effet sur le niveau de population et qu’elles atténuent des menaces comme l’accès des prédateurs. Ces travaux nous permettront de déterminer si de nouvelles mesures de conservation sont justifiées pour la harde de la vallée Tonquin.

Altération de la dynamique prédateurs-proies

Chez les caribous du parc national Jasper, la principale menace est la concurrence apparente (le nombre élevé de proies principales à l’intérieur d’un écosystème donné mène à un nombre élevé de prédateurs, ce qui augmente le taux de prédation d’une espèce rare), une situation observée chez la plupart des autres populations de caribous du pays. Cependant, dans le cas des hardes du parc national Jasper, nous croyons que la concurrence apparente est causée non pas par une perturbation du paysage (comme cela se produit dans la plupart des hardes présentes dans des paysages industriels), mais bien par les pratiques antérieures de contrôle des populations de loups et de réintroduction du wapiti. Autrement dit, c’est une concurrence apparente occasionnée par des pratiques de gestion (et non par des perturbations) qui a altéré la dynamique prédateurs-proies dans les dernières décennies, ce qui crée de piètres conditions pour la survie du caribou.

Des mesures ont été prises dans l’unité de population locale des parcs nationaux Jasper et Banff (hardes de la Maligne, de la vallée Tonquin et de la Brazeau) pour contrer quatre des cinq menaces cernées, l’altération de la dynamique prédateurs-proies étant considérée comme la plus grave. Le programme de rétablissement précise que les populations de caribous ont de meilleures chances de survie lorsque la densité des loups est égale ou inférieure à trois individus par tranche de 1 000 km2. Les preuves empiriques révèlent que, dans la partie sud du parc national Jasper, les mesures de conservation visant à rétablir la dynamique prédateurs-proies, notamment la réduction de l’abondance des proies ou la suspension des pratiques consistant à jeter les carcasses d’animaux dans des carrières de gravier, ont permis de réduire la densité des loups en-deçà de ce seuil.

Accès des prédateurs : Accès humain différé

En hiver, les loups se déplacent plus rapidement et avec plus de facilité sur les pistes de neige compactée. Cet effet est exacerbé à haute altitude, ce qui occasionne un risque accru de prédation pour les caribous. Pour limiter cet avantage dont bénéficient les loups, Parcs Canada diffère l’accès des amateurs de plein air à l’habitat essentiel du caribou jusqu’au milieu de l’hiver. Cette mesure a été instaurée pour la première fois en 2009.

Parcs Canada n’a pas ménagé ses efforts pour sensibiliser le public à cette initiative, afin de veiller à ce que les visiteurs soient bien renseignés sur les possibilités récréatives offertes dans ce secteur, tout en réduisant à un minimum les incursions dans la zone fermée. À cette fin, il a amélioré ses panneaux de signalisation et ses communications sur place. Le taux de conformité s’améliore constamment depuis l’implantation de l’accès différé en 2014, et seules quelques incursions mineures ont été signalées dans les deux dernières années.

Disparition de l’habitat : Habitat essentiel

Depuis l’approbation du programme de rétablissement du caribou en juin 2014, nous avons travaillé avec Environnement Canada afin de produire et de peaufiner des cartes de l’habitat essentiel du caribou dans le parc national Jasper. De plus, l’équipe de gestion du caribou du parc a fourni un soutien et des conseils spécialisés pour l’exécution du Programme d’investissement pour les infrastructures fédérales et d’autres projets, afin de veiller à ce que les projets approuvés respectent l’habitat essentiel et soient compatibles avec les objectifs du programme de rétablissement. À l’heure actuelle, Parcs Canada soumet tous les nouveaux projets à un examen pour en déterminer les impacts sur le caribou et son habitat essentiel et pour évaluer s’ils menacent la survie ou le rétablissement de l’espèce. Le Registre des espèces en péril renferme des détails sur les projets permissibles en vertu de la Loi sur les espèces en péril. En outre, nous travaillons actuellement à l’élaboration de pratiques exemplaires qui serviront de guide pour la tenue de diverses activités courantes dans l’habitat du caribou, dont le tournage de films, le camping sauvage et l’entretien de sentiers. Ces pratiques exemplaires devraient nous permettre de satisfaire aux exigences de la Loi sur les espèces en péril tout en rationnalisant le processus d’évaluation.

Disparition de l’habitat : Feu et caribou

Les spécialistes de la gestion du feu, de la conservation du caribou et des espèces en péril de Parcs Canada travaillent ensemble à évaluer les mesures de gestion du feu dans le contexte de la protection de l’habitat essentiel du caribou. Cette année, d’importants brûlages dirigés nous ont donné une occasion de travailler de concert à la mise en œuvre de ce processus.

À l’automne 2016, l’équipe de gestion du feu a entrepris des travaux dans le complexe des lacs de la terrasse en prévision de multiples brûlages dirigés à venir dans les prochaines années. En 2017-2018, Parcs Canada a également décidé de poursuivre ses travaux de récolte mécanique sur d’autres parcelles du complexe pour intégrer 700 ha de plus aux activités déjà prévues, ce qui a porté la superficie ciblée totale à 950 ha. Par ailleurs, nous avons évalué le plan révisé de gestion du feu pour en déterminer les impacts sur l’habitat essentiel du caribou à la lumière du Programme de rétablissement de la population des montagnes du Sud du caribou des bois au Canada. L’équipe a conclu que les travaux supplémentaires proposés étaient nécessaires à la protection du lotissement urbain de Jasper et qu’ils constituaient par conséquent une exception pour des raisons de sécurité publique, en dépit des impacts possibles sur le rétablissement du caribou. Cependant, nous explorerons des mesures d’atténuation et de surveillance, que nous pourrions éventuellement mettre en place pour réduire à un minimum les impacts sur le rétablissement du caribou.

Perturbations directes

Depuis 1995, des caribous sont observés régulièrement le long d’un tronçon de la route 93 qui traverse le territoire de la harde de la Brazeau. Au total, 13 collisions mortelles avec des caribous ont été enregistrées de 1985 à 2003. Pour aider à protéger l’espèce, une limite de vitesse saisonnière renforcée par des panneaux routiers électroniques est en place depuis 2005. Au printemps 2016, les données sur la harde de caribous ont été examinées en regard de la limite de vitesse actuelle. La période où la limite de vitesse réduite est en vigueur et la longueur du tronçon sur lequel elle est appliquée ont été raccourcies, et la zone visée a été déplacée vers le nord afin de cibler le secteur où les caribous sont le plus souvent observés. Parmi les autres facteurs qui ont contribué à cette décision, mentionnons la rétroaction du public et les lignes de vue le long de la route. Ces changements visent à accroître le taux de respect de la limite de vitesse et à améliorer l’expérience de conduite hivernale. Aucune mortalité associée à la route n’a été signalée depuis 2003.

Effets résultant de la petite taille des populations

disparition, et l’espèce ne pourra pas se rétablir naturellement. À la lumière d’un examen complet de la documentation existante et des commentaires reçus d’experts de partout en Amérique du Nord, nous concluons qu’aucune des trois hardes ne pourra se rétablir sans intervention directe. Après avoir examiné un certain nombre de mesures de rétablissement possibles, dont la transplantation directe, la mise bas en enclos et le contrôle des populations de loups, nous sommes arrivés à la conclusion qu’un programme d’élevage et d’accroissement de l’effectif représente la seule option viable pour stopper le déclin des effectifs, prévenir la disparition du caribou dans le parc national Jasper et atteindre les buts et objectifs du programme de rétablissement de l’espèce. En collaboration étroite avec des spécialistes de partout en Amérique du Nord, Parcs Canada explore et élabore un concept préliminaire pour l’exécution d’un programme d’élevage dans le parc national Jasper. Il a récemment dressé un plan conceptuel pour l’installation d’élevage, conçu une stratégie de gestion et de surveillance de la harde en captivité ainsi qu’une stratégie de surveillance de l’état de santé et procédé à une analyse des risques de maladies. Des modèles démographiques permettant de déterminer les impacts de divers scénarios d’accroissement de l’effectif ont également été mis au point. Nous en sommes à étudier les incidences génétiques du projet, à évaluer les lieux possibles pour l’aménagement de l’installation dans le parc national Jasper et à explorer la provenance des animaux qui serviraient de source pour le programme. La plupart des hardes connaissent un déclin, ce qui risque de limiter le nombre d’options accessibles. Les prochaines étapes consistent à entreprendre l’évaluation d’impact environnemental et à amorcer un dialogue avec les groupes autochtones, le public et les intervenants. Nous cherchons essentiellement à mieux comprendre les divers aspects du programme d’élevage et d’accroissement de l’effectif afin d’étayer le processus décisionnel. Pour l’instant, Parcs Canada n’a pas encore décidé si le projet ira de l’avant ou non.


Bibliographie

Eacker, D. R., M. Hebblewhite, R. Steenweg, M. Russell, A. Flasko et D. Hervieux. « Web‐based application for threatened woodland caribou population modeling », Wildlife Society Bulletin, no 43, 2019, p. 167-177.

Agence Parcs Canada. Stratégie de conservation du caribou des montagnes du Sud dans les parcs nationaux du Canada, Agence Parcs Canada, Canada, 2011, 30 p.

Bisaillon, Jean-François, et Layla Neufeld. Review of existing human use and additional conservation measures for the Tonquin Valley caribou, parc national du Canada Jasper, Agence Parcs Canada, Jasper (Alberta), 2017.

Environnement Canada. Programme de rétablissement de la population des montagnes du Sud du caribou des bois (Rangifer tarandus caribou) au Canada, Série de programmes de rétablissement de la Loi sur les espèces en péril, Environnement Canada, Ottawa, 2014, ix + 123 p.

Agence Parcs Canada. Plan d’action visant des espèces multiples dans le parc national du Canada Jasper, Série de plans d’action de la Loi sur les espèces en péril, Agence Parcs Canada, Ottawa, 2017, iv + 25 p.

Rapport d’étape du Programme de surveillance du caribou du parc national Jasper 2017-2019

Préparé par : Lalenia M. Neufeld, biologiste spécialiste du caribou

Septembre 2020

Rédaction du rapport en cours. Le rapport intégral sera publié bientôt.

Sommaire

Dans ce rapport d’étape, nous présentons des données démographiques et sur les populations concernant les hardes des secteurs de la Brazeau et de la Maligne et celle de la vallée Tonquin, ainsi que les mesures de conservation qui ont été prises d’avril 2017 à mars 2020. Nous signalons également les communications qui ont eu lieu au cours de cette période et nous nous référons à des renseignements des années précédentes qui étaient pertinents ou qui n’ont pas été déclarés ailleurs.

