L’enlèvement des déchets industriels dans le parc national Qausuittuq permettra de restaurer l’habitat du caribou de Peary, une espèce menacée.


Pendant une bonne partie de l’année, le parc national Qausuittuq   est un monde sans aurore ni coucher de soleil. Ici, le soleil reste sous l’horizon pendant plusieurs mois en hiver. (Qausuittuq—prononcer « Kow-soo-ee-took » – signifie « lieu où le soleil ne se lève pas » en Inuktitut).

Mais en été, le paysage est inondé d’une lumière solaire qui semble éternelle.

Couvrant une grande partie de la moitié nord de l’île Bathurst, ainsi qu’un certain nombre de petites îles voisines, Qausuittuq est l’une des régions de l’Arctique dont la beauté austère est pratiquement sans égale. Le paysage semble avoir été distillé jusqu’à ses éléments essentiels : la glace, le ciel, le roc et de brillantes fleurs jaunes sauvages comme le pavot Arctique.

L’île Bathurst fait partie du territoire de l’emblématique caribou de Peary, source vitale de nourriture, de vêtements et d’outils pour les Inuits de la région. L’une des principales raisons de la création du parc était de protéger l’habitat du caribou sur l’île.


Paysage de la toundra avec la mer en arrière-plan
Parc national Qausuittuq (photo : Jovan Simic)

Dans les années 1960, la population de caribous de Peary, qu’on trouve surtout dans les îles de l’archipel Arctique du Nunavut et des Territoires du Nord-Ouest, était de plus de 50 000 individus. Mais il a connu un déclin marqué au milieu des années 1990 et il est encore en voie de rétablissement.

Dans les années 1970 et 1980, l’île Bathurst et ses environs ont fait l’objet d’importantes activités d’exploration pétrolière et gazière qui ont généré des déchets industriels qu’on a laissés sur place.

Ces déchets comprennent des débris métalliques comme des barils de carburant vides ainsi que des déchets de béton et de bois. Une partie de ces déchets est une source de métaux lourds et d’autres contaminants.

Au cours des négociations en vue de l’établissement du parc, les Inuits de la région ont exprimé leurs préoccupations au sujet des déchets et de leur incidence sur la faune, y compris le caribou de Peary. Parcs Canada partageait ces préoccupations et s’est engagé à nettoyer les déchets.


Qausuittuq : protéger un mode de vie

Le parc national Qausuittuq est géré en collaboration par Parcs Canada et les Inuits par l’entremise du Comité de gestion du parc Qausuittuq. Ce comité est composé de membres de la collectivité de Resolute Bay, située à proximité, nommés par la Qikiqtani Inuit Association et par le gouvernement du Canada.

Parcs Canada travaille en étroite collaboration avec le comité et les résidents de Resolute Bay pour développer des expériences touristiques tout en protégeant ce parc qui figure parmi les plus récents du Canada. Par conséquent, la fréquentation du parc est limitée pendant l’élaboration de ces expériences.

Dans le cadre de l’Entente sur les répercussions et les avantages pour les Inuits négociée avec la collectivité, les droits de récolte traditionnels sont garantis. Le parc offre également des emplois et des possibilités économiques aux gens de la région.

Effacer les cicatrices de la terre

Relations Couronne-Autochtones et Affaires du Nord Canada (RCAANC), par l’entremise du Plan d’action pour les sites contaminés fédéraux (PASCF), est responsable de l’enlèvement des déchets dangereux associés à ces camps d’exploration pétrolière et gazière à Qausuittuq. Parcs Canada est responsable de l’élimination des déchets non dangereux qui ne sont pas visés par le PASCF.

La première étape consistait à retirer les barils de carburant vides. Ce n’était pas une tâche facile, compte tenu du climat imprévisible de la région. Pis encore, une mission de reconnaissance a révélé que de nombreux barils qu’on avait supposés vides contenaient des déchets. Parcs Canada a pu compter sur l’aide et l’expertise des membres de la collectivité pour trouver les barils et les enlever.

Le personnel de Parcs Canada a fait venir un hélicoptère pour recueillir les barils vides de cinq sites contaminés enregistrés et de deux sites non enregistrés dans le parc. Les barils ont ensuite été déposés à des endroits accessibles à un avion Twin Otter, qui a amené les conteneurs à Resolute Bay.

Au total, l’équipe a retiré 194 barils au cours de deux étés, récupérant ainsi quatre barils de plus que prévu.

Deux personnes en train de déplacer des barils de carburant vides à côté d’un avion.
Jane Chisholm, chef d’équipe écologiste (à gauche) et Angela Piercey, gestionnaire en formation du parc national Qausuittuq, en train de manipuler des barils (photo : Jovan Simic)

En collaboration avec RCAANC (pour le travail de 2019), l’équipe a également commencé à éliminer les déchets non dangereux restants. C’est une entreprise pluriannuelle qui comprend l’élimination d’un camp de roulottes abandonné que les membres du personnel ont découvert en explorant les environs.

Tout cela est une bonne nouvelle pour le caribou de Peary, une espèce en péril. Le plus petit des caribous du Canada fait déjà face à des menaces liées aux changements climatiques, y compris d’autres phénomènes météorologiques violents. L’élimination des barils rend les sites plus utilisables pour les animaux et réduit leur risque d’exposition à des contaminants.

Et il efface une cicatrice de cette terre d’une beauté brute.

« C’était formidable d’aider à diriger une initiative si positive dans ce parc que tant de résidents de Resolute Bay réclamaient avant la création de Qausuittuq en 2015 », explique Angela Piercey, gestionnaire en formation du parc national Qausuittuq.

« Le travail effectué dans le cadre du projet Toundra nettoyée = caribous en santé aidera à éliminer tout obstacle d’origine humaine le long des voies de migration du caribou de Peary dans le parc. Il contribuera également à la survie du caribou, essentiel au mode de vie des Inuits de la région. »