Pose de colliers émetteurs
  • Dans la partie sud du parc national Jasper, en date d’avril 2020, il restait un seul collier émetteur sur un caribou dans la vallée Tonquin. La surveillance de la population s’est entièrement orientée vers des méthodes non invasives.
  • Au cours des trois dernières années, nous avons eu de la difficulté à localiser plusieurs meutes de loups dans la partie sud de Jasper et à leur poser des colliers (comparativement à avant 2012), et il n’y a actuellement que des loups de la meute de Sunwapta qui portent des colliers émetteurs. Dans la partie nord du parc national Jasper, nous surveillons la meute de loups de Starlight depuis 2019-2020; à l’heure actuelle, un seul animal porte un collier émetteur.
  • Aucune recherche sur le wapiti n’est en cours, mais les colliers restants continuent d’être surveillés; il y a actuellement trois wapitis munis d’un collier émetteur.
  • À l’heure actuelle, aucune autre espèce n’est surveillée au moyen de colliers émetteurs.
Indice vital et données sur la population de caribous
  • De nouvelles méthodes ont été adoptées pour l’exécution des analyses de surveillance, et nous présentons maintenant les résultats d’un modèle intégré de la population (MIP). Le MIP est un modèle statistique sophistiqué qui prend toutes les données démographiques disponibles et les combine pour produire une seule estimation de la population.
  • Le MIP recueille des renseignements sur le dénombrement minimal et le ratio femelles-jeunes (à partir des relevés) ainsi que l’estimation de la population et de la survie à partir de l’ADN provenant des excréments. Dans le MIP, nous pouvons combiner les renseignements provenant des multiples sources de données du parc Jasper pour estimer simultanément plusieurs paramètres importants de la population, ce qui permet d’avoir une meilleure précision dans l’estimation finale de la population de la harde de la vallée Tonquin. La taille des populations des secteurs de la Maligne et de la Brazeau est trop petite pour utiliser la modélisation statistique; par conséquent, nous ne montrons que les dénombrements minimaux.
  • Le MIP comprend des données sur l’ensemble de l’historique de surveillance du caribou dans le parc Jasper (à l’exception des dénombrements minimaux avant 2003).
  • En 2016, le dénombrement minimal dans la vallée Tonquin était de 22 animaux, et il était de 7 animaux dans le secteur de la Brazeau et de 3 animaux dans le secteur de la Maligne. L’estimation du MIP pour la vallée Tonquin en 2016 était de 38 animaux (intervalle de confiance [IC] à 95 %, 35 41). Le nombre de femelles adultes devait être de 12 (IC à 95 %, 8-15).
  • En 2017, le dénombrement minimal était de 18 pour la vallée Tonquin, de 8 pour le secteur de la Brazeau et de 3 pour le secteur de la Maligne. L’estimation du MIP pour la vallée Tonquin en 2017 était de 41 animaux (IC à 95 %, 38-44). Notamment, le nombre de femelles adultes devait être de 9 (IC à 95 %, 6-13).
  • En 2018, le dénombrement minimal était de 27 pour la vallée Tonquin, de 10 pour le secteur de la Brazeau et de 0 pour le secteur de la Maligne. L’estimation du MIP pour la vallée Tonquin en 2018 était de 48 animaux (IC à 95 %, 46-51). Le nombre de femelles adultes est demeuré très faible, soit 9 selon les prévisions (IC à 95 %, 5-13).
  • En 2019, le dénombrement minimal était de 24 pour la vallée Tonquin, de 8 pour le secteur de la Brazeau et de 0 pour le secteur de la Maligne. L’estimation du MIP pour la vallée Tonquin en 2019 était de 51 animaux (IC à 95 %, 35-41). Malgré une population totale croissante, le nombre de femelles adultes devrait demeurer faible à 9 (IC à 95 %, 5-13). Nous attribuons la croissance de l’estimation totale de la harde à la croissance des jeunes classes d’âge non productives (petits, animaux d’un an et jeunes adultes). Il n’y a toujours pas assez de petits qui survivent jusqu’à l’âge adulte pour augmenter le nombre total de femelles adultes (c.‑à‑d. qu’il y a moins de petits qui s’ajoutent à cette classe d’âge que de petits qui meurent chaque année).
  • Au cours de la période d'étude 2007-2019, la survie était de 0,7 pour les femelles adultes (0,68-0,72), de 0,72 pour les mâles (0,7-0,75), de 0,74 pour les jeunes femelles (0,72-0,75), de 0,75 pour les jeunes mâles adultes (0,73-0,76) et de 0,8 pour les femelles et les mâles juvéniles (0,53-0,98); cependant, comme la survie est mesurée sur toute la série chronologique, la valeur moyenne est fortement influencée par la forte baisse que nous avons observée de 2008 à 2014 (depuis 2014, nous pensons que le taux de survie s’est amélioré grâce à la stabilisation de l’abondance).
  • De 2016 à 2019, nous avons recueilli 524 échantillons d’excréments (122, 118, 151 et 133 pour chaque année) et identifié 24 génotypes uniques en 2016 (9 mâles, 10 femelles, 5 petits, dont 2 femelles). En 2017, nous avons également identifié 24 génotypes uniques (7 mâles, 10 femelles, 7 petits, dont 3 femelles). En 2018, nous avons identifié 29 génotypes uniques (10 mâles, 12 femelles, 7 petits, dont 2 femelles). En 2019, nous avons identifié 30 génotypes uniques (11 mâles, 11 femelles, 8 petits, dont 3 femelles).
  • Les relevés printaniers des petits ne sont plus effectués, car il n’y a pas suffisamment de colliers émetteurs pour repérer des caribous, de sorte que nous nous fions aux ratios de la composition automnale pour déterminer les ratios de petits par rapport aux femelles.
  • Les données sur le ratio sont moins précises ces dernières années, car la population totale est petite, mais le nombre total de petits par rapport aux femelles est élevé (ratios >0,5 depuis 2016). En 2017, nous avons observé 6 femelles avec 4 petits, 12 femelles avec 7 petits en 2018 et 11 femelles avec 6 petits en 2019. Les données d’ADN de 2017 nous indiquent qu’il y avait 10 femelles et 7 petits (dont 3 femelles). Les données d’ADN de 2018 concordaient avec les données d’observation. Les données d’ADN de 2019 ont montré l’existence de deux autres « petits » qui auraient pu être mal identifiés dans l’ADN (c. à d. qu’il ne s’agissait pas de petits, mais de nouveaux individus dans l’ensemble de données et qu’on a ensuite présumé qu’il s’agissait de petits).
  • Les résultats de notre relevé visuel révèlent une moyenne de 40 petits pour 100 femelles depuis 2003 (moyenne géométrique, IC à 90 %, 28-54) pour la harde de la vallée Tonquin (les autres hardes sont exclues en raison du très faible nombre de femelles).
Résumé des tendances et de l’abondance de la population de caribous
  • La taille de la harde de la vallée Tonquin a atteint un creux en 2016, mais elle s’est depuis stabilisée ou a légèrement augmenté. Malgré cela, le nombre de femelles adultes dans la harde devrait demeurer très faible, et les données recueillies sur le terrain appuient cette prédiction du modèle. L’augmentation de la population est donc attribuée au taux élevé de survie des petits et à la croissance des groupes d’âge non productifs (petits, juvéniles et jeunes adultes), mais cela ne peut remplacer les femelles adultes qui meurent.
  • Les caribous de la harde du secteur de la Maligne ont été observés pour la dernière fois en octobre 2017 lors d’un relevé aérien annuel. L’analyse de l’ADN d’excréments a permis de confirmer la présence de quatre individus, soit une femelle adulte (dotée d’un collier), ses petits femelles de 2017 et de 2016, et son petit mâle de 2015. La femelle adulte de 2017 a été trouvée morte en mars 2018, mais nous avons observé des signes de la présence d’autres caribous sur le site.
  • Trois relevés indépendants en 2018 et deux relevés supplémentaires en 2019, dans de très bonnes conditions et dans les régions les plus probables, n’ont pas permis de localiser des traces de caribous ni des individus. Les relevés couvraient la majorité du domaine vital, mais pas la totalité. Compte tenu du nombre de relevés, de la période de l’année et des conditions dans lesquelles ils ont été effectués, et après avoir effectué des recherches dans les zones les plus prioritaires, il est peu probable qu’il reste des caribous dans le domaine vital de la Maligne.
  • La harde du secteur de la Brazeau est située à l’ouest de la route 93, et toujours en petit nombre, le relevé de 2019 et les données génétiques n’identifiant que trois femmes adultes.
  • Lorsque les hardes de caribous diminuent au point de ne compter que 10 femelles en âge de se reproduire ou moins, nous avons observé que la probabilité de survie sur 20 ans est très faible. Une fois que les hardes sont arrivées à ce stade ou qu’elles l’ont dépassé, les caribous peuvent encore exister dans une région pendant de nombreuses années, mais, au bout du compte, ils finiront par disparaître. Cette limite de 10 femelles en âge de se reproduire, considérée comme le seuil de quasi-extinction, est fondée sur des analyses de viabilité des populations chez plusieurs hardes ainsi que sur les critères de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) pour l’évaluation du risque d’extinction.
  • Toutes les hardes de Jasper Sud sont proches ou au-delà du seuil de quasi-extinction, ce qui signifie que le nombre de femelles est si faible que la harde n’est pas capable de surmonter les menaces de base et de se rétablir par elle-même. Nous estimons encore qu’il reste environ 11 femelles reproductrices dans la vallée Tonquin, qu’il n’en reste plus dans le secteur de la Maligne et que nous faisons face à un risque immédiat de perdre la harde du secteur de la Brazeau.
Densité des loups et accès différé
  • La densité des loups peut être le facteur le plus important pour prédire le déclin du caribou; le programme de rétablissement suggère que la densité des loups doit être de moins de 3 individus par 1 000 km² pour assurer la durabilité des hardes de caribous.
  • Nous surveillons la densité des loups à l’aide de caméras à distance dans le cadre de la surveillance de l’habitat du caribou dans le parc national Jasper.
  • La densité a continué de diminuer de 2003 à 2005, alors que la densité des loups était d’environ 4,2 à 5,5 loups par 1 000 km², et de 2007 à 2010, d’environ 3 loups par 1 000 km²; depuis 2011, la densité a été inférieure à 3 loups par 1 000 km².
  • En 2016-2017, la densité a été calculée à 1,8 loup par 1 000 km² (on suppose que 5 % des loups solitaires sont passés inaperçus). En 2017-2018, la densité a été calculée à 1,5 loup par 1 000 km² et en 2018-2019, à 1,6 loup par 1 000 km² (incluant également 5 % de loups solitaires présumés oubliés).
  • Un accès différé a été mis en place pour tous les habitats du caribou depuis 2014, mais comme la harde du secteur de la Maligne est disparue, la zone de fermeture a été modifiée pour ne pas inclure l’habitat du caribou au nord du ruisseau Trapper. Dans le domaine vital du caribou de la vallée Tonquin, tout accès est interdit du 1er novembre au 15 février inclusivement. Dans le domaine vital du secteur de la Brazeau, y compris la région de chevauchement du col Maligne, tout accès est interdit du 1er novembre au 28 février. Il y a peu d’incursions sur les sentiers (une incursion importante ou moins par année).
  • La mise en place de l’accès différé et ses répercussions sur la sélection de l’habitat des loups ont été quantifiées en 2019 à l’aide des données accumulées à ce jour sur les loups. Les analyses ont été effectuées à deux échelles spatiales, la sélection de l’habitat dans le territoire et la sélection locale de l’habitat (le long des trajectoires des loups; GPS, étape par étape). Les analyses ont également tenu compte de deux périodes : 1) les habitudes de sélection de l’habitat pendant tout l’hiver, et 2) les habitudes de sélection de l’habitat lorsque les sentiers étaient fermés (au début de l’hiver) comparativement à lorsqu’ils étaient ouverts (à la fin de l’hiver).
  • Les résultats ont indiqué que la distance par rapport au sentier et la distance par rapport à l’altitude étaient des variables importantes qui expliquent l’utilisation de l’habitat par les loups sur leur territoire. Les changements dans la sélection de l’habitat des loups d’une saison à l’autre ne montraient pas une tendance constante chez les loups – certains, mais pas tous, étaient plus susceptibles d’éviter les sentiers lorsqu’ils étaient fermés que lorsqu’ils étaient ouverts.
  • À l’échelle des mouvements locaux (sentiers), pendant tout l’hiver, nous avons observé des résultats variés où certains loups (mais pas tous) ont choisi des sentiers de neige compactée. En examinant les déplacements locaux et en comparant les changements d’une saison à l’autre (sentiers fermés par rapport aux sentiers ouverts), nous avons observé que la sélection des sentiers de neige compactée augmentait par rapport à l’époque où les sentiers ne sont pas recouverts d’une neige compactée. Lorsqu’il y a plus de sentiers recouverts d’une neige compactée (c.-à-d. lorsqu’ils ne sont pas fermés), les loups choisissent davantage ces sentiers, car ils sont plus faciles à parcourir.
Habitat essentiel et évaluation des répercussions
  • Parcs Canada met régulièrement en œuvre un processus pour évaluer et documenter les répercussions sur les individus ou l’habitat du caribou lorsque de nouvelles activités sont envisagées dans l’habitat essentiel de l’espèce; ces évaluations sont affichées dans le Registre public des espèces en péril.
  • Parcs Canada a collaboré avec l’Université de l’Alberta et le Foothills Research Institute à l’élaboration d’un cadre pour tenir compte des effets cumulatifs dans l’habitat du caribou; ce travail est en cours. L’Agence Parcs Canada (APC) travaille également avec Ressources naturelles Canada à l’élaboration d’une évaluation de la vulnérabilité du caribou, qui tient compte des scénarios futurs du paysage et des changements climatiques.
Proies de rechange

Parcs Canada s’intéresse aux changements aux proies de rechange (orignaux, wapitis, cerfs) découlant des modifications de la densité des prédateurs à la limite nord de Jasper. Un relevé des orignaux a été effectué en mars 2020, et les données des appareils photo seront intégrées pour aider à surveiller les changements chez les grands ongulés dans cette zone de densité réduite de loups.

Les changements naturels et anthropiques du couvert forestier peuvent également avoir une incidence sur d’autres proies dans l’habitat essentiel de l’espace matriciel de type 2. Depuis 2017, Parcs Canada a réalisé plusieurs projets importants de réduction des risques de feux de forêt afin d’éliminer les pins morts ou mourants. Nous avons également recueilli des données du projet pilote sur l’abondance des cerfs sur Pyramid Bench avant l’exécution d’un projet de réduction des risques d’incendie de forêt en 2018-2019. Les données des appareils photo actionnés par le mouvement sont totalisées, et les analyses doivent être terminées d’ici mars 2021. Si le projet pilote est couronné de succès, nous envisagerons de mettre en œuvre un programme triennal de surveillance du cerf pour aider à déterminer comment les changements du couvert forestier qui influent sur la réduction des risques d’incendie local ont contribué à l’apparition d’autres proies.

La harde d’À la Pêche, située à la limite nord de Jasper, a augmenté au cours des cinq dernières années en raison de la diminution de la densité des prédateurs. Une partie de cette harde vit toute l’année dans le nord de Jasper, en particulier à Blue Creek, comme on le remarque depuis plusieurs décennies dans les documents inédits de Parcs Canada. Pour comprendre quelle partie de la harde il reste encore dans le parc, nous avons effectué un bref relevé visuel afin d’évaluer le dénombrement minimal à Blue Creek à la fin de l’automne (après la migration). Nous avons dénombré 47 caribous, dont 24 femelles et 9 petits (dénombrement non corrigé) dans 9 groupes de Blue Creek, ce qui représente environ le tiers de la harde d’À la Pêche.

Communications
  • D’avril 2017 à mars 2020, les communications au sujet des hardes de Jasper Sud ont été généralement liées à des rappels au sujet des fermetures saisonnières d’habitat et des restrictions de la vitesse sur les routes.
  • De l’information sur le caribou a été présentée aux intervenants au Forum public annuel de Parcs Canada, ainsi qu’au moyen de la participation directe des membres du Forum autochtone de Jasper et des organismes partenaires.
  • Des bénévoles du zoo de la vallée d’Edmonton, de Telus World of Science (y compris la mise à l’essai d’une trousse de sensibilisation en 2019) et des festivals comme le Deep Freeze Festival, le Calgary International Children’s Festival et Jasper en janvier ont diffusé des messages sur le caribou lors d’activités de sensibilisation et par l’intermédiaire de l’exposition itinérante What’s the Connection en Alberta et en Colombie-Britannique.
  • Des programmes d’éducation sur le caribou ont également été offerts au Marmot Learning Centre et au Palisades Stewardship and Education Centre.
  • De 2016 à 2019, un interprète du caribou dans le parc a mobilisé les visiteurs dans le cadre de programmes d’interprétation itinérants, de terrains de camping et d’activités théâtrales, a coordonné le programme de bénévolat de l’ambassadeur du caribou et a offert des programmes de sensibilisation lors d’événements spéciaux.
Reproduction en captivité et conservation future du caribou

En collaboration avec des partenaires et des experts, Parcs Canada a rédigé une proposition de projet visant à faire grossir les hardes de caribous du parc national Jasper dans le cadre d’un programme de reproduction pour la conservation et d’augmentation de la harde que l’Agence envisage de mettre en place.

Rapport d’étape du Programme de conservation du caribou du parc national Jasper 2014-2016

Préparé par : Lalenia M. Neufeld, biologiste spécialiste du caribou et Jean-François Bisaillon, gestionnaire de projet du caribou

Août 2017.

Sommaire

Les connaissances requises pour assurer une gestion éclairée reposent sur le programme de surveillance du caribou, dont les résultats sont présentés ici. Nous vous présentons donc les résultats obtenus au cours des trois dernières années et demie de notre programme de surveillance du caribou, soit de la mi 2013 à mars 2017.

Pose de colliers émetteurs :
  • Il ne reste que quatre caribous dotés d’un collier émetteur dans le parc national Jasper Sud, car, dans le cadre de notre surveillance de la population, nous nous sommes entièrement orientés vers des méthodes non invasives.
  • Nous avons eu un succès limité dans la localisation des loups des meutes de Signal, de Sunwapta et de la Brazeau, de même que dans la pose de colliers émetteurs sur ces loups, au cours des trois dernières années (comparativement aux années précédentes), et nous n’avons actuellement des colliers que sur des loups de la meute de Sunwapta (3 loups) ainsi que sur un loup solitaire dans la région de Sunwapta.
  • On continue de surveiller les wapitis portant des colliers émetteurs; il y en a actuellement sept.
  • La capture des cerfs s’est poursuivie en 2014 pour appuyer les travaux antérieurs (voir les rapports d’étape antérieurs), et 6 autres cerfs ont été munis d’un collier (sur 31 capturés dans des pièges-cages) et 4 autres cerfs mulets ont été immobilisés au sol pour la pose de colliers.
Estimations de la population de caribous
  • À l’automne 2013, le dénombrement minimal de la population de la Maligne était de 5, celui de la Brazeau était de 8 et celui de la vallée Tonquin était de 38. L’estimation de la population à partir de l’ADN d’excréments pour la vallée Tonquin était de 45 (IC à 95 %, 38-75). L’estimation visuelle de la population de la vallée Tonquin était de 34 (IC à 95 %, 27-64).
  • À l’automne 2014, le dénombrement minimal de la population de la Maligne était de 2, celui de la Brazeau était de 9 et celui de la vallée Tonquin était de 29. L’estimation de la population à partir de l’ADN d’excréments pour la vallée Tonquin était de 34 (IC à 95 %, 34-34). L’estimation visuelle de la population de la vallée Tonquin était de 33 (IC à 95 %, 29-52).
  • À l’automne 2015, le dénombrement minimal de la population de la Maligne était de 3, celui de la Brazeau était de 12 et celui de la vallée Tonquin était de 25. L’estimation de la population à partir de l’ADN d’excréments pour la vallée Tonquin était de 26 (IC à 95 %, 26-35). Nous n’avons pas fait d’estimation visuelle, car le nombre de marquages disponibles est trop faible.
  • À l’automne 2016, le dénombrement minimal de la population de la Maligne était de 3, celui de la Brazeau était de 7 et celui de la vallée Tonquin était de 22. L’estimation de la population à partir de l’ADN d’excréments pour la vallée Tonquin était de 31 (IC à 95 %, 26-56). Nous n’avons pas fait d’estimation visuelle, car le nombre de marquages disponibles est trop faible.
Recrutement de petits
  • Il n’y a plus suffisamment de caribous munis de colliers pour effectuer des relevés printaniers des petits (il est trop difficile de localiser les caribous sans colliers); par conséquent, nous nous fions aux ratios de composition de l’automne pour soutenir les valeurs de recrutement.
  • Les résultats de notre relevé visuel montrent une moyenne de 38 petits pour 100 femelles depuis 2003 (moyenne géométrique, IC à 90 %, 2652) dans toutes les hardes combinées, et certaines des valeurs plus élevées enregistrées l’ont été au cours des dernières années (mais avec de faibles tailles d’échantillon et une faible précision).
Surveillance de la population à l’aide de l’ADN d’excréments
  • Dix années d’amplification de l’ADN d’excréments et de génotypage ont fourni des données sur la taille de la population, la survie et le recrutement au fil du temps.
  • De 2006 à 2015, un total de 1 831 échantillons de la vallée Tonquin ont été prélevés, dont 1 678 ont été génotypés avec succès, et 182 individus uniques ont été identifiés (94 femelles, 82 mâles).
  • Le taux de changement de la population de la vallée Tonquin a diminué au cours de la période à l’étude; en particulier, en 2008 et en 2013-2014, la valeur lambda était considérablement inférieure à 1 (tableau 5). La valeur lambda globale pour la période à l’étude était de 0,86 (IC à 95 %, 0,82, 0,92). La valeur lambda mise à jour pour 2014-2015 était de 0,91 (0,69, 1,21), mais le taux de survie est demeuré faible, soit 0,71 (0,51, 0,84).
Tendances et abondance de la population de caribous
  • Le caribou continue de décliner dans le parc national Jasper.
  • Lorsque les hardes de caribous diminuent au point de ne compter que 10 femelles en âge de se reproduire ou moins, nous avons observé que la probabilité de survie sur 20 ans est très faible. Une fois que les hardes sont arrivées à ce stade ou qu’elles l’ont dépassé, les caribous peuvent encore exister dans une région pendant de nombreuses années, mais, au bout du compte, ils finiront par disparaître. Cette limite de 10 femelles en âge de se reproduire, considérée comme le seuil de quasi-extinction, est fondée sur des analyses de viabilité des populations chez plusieurs hardes ainsi que sur les critères de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) pour l’évaluation du risque d’extinction.
  • Toutes les hardes de Jasper Sud sont proches ou au-delà du seuil de quasi-extinction, ce qui signifie que le nombre de femelles est si faible que la harde n’est pas capable de surmonter les menaces de base et de se rétablir par elle-même. Nous estimons qu’il reste environ 11 femelles reproductrices dans la vallée Tonquin et, puisque ce nombre est inférieur dans d’autres régions, nous courons un risque élevé de perdre les hardes de la Brazeau et de la Maligne.
  • En plus de 10 ans de surveillance de l’ADN, nous n’avons détecté que de rares mouvements de mâles et aucun mouvement de femelles entre les hardes.
Densité des loups et accès différé
  • La densité des loups est peut-être le facteur le plus important pour prédire le déclin du caribou.
  • À l’hiver 2013-2014, dans la zone prédateur-proie de la partie sud de Jasper (qui comprend les zones où les meutes de loups chevauchent les hardes de caribous et l’ensemble du domaine vital de chaque meute de loups), la densité des loups était de 2,0 loups par 1 000 km², dont 12,5 % étaient des loups solitaires.
  • En 2014-2015, la densité était estimée à 2,2 loups par 1 000 km² (estimée à 15 loups plus 12,5 % de loups solitaires).
  • En 2015-2016, la densité a été calculée à 2,5 loups par 1 000 km² (avec 5 % de loups solitaires parce qu’un solitaire connu était déjà présent dans le nombre total). La valeur la plus élevée est attribuable à une meute temporaire qui fréquentait le secteur du lotissement urbain au début de 2016.
  • La densité a continué de diminuer de 2003 à 2005, alors que la densité des loups était d’environ 4,2 à 5,5 loups par 1 000 km², et de 2007 à 2010, d’environ 3 loups par 1 000 km²; depuis 2011, la densité a été inférieure à 3 loups par 1 000 km².
  • Un accès différé a été mis en place pour tous les habitats du caribou depuis 2014. Dans le domaine vital du caribou de la vallée Tonquin, tout accès est interdit du 1er novembre au 15 février inclusivement. Et dans le domaine vital du secteur Maligne-Brazeau, tout accès est interdit du 1er novembre au 28 février. En 2014‑2015, deux incursions graves ont été signalées (des sentiers qui pénètrent à plus de 2 km des limites de fermeture et de l’accès à l’habitat au-dessus de 1 500 m) dans des zones fermées et, en 2015‑2016, nous n’avons enregistré qu’une seule incursion grave dans l’habitat du caribou.
  • La présence d’un sentier sur la profondeur d’enfoncement des loups est importante de la mi-février à la fin de mars; ainsi, les sentiers offrent manifestement un avantage aux loups qui se déplacent dans la neige profonde. Le potentiel d’enfoncement (hors sentier) n’a pas changé de façon importante à mesure que l’hiver avançait (il y avait un durcissement minimal de la neige suffisant pour soutenir les loups).
Habitat essentiel et évaluation des répercussions
  • L’habitat essentiel dans le parc national Jasper a été désigné lorsque le programme de rétablissement a été publié en juin 2014.
  • Parcs Canada a élaboré un processus pour évaluer les répercussions sur les individus ou l’habitat essentiel du caribou et a évalué de nombreux projets dans l’habitat essentiel conformément à ce cadre.
Mesures de rétablissement
  • Nous avons peaufiné les mesures de rétablissement existantes afin qu’elles s’harmonisent mieux avec les nouveaux renseignements (p. ex. rajuster le moment et la longueur de la zone de 70 km/h du caribou sur la promenade des Glaciers).
  • Nous avons examiné toutes les mesures qui ont été ou qui pourraient être prises par Parcs Canada pour mieux comprendre et soutenir nos prochaines étapes en matière de conservation.
Communications

Entre la fin de l’exercice 2013 et l’exercice 2016, nous avons diffusé de nombreux messages et fait des présentations sur le caribou à un vaste public, sous forme de visites sur le terrain, de kiosques d’interprétation, d’apparitions à la télévision, de discussions informelles et officielles et de participation de Parcs Canada à des événements pour atteindre les objectifs de diffusion externe et d’éducation de notre projet, et ceux relatifs à l’expérience du visiteur.

Reproduction en captivité et conservation future du caribou

Parcs Canada a examiné des options de rétablissement pour les petites hardes; un résumé de ces options est présenté.

Rapport d’étape du Programme de conservation du caribou du parc national Jasper 2009-2013

Préparé par : Lalenia M. Neufeld, biologiste spécialiste du caribou, Mark Bradley, biologiste de la faune, et Saakje Hazenberg, agent de gestion des ressources

Février 2014

Sommaire

Les connaissances requises pour assurer une gestion éclairée reposent sur le programme de surveillance du caribou, dont les résultats sont présentés ici. Le programme de conservation du caribou a continué de prendre de l’expansion, et a permis d’établir d’autres partenariats avec des universités. Il a également été élargi pour inclure d’autres espèces qui sont importantes pour comprendre la dynamique prédateur-proie dans le parc national Jasper et ses répercussions sur la survie du caribou (Hebblewhite et coll., 2007). Nous présentons ici les résultats obtenus au cours des trois dernières années de notre programme de surveillance du caribou et de recherche connexe.

Pose de colliers émetteurs :
  • Par le passé, nous avions l’intention de maintenir 20 colliers émetteurs VHF sur les caribous afin d’optimiser la précision des estimations et des tendances des paramètres de la population; cependant, ayant utilisé la collecte de l’ADN d’excréments parallèlement aux relevés sur les caribous dotés de colliers depuis 2006, nous sommes de plus en plus persuadés de pouvoir compter sur une estimation non invasive de la population fondée sur l’ADN d’excréments. Par conséquent, nous avons mis fin à la capture du caribou et à la pose de colliers émetteurs en 2011. Il restait 8 caribous munis de colliers VHF en août 2013.
  • La distribution actuelle des colliers de caribous est d’un seul collier VHF dans le secteur de la Brazeau, de deux dans celui de la Maligne et de cinq dans la vallée Tonquin.
  • Nous avons conservé des colliers sur les loups des meutes de Signal, de Sunwapta et de Brazeau pendant une bonne partie des dernières années et nous avons aussi posé des colliers sur des loups des meutes de Pyramid et de Robson. Au moment de la publication du présent document, nous soupçonnons que nous avons perdu le contact avec les meutes de Brazeau et de Sunwapta, et nous ne sommes pas certains du territoire ou du domaine vital de la meute de Pyramid.
  • En collaboration avec l’Université de Calgary, nous avons réuni 21 cerfs au début des hivers de 2012 et de 2013 pour entreprendre une étude des tendances de la population de cerfs. Il s’agit d’un élément important pour comprendre la dynamique prédateur-proie dans le parc national Jasper; ces travaux se poursuivront en 2014.
  • Nous avons capturé 2 nouveaux wapitis et recapturé 7 wapitis pour remplacer les colliers GPS qui expirent par des colliers VHF, qui ont été utilisés pour effectuer un relevé de la population de wapitis en 2013. De plus, 7 wapitis des lotissements urbains ont été capturés dans le cadre d’une étude sur le conditionnement d’aversion de l’Université de l’Alberta.
Estimations de la population de caribous
  • L’estimation de la population à l’automne 2012 n’a pas pu être calculée, car nous n’avons pas été en mesure d’effectuer le relevé de la vallée Tonquin; nous attendons les résultats de l’ADN de la population.
  • Estimation de la population à l’automne 2011 : 71 caribous (IC à 90 %, 64-92). Nous avons observé 64 caribous et vu 9 des 12 caribous portant des colliers émetteurs dans la vallée Tonquin.
  • Estimation de la population à l’automne 2010 : 73 caribous (IC à 90 %, 72-102) plus 6 dans le secteur de la Maligne, ce qui donne une estimation de 79 caribous (IC à 90 %, 78-108). Nous avons observé 61 caribous dans la vallée Tonquin/de la Brazeau, et un minimum de 72, y compris le secteur de la Maligne et les animaux disparus retrouvés à l’aide de la télémétrie. Nous avons vu 10 des 12 animaux munis de colliers émetteurs.
  • Estimation de la population à l’automne 2009 : 87 caribous (IC à 90 %, 87-96). Nous avons observé 87 caribous et vu tous les caribous portant des colliers émetteurs disponibles (12 dans la vallée Tonquin/secteur de la Brazeau).

Il s’agit d’un recul marqué par rapport aux estimations des années précédentes (2008 : 127 caribous [IC à 90 %, 114-157]; 2007 : 93 caribous [IC à 90 %, 82-117]; 2006 : 151 caribous [IC à 90 %, 126-207]; et 2005 : 147 caribous [IC à 90 %, 104-176]). Ces populations étaient à leur tour bien en deçà du dénombrement minimal de 153 caribous en 1988 (estimation de la population : 175-200).

Recrutement de petits
  • Mars 2013 : 53 petits pour 100 femelles (90 % IC, 37-74)
  • Mars 2012 : 41 petits pour 100 femelles (90 % IC, 32-50)
  • Mars 2011 : 20 petits pour 100 femelles (90 % IC, 17-23)
  • Mars 2010 : 19 petits pour 100 femelles (90 % IC, 10-28)

Au cours des quatre années précédant le présent rapport, les valeurs de recrutement ont fluctué d'élevé à faible. Le recrutement de petits était plus élevé en mars 2009 (39 petits pour 100 femelles [IC à 90 %, 23-54]) qu’en 2008 (21 petits pour 100 femelles [IC à 90 %, 13-30]); il était plus élevé encore en 2007 (42 petits pour 100 femelles [IC à 90 %, 31-53]) et plus faible en 2006 (13 petits pour 100 femelles [IC à 90 %, 7-20]). La diminution de la taille de l’échantillon ces dernières années a entraîné une incertitude accrue, mais la tendance des deux dernières années a été positive et il y a une différence statistiquement significative entre 2010 et 2013. Compte tenu du faible nombre de colliers et de la difficulté à localiser les caribous, en mars, il est peu probable que nous continuions à mener des relevés des petits à l’avenir.

Recherche fondée sur l’ADN des excréments

En 2006, nous nous sommes associés à l’Université du Manitoba pour lancer un programme de recherche et de surveillance des populations à l’aide de l’ADN des excréments. Les techniques d’estimation visuelle et fondées sur les excréments pour mesurer la taille des populations ont généré des résultats semblables, bien que l’estimation de l’ADN des excréments produise des résultats d’une plus grande précision. La méthode a donné des résultats fiables, et nous avons l’intention d’utiliser cette technique moins invasive pour la surveillance future des populations.

La morphométrie des matières fécales et le contenu hormonal se sont révélés utiles pour déterminer les données démographiques (classes d’âge) des caribous dans le parc national Jasper. L’échantillonnage non invasif des matières fécales aux fins de l’analyse des cohortes et en combinaison avec les méthodes de marquage et de recapture peut fournir des renseignements utiles sur la structure par âge des populations de caribous des bois.

De 2006 à 2012, 1 646 échantillons ont été amplifiés à 10 locus microsatellites, et des individus uniques ont été amplifiés à 8 locus supplémentaires. L’attribution parentale a été déterminée, et une généalogie a été construite en conséquence. On a trouvé des relations parents-enfants et frères-sœurs entre des individus appartenant à différentes hardes, ce qui indique qu’un certain mouvement de caribous s’est produit entre les hardes. L’ADN d’excréments a le potentiel d’évaluer la capacité de reproduction des animaux dans une population et la structure sociale du caribou, ainsi que de surveiller les déplacements des caribous à l’intérieur des populations et entre elles.

Mouvement des loups et taux d’abattage : fermeture hivernale du chemin Cavell

L’accès des loups à l’habitat hivernal du caribou peut être artificiellement amélioré par l’entretien des sentiers et des routes de neige compactée. L’amélioration des taux de déplacement des loups sur les sentiers de neige compactée a été démontrée par des études de télémétrie dans l’ensemble de l’aire de répartition du caribou au Canada, ainsi que dans le parc national Jasper lui même. Depuis 2009, le directeur du parc a fermé le secteur du sentier Astoria/Cavell Meadows de la première chute de neige jusqu’au 15 février. Les résultats préliminaires des analyses des taux de déplacement et de mortalité indiquent que les loups ont choisi des sentiers ou des routes de neige compactée ou dégagés pour se déplacer, ont voyagé plus rapidement sur des sentiers ou des routes de neige compactée ou dégagés, et étaient plus susceptibles d’utiliser la vallée Cavell lorsque la route était couverte de neige compactée que lorsqu’elle ne l’était pas. Les analyses se poursuivent.

Projet du caribou des bois dans les Rocheuses canadiennes

Parcs Canada a collaboré à ce programme de recherche régional explorant la dynamique prédateur-proie en déplaçant les lieux d’abattage de loups de quatre meutes dans le parc national Jasper. La composition du régime alimentaire des meutes varie, tout comme l’emplacement des lieux d’abattage et le nombre de décès par unité de temps. Des données brutes ont été fournies pour analyse au candidat au doctorat Nick DeCesare, et les résultats peuvent être consultés dans une série de documents publiés ces dernières années. Ces analyses contribuent à notre compréhension de la dynamique prédateur-proie dans le parc ainsi qu’aux applications de conservation, comme le rôle des transplantations de caribous dans l’augmentation des petites hardes.

Les données concernant Jasper ont également été communiquées à Hugh Robinson, chercheur postdoctoral, qui a modélisé les relations entre le feu, les caribous, les loups, les wapitis et les orignaux pour aider à atteindre les objectifs de rétablissement du caribou et ceux en matière de brûlage dirigé.

Recherche sur les proies primaires – wapitis et programme Intelli-feu

Grâce au programme Intelli-feu, la forêt a été modifiée dans toute la zone du confluent des trois vallées du parc national Jasper. Une étude en cours avec des collègues de l’Université de Calgary vise à déterminer comment les wapitis sont touchés par les modifications à la forêt, à examiner les moyens qui sont essentiels pour les wapitis dans le parc national Jasper et à déterminer les facteurs et les variables qui pourraient influer sur le déclin de l’espèce.

Consultations

À la suite de la publication de la Stratégie de conservation du caribou des montagnes du Sud dans les parcs nationaux du Canada, un formulaire de commentaires en ligne a été affiché sur le site Web de Parcs Canada. Le public a été invité à soumettre ses commentaires sur une période de deux mois. La Stratégie de conservation et les renseignements contextuels ont également été envoyés aux partenaires autochtones des parcs nationaux des montagnes, et des consultations ont eu lieu avec les Premières Nations au cours du printemps et de l’été 2012.

En général, tous ont manifesté un fort appui au rétablissement du caribou, et les groupes de Premières Nations ont exprimé le désir de participer plus activement au processus. Les commentaires du public et les activités de mobilisation des Autochtones aideront à éclairer les décisions de gestion pour la conservation du caribou et orienteront les futures révisions de la stratégie.

Communications

Le personnel du parc national Jasper a diffusé des messages et fait des présentations sur le caribou à un vaste public sous forme de sorties sur le terrain, d’expositions sur les pelouses, d’apparitions à la télévision, de discussions informelles et formelles et de la participation de Parcs Canada à des événements. Ils ont également publié des recherches sur le projet du caribou dans plusieurs revues scientifiques évaluées par des pairs.

Rapport d’étape du Programme de conservation du caribou du parc national Jasper 2007-2008

Préparé par : Lalenia M. Neufeld, biologiste spécialiste du caribou, et Mark Bradley, biologiste de la faune

Août 2009

Sommaire

La phase I du Plan d’action pour le rétablissement du caribou des bois de Jasper a été mise en œuvre en 2005. Ses grands objectifs étaient d’accroître la sensibilisation au caribou des bois et de recommander une série de mesures pour atténuer les facteurs qui contribuent au déclin du caribou. La mise en œuvre des mesures de rétablissement a commencé au cours de l’exercice 2005-2006, peu après la signature du Plan par Parcs Canada. À l’automne 2007, le Comité de coordination sur le caribou des parcs des montagnes du Sud a entrepris l’élaboration d’une stratégie de conservation du caribou dans les parcs nationaux des montagnes du Sud. La stratégie vise à contribuer au respect des obligations de Parcs Canada en vertu de la Loi sur les parcs nationaux du Canada et de la Loi sur les espèces en péril. Une orientation clé pour le rétablissement et la durabilité du caribou, qui s’harmonise avec le mandat de Parcs Canada en matière d’intégrité écologique, d’éducation du public et d’expérience du visiteur, sera élaborée avec la participation du public et des groupes autochtones et intégrée aux plans directeurs respectifs au cours de l’examen de 2009.

Les connaissances requises pour assurer une gestion éclairée reposent sur le programme de surveillance du caribou, dont les résultats sont présentés ici. Le programme a pris de l’expansion ces dernières années et a intégré plusieurs partenariats avec des chercheurs universitaires. Il a également été élargi pour inclure d’autres espèces qui sont importantes pour comprendre la dynamique prédateur-proie dans le parc national Jasper et ses répercussions sur la survie du caribou (p. ex. Hebblewhite et coll., 2007). Nous présentons des rapports sur les résultats que nous avons obtenus au cours des deux dernières années de notre programme de surveillance du caribou.

Pose de colliers émetteurs :
  • Nous souhaitons maintenir 20 colliers émetteurs (surtout des colliers VHF) sur des caribous afin d’optimiser la précision des estimations et des tendances des paramètres de population. La distribution actuelle des colliers est de 4 dans le secteur de la Brazeau (0 GPS, 1 VHF), de 1 dans le secteur de la Maligne (0 GPS, 1 VHF) et de 13 dans la vallée Tonquin (3 GPS, 10 VHF).
  • Parcs Canada a maintenu des colliers GPS et VHF sur des loups dans les meutes de Signal, de Sunwapta et de la Brazeau.
Estimations de la population :
  • Estimation de la population à l’automne 2008 : 127 caribous (IC à 90 %, 114-157). Nous avons observé 106 caribous et avons vu 15 des 18 caribous portant des colliers émetteurs.
  • Estimation de la population à l’automne 2007 : 93 caribous (IC à 90 %, 82-117. Nous avons observé 74 caribous et vu 15 des 19 caribous portant des colliers émetteurs. Bien qu’il s’agisse d’une estimation précise, le résultat pourrait ne pas être exact, car il est inférieur aux estimations de 2008 et de 2006.
  • Estimation de la population à l’automne 2006 : 151 caribous (IC à 90 %, 126-207). Nous avons repéré 111 caribous et vu 11 des 15 caribous portant des colliers émetteurs. L’attente de bonnes conditions de neige a contribué à un relevé plus réussi.
  • L’estimation de l’automne 2005 était de 147 (IC à 90 %, 104-276). Nous avons repéré 82 caribous et 5 des 9 caribous portant des colliers émetteurs sans recourir à la télémétrie.
  • Nombre minimum en 1988 : 153 (estimation de la population : 175-200)
Recrutement de petits
  • Mars 2009 : 39 petits pour 100 femelles (90 % IC, 23-54)
  • Mars 2008 : 21 petits pour 100 femelles (90 % IC, 13-30)

Au cours des quatre dernières années, les valeurs de recrutement ont fluctué d'élevé à faible. Le recrutement de petits était plus élevé en mars 2007 qu’en 2006 : 13 petits pour 100 femelles (IC à 90 %, 7-20) en 2006; 42 petits pour 100 femelles (IC à 90 %, 31-53) en 2007.

Diversité génétique par le prélèvement d’ADN des excréments

Les résultats préliminaires indiquent que la modélisation par marquage-recapture fondée sur l’ADN peut être un outil précieux pour estimer la taille de la population de caribous. Il y a encore des écarts entre les estimations visuelles et les estimations par marquage-recapture fondées sur l’ADN, mais la cohérence d’une année à l’autre des estimations fondées sur l’ADN, en plus d’une bonne précision, nous donne confiance dans la méthode. Nous ne présentons dans ce rapport que les constatations préliminaires, car nous nous attendons à ce que certaines constatations changent.

Programme de rétablissement du caribou des bois des Rocheuses canadiennes
  • Parcs Canada, un partenaire de ce programme de recherche régional, a collaboré à l’atteinte d’objectifs liés à la dynamique prédateur-proie en déplaçant des sites d’abattage de loups de quatre meutes dans le parc national Jasper. La composition du régime alimentaire des meutes varie, tout comme l’emplacement des lieux d’abattage et le nombre de décès par unité de temps. Des données brutes ont été fournies au candidat au doctorat Nick DeCesare pour analyse future.
Relevés aériens des principales proies
  • Vingt-trois wapitis ont été munis d’un collier émetteur dans le parc national Jasper, dont 9 colliers GPS. Nous avons utilisé des colliers pour marquer et réobserver la population de wapitis (au moyen d’un relevé aérien) au début de l’hiver 2008 et 2009. Les unités de relevés ont été stratifiées, et les méthodes ont suivi les lignes directrices établies par Unsworth et coll. (1994).
  • Le nombre de wapitis était estimé à 410 (IC à 90 %, 337-483) en 2008 et à 435 (IC à 90 %, 368 502) en 2009 pour le parc national Jasper, à l’exclusion du bassin versant de la Brazeau.
Les nématodes gastro-intestinaux dans le parc national Jasper
  • En partenariat avec le chercheur Nathan Debruyn de l’Université de Calgary, Parcs Canada a recueilli et analysé des échantillons de matières fécales de caribous dans les hardes d’À la Pêche et de la vallée Tonquin.
  • Les échantillons d’À la Pêche (prélevés en juin) ont montré une prévalence de 100 % de nématodes gastro-intestinaux dans les boulettes fécales, tandis que les échantillons de la vallée Tonquin (prélevés en août) ont montré une prévalence de 87 %.
  • Les animaux d’À la Pêche présentaient des dénombrements d’œufs nettement plus élevés que ceux échantillonnés dans la vallée Tonquin, bien qu’il puisse s’agir là d’une variation saisonnière. Les travaux de suivi auront lieu à l’été 2009.
Communications

Le personnel du parc national Jasper a diffusé des messages et fait des présentations sur le caribou à un vaste public sous forme de sorties sur le terrain, d’expositions sur les pelouses, d’apparitions à la télévision, de discussions informelles et formelles et de la participation de Parcs Canada à des événements.

Rapport d’étape du Programme de conservation du caribou du parc national Jasper 2005-2007

Préparé par : Lalenia M. Neufeld, biologiste spécialiste du caribou, et Mark Bradley, biologiste de la faune

Août 2007.

Sommaire

La phase I du Plan d’action pour le rétablissement du caribou des bois de Jasper a été mise en œuvre en 2005. Ses grands objectifs étaient d’accroître la sensibilisation au caribou des bois et de recommander une série de mesures pour atténuer les facteurs qui contribuent au déclin du caribou. La mise en œuvre des mesures de rétablissement a commencé au cours de l’exercice 2005-2006, peu après la signature du Plan par Parcs Canada. La phase I doit se terminer en 2007, après quoi il y aura d’autres consultations avec l’Équipe des mesures de rétablissement et d’autres intervenants pour élaborer la phase II. Entre-temps, nous faisons ici état des progrès de la phase I et de la surveillance continue du caribou dans le cadre du projet du caribou de Jasper, qui a commencé en 2001.

Le présent rapport d’étape comprend des détails sur bon nombre des mesures recommandées dans le cadre de la phase I du plan d’action, notamment :

  • Mettre en œuvre des limitations de vitesse dynamiques et accroître les efforts de sensibilisation pour réduire le nombre de collisions entre des véhicules et des caribous
  • Renforcer l’application de la loi et de la conformité en ce qui a trait à la vitesse sur les routes dans les régions où se trouvent des caribous
  • Interdire l’utilisation de sel de voirie dans les aires d’hivernage des caribous ou dissuader les caribous d’utiliser les routes où il y a du chlorure de lithium
  • Interdire que les chiens utilisent les sentiers où se trouvent d’importants habitats du caribou
  • Tracer des pistes de ski à des endroits où il n’y a pas d’habitats de caribous pour offrir des options aux skieurs
  • Réduire au minimum l’utilisation de pistes hors sentier dans les zones où se trouvent des habitats du caribou de grande qualité
  • Empêcher l’aménagement de nouveaux sentiers dans les zones d’habitats importants du caribou
  • Éduquer les utilisateurs des sentiers de manière à promouvoir des choix personnels qui profitent aux caribous
  • Promouvoir l’utilisation récréative de l’espace seulement dans les zones où il n’y a pas d’habitats saisonniers clés pour le caribou
  • Élaborer des lignes directrices pour les aéronefs volant à proximité d’un habitat de caribou de grande qualité
  • Envisager l’utilisation d’un fladry (corde parée de petits drapeaux colorés, accrochés à intervalles réguliers) pour empêcher les loups de se déplacer sur des sentiers de neige compactée en hiver
  • Protéger ou améliorer l’habitat du caribou de grande qualité en assurant une bonne gestion des incendies

Résultats préliminaires – Phase I et programme de surveillance du caribou :

Pose de colliers émetteurs :
  • Nous souhaitons maintenir 20 colliers émetteurs (surtout des colliers VHF) sur des caribous afin d’optimiser la précision des estimations et des tendances des paramètres de population.
  • La distribution actuelle des colliers est de 6 dans le secteur de la Brazeau (4 GPS, 2 VHF), 3 dans le secteur de la Maligne (2 GPS, 1 VHF) et 13 dans la vallée Tonquin (5 GPS, 8 VHF).
  • Parcs Canada a maintenu des colliers GPS et VHF sur des loups dans les meutes de Signal et de Sunwapta ainsi que de la Maligne et de la Brazeau. La meute de Medicine n’a pas été observée ces dernières années; les loups se sont peut-être déplacés ou dispersés autrement.
Estimations de la population :
  • Estimation de la population à l’automne 2006 pour Jasper Sud : 151 caribous (IC à 90 %, 126-207). Nous avons repéré 111 caribous et vu 11 des 15 caribous portant des colliers émetteurs. L’attente de bonnes conditions de neige a contribué à un relevé plus réussi.
  • L’estimation de l’automne 2005 était de 147 (IC à 90 %, 104-276). Nous avons repéré 82 caribous et 5 des 9 colliers sans recourir à la télémétrie.
  • Estimation de la population à l’automne 2004 : 100 caribous (IC à 90 %, 60-255). Nous avons repéré 43 caribous et vu 3 des 7 caribous portant des colliers émetteurs.
  • Estimation de la population à l’automne 2003 : 107 (IC à 95 %, 88-158)
  • Nombre minimum en 1988 : 153 (estimation de la population : 175-200)
Recrutement de petits
  • Le recrutement de petits était plus faible en mars 2006 qu’en 2005 : 13 petits pour 100 femelles (IC à 90 %, 7-20) en 2006; 23 petits pour 100 femelles (IC à 90 %, 10-33) en 2005. En mars 2007, le recrutement de petits a été calculé à 42 petits pour 100 femelles (IC 90 %, 31-53).
Diversité génétique par le prélèvement d’ADN d’excréments
  • Un nouveau partenariat avec Micheline Manseau de Parcs Canada vise à élaborer et à peaufiner des techniques de surveillance non invasive.
  • Lors de deux relevés d’échantillons d’excréments, nous avons recueilli 173 « marques » et 94 « recaptures » devant servir dans une estimation de la population. Des échantillons ont été envoyés à Mme Manseau pour analyse.
Utilisation du fladry
  • Au cours de l’hiver 2005-2006, le parc national Jasper a lancé un projet visant à examiner l’utilisation du fladry comme moyen de dissuader les loups d’utiliser les sentiers. Six sentiers ont été choisis pour y installer les fladry et pour surveiller la réaction des loups.
  • Au total, 83 relevés par transect ont été effectués sur des sites de fladry; des traces de loups ont été observées 24 fois (témoins et présence de fladry). Les loups se sont éloignés du transect d’observation lors de 2 des 13 occurrences aux sites témoins. Les loups ont dévié de leur trajectoire de déplacement deux fois sur les 11 occurrences au cours de la phase de traitement.
  • Le traitement n’a pas eu d’effet significatif sur l’évitement des sentiers par les loups (df = 19, p = 0,650). Il n’y avait pas non plus d’effet significatif du nombre de loups présents (df = 19, p = 0,424) ou de l’épaisseur de la neige (df = 19, p = 0,456) sur l’évitement des barrières du fladry par les loups.
  • Rien ne prouve que le fladry soit une mesure efficace pour dissuader les loups d’utiliser des sentiers de neige compactée par l’homme; bien que la taille des échantillons soit petite, nous ne prévoyons pas poursuivre cette expérimentation.
Signalisation routière et surveillance de la vitesse
  • Durant l’hiver 2005, nous avons surveillé la vitesse des déplacements de jour et de nuit à divers endroits (zone de 70 km/h et zone de 90 km/h) sur la promenade.
  • Pendant les heures de clarté, une proportion beaucoup plus faible de conducteurs traversait la zone à 70 km/h selon leur vitesse affichée au radar ou lorsqu’un message clignotait, comparativement à ce qui se passait en l’absence de message ou de radar. La nuit, une plus grande proportion de conducteurs roulaient trop vite lorsqu’un message ou un affichage radar était présent, comparativement à ce qui se passait en l’absence de message ou de radar.
  • Dans la zone de 90 km/h, il n’y avait pas de différence entre la proportion d’excès de vitesse en présence d’un message ou d’un radar de jour. La nuit, une proportion beaucoup plus faible de conducteurs faisaient des excès de vitesse lorsque leur vitesse était affichée au radar.
Chlorure de lithium sur les routes
  • Nous testons l’ajout de chlorure de lithium dans les régions où nous savons que les caribous accèdent aux routes – soit sur la route 93 et la route du lac Maligne.
  • Un plus grand nombre d’animaux ont été observés dans les zones témoins (non traitées), mais, à ce jour, la taille des échantillons est très petite. Il faut plus de données, probablement sur plusieurs années, avant de tirer des conclusions finales.
  • Il est recommandé d’étendre le site au nord à Beauty Creek.
Traçage de pistes dans de nouvelles zones
  • De nouvelles pistes de ski de fond ont été offertes près de la ville; le traçage de pistes a été effectué loin des zones qui se trouvent dans l’habitat du caribou. La fréquentation anthropique et par la faune a été surveillée, mais les données n’ont pas encore été compilées.
Application et observation accrues de la réglementation concernant les chiens
  • Très peu de cas de non-conformité ont fait l’objet de mesures d’application de la loi. La surveillance à distance par caméra a permis de détecter un plus grand nombre de cas de non conformité.
  • En général, la conformité à la disposition du règlement concernant l’interdiction de chiens dans l’habitat du caribou était bonne.
Effets sur le caribou des aéronefs et des vols d’observation télémétrique
  • Nous avons utilisé les données existantes des colliers GPS et des vols d’observation télémétrique historique pour examiner les effets à long terme des vols sur les déplacements des caribous.
  • Une comparaison du taux de déplacements avant le vol par rapport à après le vol, soit à un intervalle de 1 jour ou de 5 jours, révèle que la présence d’un vol n’a eu aucune incidence sur les déplacements.
  • Le caribou se déplaçait beaucoup plus rapidement le jour d’un vol que cinq jours après le vol, alors que son taux de déplacement diminuait considérablement.
Rapport d’étape du Programme de conservation du caribou du parc national Jasper 2004-2005

Préparé par : Jesse Whittington, Mark Bradley et Geoff Skinner, biologistes de la faune

Juin 2005

Sommaire

Le projet de recherche sur le caribou des bois de la partie sud de Jasper, qui a été lancé en 2001, visait à atteindre les objectifs suivants :

  1. Établir des limites de confiance autour des estimations de la population, des taux de survie et des taux de recrutement de petits pour déterminer s’il y a diminution ou non de la population de caribous dans la partie sud de Jasper.
  2. Quantifier le niveau d’isolement génétique du caribou dans la vallée Tonquin, le secteur de la Maligne et le secteur de North Banff.
  3. Déterminer quels facteurs topographiques et végétatifs influent sur la répartition du caribou, puis créer des cartes prédictives de la qualité de l’habitat du caribou.
  4. Examiner les effets anthropiques sur la qualité de l’habitat du caribou.
  5. Déterminer si les caribous sont exposés à un risque de prédation plus élevé en hiver en raison de l’accès des loups au domaine vital des caribous sur les routes déneigées et les pistes de ski couvertes de neige compactée.
  6. Déterminer les facteurs qui influent sur la présence de lichens terrestres et arboricoles et élaborer des lignes directrices pour la gestion des incendies afin de protéger ou d’améliorer l’abondance des lichens.
  7. Communiquer les résultats de la recherche au public.
  8. Utiliser les résultats de la recherche pour faciliter le rétablissement du caribou.

Résultats préliminaires :

Pose de colliers émetteurs :
  • Nous avons extrait des données de 7 caribous portant un collier GPS à l’automne 2004. Nous n’avons pas pu récupérer les données de 3 caribous portant un collier GPS, car les colliers avaient été endommagés par l’eau (2 caribous sont morts dans l’eau).
  • Nous avons extrait des données de 3 loups portant un collier GPS. Les piles sont tombées en panne prématurément. Un loup s’est égaré près des chutes Sunwapta au nord-est du parc national Jasper.
  • À l’automne 2004, 11 caribous portaient un collier émetteur (10 colliers GPS, 1 collier VHF). Il y avait un seul groupe de caribous dans le domaine vital de la Maligne; nous avons donc redistribué les colliers (3 dans le secteur de la Maligne, 4 à Jonas Pass, 4 dans la vallée Tonquin).
  • Nous avons posé des colliers GPS et VHF sur des loups, de sorte qu’il y avait un collier GPS et un collier VHF de longue durée sur des loups des meutes de Signal, de Medicine et de Maligne (nouveau). À la fin de l’hiver, nous avons ajouté un collier GPS sur un loup de la meute de Signal. Un loup de la meute de Signal s’est égaré à l’est du passage de Saskatchewan Crossing, où il a été tué à l’extérieur du parc national Banff.
Estimations de la population :
  • Estimation de la population à l’automne 2004 : 100 caribous (IC à 95%, 56-336). Nous avons observé 43 caribous et 3 des 7 caribous portant des colliers émetteurs. Les caribous manquants se trouvaient dans des régions boisées de la zone subalpine supérieure. La neige éparse et la lumière intense ont créé des conditions de relevés difficiles.
  • Estimation de la population à l’automne 2003 : 107 caribous (IC à 95%, 86-174). Nous avons trouvé 78 caribous et 8 des 11 caribous portant un collier émetteur.
  • Nombre minimum en 1988 : 153 (estimation de la population : 175-200)
  • Il est recommandé d’évaluer les avantages de mener des relevés de population au milieu de l’été, alors que le caribou est presque exclusivement dans la zone alpine.
Recrutement de petits
  • Le recrutement de petits était élevé en mars 2004 et en 2005 : 32 petits pour 100 femelles (IC à 95%, 15-53) en 2004; 23 petits pour 100 femelles (IC à 95%, 11–40) en 2005.
Survie
  • Les caribous étaient 3,8 fois plus susceptibles de survivre entre 2001 et 2005 qu’entre 1988 et 1991. Les taux de survie étaient très faibles de 1988 à 1991 (12 décès en 29 années pour les caribous) et relativement élevés de 2001 à 2005 (3 décès en 29 années pour les caribous).
  • La faible taille des échantillons entraîne une grande incertitude dans les estimations de la survie. En 2001-2005, le taux annuel de survie était de 0,932 (IC à 95 %, 0,566-0,989).
Diversité génétique
  • La deuxième année, des échantillons d’ADN ont été envoyés pour analyse, mais nous n’avons pas reçu les résultats.
  • Les résultats préliminaires des quelques échantillons envoyés au cours de la première année suggèrent que les caribous du secteur de la Maligne et de la vallée Tonquin présentent une variabilité génétique élevée (indique des mouvements entre les sous-populations), mais des allèles étonnamment différents (composition génétique). La variabilité génétique du caribou à Banff était trois fois moindre que celle du caribou à Jasper.
  • De 1988 à 1991 (29 années pour les caribous) ou de 2001 à 2005 (29 années pour les caribous), aucun caribou portant un collier émetteur n’a voyagé entre le secteur de la Maligne et la vallée Tonquin, au nord de la route 16, ni au sud de la route 11 jusqu’à Banff.
Habitat et sentiers du caribou
  • Nous avons créé des modèles de sélection des ressources des caribous pour chaque écorégion (alpine et subalpine) et pour chaque saison : été (juin-août), automne (septembre-novembre), hiver (décembre-février) et printemps (mars-mai). Nous avons élaboré des cartes prédictives de la présence du caribou à Banff et à Jasper.
  • Nous avons ajouté de la distance aux sentiers à usage faible et moyen par rapport aux modèles de sélection des ressources.
  • Les caribous avaient des liens négatifs plus forts avec les sentiers alpins qu’avec les sentiers subalpins.
  • Parmi les caribous, 80 % avaient des liens négatifs avec les sentiers alpins pendant l’été et l’automne.
  • Moins de 40 % des caribous avaient des liens négatifs avec les sentiers alpins pendant l’hiver et le printemps et dans la zone subalpine (sauf l’hiver, où environ 50 % des caribous évitaient les sentiers).
Routes et sentiers de déplacement des loups
  • Les loups ont choisi les routes comme voies de déplacement durant toutes les saisons, sauf l’été.
  • Les loups ont choisi les sentiers comme voies de déplacement durant toutes les saisons, sauf l’automne.
  • ol
  • Les loups choisissent plus fortement les sentiers à haute altitude que les sentiers à basse altitude en hiver et au printemps.
Les caribous, les loups et les gens
  • Deux mécanismes peuvent expliquer pourquoi il y a un lien négatif entre le caribou et les sentiers : 1) ils souhaitent éviter la présence de personnes sur les sentiers; 2) ils souhaitent réduire le risque de prédation par les loups qui voyagent sur les sentiers. Le premier mécanisme (l’évitement des gens) est plus probable en montagne pendant l’été et l’automne. Le deuxième mécanisme est plus probable dans la zone subalpine pendant l’hiver.
Rapport d’étape du Programme de conservation du caribou du parc national Jasper 2002-2003

Préparé par : George Mercer, Jesse Whittington, Geoff Skinner et Debbie Mucha, biologistes de la faune

Janvier 2004

Sommaire

Avant de mettre en œuvre des mesures de rétablissement, il faudra effectuer des recherches pour mieux évaluer la situation du caribou des bois et déterminer les causes du déclin actuel. Ensuite, il faudra exercer une surveillance pour déterminer l’efficacité de la mise en œuvre prévue dans le plan de rétablissement. Le projet du caribou des bois de Jasper Sud fournira des renseignements qui appuieront les efforts de rétablissement. Les objectifs particuliers de cette étude sont les suivants :

  1. Établir des limites de confiance autour des estimations de la population et déterminer s’il y a diminution ou non de la population de caribous dans la partie sud de Jasper.
  2. Déterminer quels facteurs topographiques et végétatifs influent sur la répartition du caribou, puis créer des cartes prédictives de la qualité de l’habitat du caribou.
  3. Déterminer les facteurs qui influent sur la répartition des loups et créer une carte prédictive de l’occurrence des loups.
  4. Examiner les effets de l’activité humaine et des développements humains sur la répartition des loups et des caribous.
  5. Déterminer si les caribous sont exposés à un risque de prédation plus élevé en hiver en raison de l’accès des loups au domaine vital des caribous sur les routes déneigées et les pistes de ski couvertes de neige compactée.
  6. Déterminer les niveaux de déplacement des caribous entre les aires de répartition du secteur de la Maligne et de la vallée Tonquin.
  7. Déterminer les facteurs qui influent sur la présence de lichens terrestres et arboricoles et élaborer des lignes directrices pour la gestion des incendies afin de protéger ou d’améliorer l’abondance des lichens.
Plan d’étude

La première année complète du projet a commencé en 2002-2003 et comprenait un certain nombre d’éléments. Un plan d’étude a d’abord été élaboré en collaboration avec des spécialistes externes de la faune et des intervenants du parc au début de 2002. L’évaluation environnementale du projet de recherche comprenait les résultats d’un atelier sur la conception de l’étude; cette évaluation a été mise à la disposition du public en décembre 2002. Un deuxième atelier sur la conception de l’étude, tenu en janvier 2003, a permis de cerner un éventail d’options pour la manipulation expérimentale de l’activité humaine dans la vallée de la Maligne du parc national Jasper. Le traitement relatif à l’activité humaine pour les années 3 et 4 sera décidé au début de 2004.

Pose de colliers émetteurs :

Dans le cadre d’une étude pilote, deux caribous ont été équipés de colliers GPS en octobre 2001. Ces colliers ont été enlevés au printemps suivant et dix caribous ont été munis de colliers GPS en octobre 2002, et un caribou a conservé un collier VHF de l’année précédente. Sept colliers GPS ont été déployés dans le domaine vital de la Maligne et trois colliers GPS l’ont été dans la vallée Tonquin. Environ quatre groupes de caribous représentaient la plupart des caribous du domaine vital de la Maligne. Bien que les caribous n’aient pas montré une forte fidélité à un groupe particulier, d’autres colliers sur des caribous dans le secteur de la Maligne auraient fourni peu de renseignements supplémentaires sur la répartition des caribous. Quatre loups dans deux meutes de loups ont également été munis de colliers GPS en mars 2003. Les quatre colliers se sont rompus en octobre 2003. Ce rapport d’étape présente les résultats des données sur le caribou et le loup recueillies au cours de la première année complète de cette étude (d’octobre 2002 à octobre 2003). Les dix colliers GPS sur des caribous et les quatre colliers sur des loups ont été redéployés à l’automne pour la deuxième année complète de cette étude – début de l’hiver 2003. Tout au long de l’étude, des données météorologiques ont été recueillies aux stations météorologiques d’Environnement Canada, et des données sur l’activité humaine ont été recueillies à l’aide de permis de camping dans l’arrière-pays et de compteurs sur les routes et les sentiers éloignés.

Estimations de la population et tendances

En raison des limites du financement et de l’apparition précoce des conditions hivernales, aucun relevé de la population n’a été effectué dans la partie sud du parc national Jasper en 2002. Le relevé de la population de 2003 a révélé la présence de 78 animaux. Ce nombre était supérieur au dénombrement de 2001 de 48 animaux, ce qui laisse croire que le résultat de 2001 était une anomalie, mais toujours bien en deçà de la moyenne de 1993-2000 de 110 animaux. Une estimation de la population de 107 a été calculée à partir d’une nouvelle observation de 8 des 11 animaux portant un collier émetteur. Comparativement au nombre d’animaux dénombrés en 1988 (153) et à l’estimation approximative de la population en 1988, soit de 175 à 200 animaux, le dénombrement de 2003 et l’estimation de la population représentent une diminution de près de 50 % de la harde de Jasper Sud. Le déclin le plus marqué a été observé dans le secteur de la Maligne, où seulement 19 animaux ont été dénombrés comparativement à un sommet de 68 en 1998.

Trois caribous ont été tués dans des collisions avec des véhicules sur la route 93 au sud des chutes Sunwapta en 2002-2003. Il s’agit du plus grand nombre de caribous tués par des véhicules dans le parc national Jasper depuis plus d’une décennie; cela représente environ 3 % de la population totale des caribous dans la partie sud de Jasper. À la suite de ces accidents, des panneaux routiers ont été installés sur la route 93 Sud entre Jonas Slide et Tangle Hill pour avertir les automobilistes de la présence de caribous dans cette région.

Déplacements des caribous.

Les caribous se sont déplacés le long de la chaîne de la Maligne depuis le mont Signal jusqu’au col Poboktan. Ils se sont dispersés dans la vallée Tonquin, et un caribou s’est rendu près du cours supérieur du fleuve Fraser, en Colombie-Britannique, puis près du ruisseau Hugh Allen avant de retourner plus tard dans la vallée Tonquin. Aucun caribou ne s’est déplacé entre les aires de répartition de la Maligne et de la vallée Tonquin. Les caribous semblent se déplacer moins pendant les fortes chutes de neige et les températures froides, mais ces conditions climatiques ne semblent pas avoir d’incidence sur leur domaine vital en altitude. Les loups se sont approchés à moins de 1 et 2 km des caribous à 2 et 8 occasions au cours de l’été 2003. La distance parcourue par les caribous après ces rencontres n’a pas augmenté.

Sélection des ressources par le caribou

Les caribous ont choisi des altitudes moyennes à élevées tout au long de l’année et ont passé plus de temps en montagne en été qu’en hiver. La sélection de la plupart des caractéristiques topographiques et végétales du caribou dépendait de la saison et de l’écorégion. Par exemple, lorsqu’ils se trouvaient dans la zone subalpine, ils ont choisi des forêts d’épinettes ouvertes – des forêts de sapins subalpines plutôt que des forêts de pins toute l’année. Ils ont choisi des forêts de plus de 150 ans en hiver, mais pas en été. De même, les caribous ont choisi des zones où le rayonnement solaire est faible et où les sols sont bien drainés en hiver, mais pas en été. Les caribous se déplaçaient rarement à moins de 500 m des routes, mais l’effet apparent des routes dans les modèles de sélection des ressources a été pris en compte par d’autres covariables corrélées comme l’élévation. Le caribou a évité les sentiers à forte activité humaine en été (zones alpines et subalpines) et en hiver (subalpines seulement). Ils n’ont ni choisi ni évité les sentiers très fréquentés en hiver dans les zones alpines, probablement parce qu’il y a très peu de sentiers très fréquentés en hiver dans les zones alpines.

Présence et abondance des lichens

Les lichens terrestres étaient plus abondants à des altitudes plus élevées et dans des zones où les sols étaient bien drainés, les pentes peu inclinées, le couvert forestier plus élevé et la variation du couvert forestier plus élevée. Les arbres avec un lichen arboricole abondant étaient plus susceptibles de se trouver à des altitudes plus élevées, dans des zones avec des pentes peu inclinées, dans des forêts plus anciennes, dans des forêts où la proportion d’épinettes était plus élevée, et dans des forêts avec de grandes surfaces terrières (des arbres plus gros plutôt qu’une simple densité d’arbres plus grands). L’importance relative des lichens terrestres par rapport aux lichens arboricoles n’a pas été quantifiée.

Déplacements des loups

Les deux meutes de loups occupaient des territoires différents dans les vallées de la Maligne et Athabasca. L’estimation du domaine vital de la meute de loups du corridor de la vallée Tonquin correspondait à une superficie de 413 km2, qui s’étendait du pont du 12e mille au nord-est jusqu’à Meadow Creek à l’ouest et à Hardisty Hill au sud. L’estimation du domaine vital de la meute de loups de Medicine correspondait à une superficie de 560 km2, qui s’étendait dans la vallée de la Maligne depuis l’auberge Maligne au nord jusqu’au lac Maligne au sud et à la rivière Rocky à l’est. D’après les estimations des domaines vitaux des meutes du corridor de la vallée Tonquin et de Medicine, les domaines vitaux combinés des caribous de la Maligne se chevauchaient de 24 et de 196 km2 carrés respectivement. La taille des deux domaines vitaux des loups semble avoir augmenté depuis le moment de la récupération des colliers GPS, d’après les données de surveillance continue des animaux portant des colliers VHF.

Les distances quotidiennes parcourues par les loups au cours de la période d’étude n’étaient pas très différentes pour les loups munis d’un collier des deux meutes. Les loups de la meute de Medicine ont parcouru une distance médiane de 2,6 km par jour, avec une distance maximale de 43,8 km en une journée. Les loups de la meute du corridor de la vallée Tonquin ont parcouru une distance médiane de 4,3 km par jour, avec une distance maximale de 52 km en une journée. Les deux meutes de loups semblaient parcourir des distances quotidiennes plus courtes en avril et en mai, et des distances quotidiennes plus longues en juin, en juillet et en août. La meute de loups de Medicine a passé la majeure partie de son temps dans les écorégions subalpines inférieure et supérieure, tandis que la meute du corridor de la vallée Tonquin a passé la majeure partie de son temps dans l’écorégion montagneuse.

La relation entre l’emplacement des loups et diverses caractéristiques topographiques et humaines a également été explorée.

Communications

Les communications et les consultations publiques comprenaient des ateliers de conception d’étude et des présentations, ainsi que des programmes d’été réguliers au terrain de camping de Whistler. De nombreux produits de communication ont été préparés en 2002-2003, y compris un bulletin d’information sur le projet, des panneaux d’affichage et des cartes d’observation en bordure des routes et des sentiers.

Rapport d’étape du Programme de conservation du caribou du parc national Jasper 2001-2002

Préparé par : George Mercer, biologiste de la faune

Novembre 2002

Sommaire

Des relevés des populations de caribous des bois (Rangifer tarandus caribou) dans la partie sud du parc national Jasper, au nord du parc national Banff, dans l’aire sauvage White Goat et dans l’aire sauvage de Siffleur ont été effectués dans le cadre d’une initiative conjointe de Parcs Canada et de l’Alberta Environmental Protection. Ces relevés visaient à évaluer la situation de cette espèce dans les aires protégées du centre-ouest de l’Alberta. Ces dernières années, la population de caribous des bois dans ces régions a diminué; par conséquent, des efforts de surveillance accrus ont été proposés.

Ces travaux s’ajoutent aux efforts du comité directeur du caribou du centre-ouest de l’Alberta visant à normaliser la surveillance du caribou des bois dans le centre-ouest de l’Alberta et à régler les problèmes liés à la conservation du caribou des bois grâce à la recherche dirigée.

Au total, 50 animaux ont été repérés dans le cadre de 18,4 heures de relevés aériens. Aucun animal n’a été retrouvé dans l’aire sauvage de Siffleur. Un seul caribou adulte mâle se trouvait dans le nord du parc national Banff et dans l’aire sauvage White Goat. Au total, 48 animaux ont été repérés dans la partie sud du parc national Jasper. Cela représente moins de 50 % du dénombrement moyen à long terme de 110 animaux pour Jasper Sud, mais peut ne pas refléter la taille réelle de la population. Le moment et les conditions du relevé étaient semblables à ceux des années précédentes, mais des renseignements anecdotiques donnent à penser que le caribou des bois s’est peut-être déplacé de la zone alpine plus tôt que la normale et vers la zone subalpine, où il est plus difficile de le localiser.

Une analyse de la viabilité de la population menée en 2002 pour la population du caribou des bois occupant le sud du parc national Jasper donne à penser que cette population n’est pas viable. L’analyse a révélé un taux de croissance négatif pour la population et prédit sa disparition sur une période moyenne d’environ 40 ans (Flanagan, 2002).

À l’automne 2001, quatre caribous des bois femelles adultes ont été capturés et munis d’un collier dans la partie sud du parc national Jasper, dans le cadre d’une étude pilote visant à évaluer l’efficacité des colliers GPS dans la vallée de la Maligne. Il s’agissait d’un travail de terrain préliminaire avant le lancement d’un programme de recherche et de surveillance à long terme dans la partie sud du parc national Jasper. Les premiers efforts visant à capturer certains des quelques caribous des bois restants dans la partie nord du parc national Banff et à leur poser des colliers émetteurs ont échoué.

Les populations de caribous des bois des montagnes du Sud et de la forêt boréale sont maintenant classées comme espèces menacées au Canada (COSEPAC, 2000), inscrites sur la liste bleue en Alberta et inscrites sur la liste rouge en Colombie-Britannique. En raison de cette classification, le projet de Loi sur les espèces en péril exigera l’élaboration d’un plan de rétablissement pour le caribou des bois. Pour mettre en place une telle initiative, il faudra assurer une surveillance accrue et effectuer d’autres recherches sur ces populations afin d’évaluer la situation du caribou des bois, déterminer les causes du déclin actuel et surveiller l’efficacité de la mise en œuvre du plan de rétablissement.

Le programme de recherche et de surveillance proposé pour le parc national Jasper devrait permettre d’accroître la rigueur de la surveillance de la population et répondre à un certain nombre de préoccupations en matière de gestion liées à la conservation du caribou des bois dans le parc national Jasper.