Parcs Canada travaille avec des partenaires, y compris des propriétaires fonciers locaux, pour conserver des lieux de perchage pour les chauves-souris.


On pourrait appeler cela une approche « dortoir d’abord » pour les chauves-souris.

En 2019, le personnel du parc national de l’Île-du-Prince-Édouard, En 2019, le personnel du parc national de l’Île-du-Prince-Édouard, en collaboration avec l’Université de Waterloo, a découvert qu’un ancien bâtiment situé juste à côté du parc servait d’important gîte de pouponnière pour la petite chauve-souris brune (Myotis lucifugus).

Cette petite chauve-souris est l’une des trois espèces de chauves-souris inscrites sur la liste des espèces en voie de disparition en vertu de la Loi sur les espèces en péril au Canada. Elle est menacée par la perte d’habitat et (surtout) par le syndrome du museau blanc, une infection fongique qui fait disparaître les chauves-souris dans toute l’Amérique du Nord.

Ainsi, lorsque le personnel du parc a appris que ce vieux bâtiment allait être démoli, il a imaginé un plan original. Ils ont demandé aux propriétaires s’ils pouvaient déplacer certaines parties du bâtiment à l’intérieur des limites du parc.

Les propriétaires Andrea et David Shaw ont généreusement collaboré avec le personnel du parc pour reporter la démolition et faire don des éléments importants de ce site de perchage une fois les chauves-souris parties pour la saison.

Les chauves-souris aiment revenir aux mêmes dortoirs au printemps et à l’automne, année après année, et le personnel a estimé qu’il était important que ce gîte de pouponnière de longue date reste dans le paysage comme une option continue pour les chauves-souris. Le nouveau site n’est qu’à 300 mètres de l’ancien.

Un petit bâtiment dont la partie supérieure est entourée d’un cercle rouge.
Carte d’une section du parc national de l’Île-du-Prince-Édouard montrant l’ancien emplacement du dortoir à chauves-souris ainsi que le site relocalisé à l’intérieur des limites du parc
Ancienne structure habitée par une grande pouponnière (à gauche) et l’emplacement de l’ancien gîte de pouponnière et nouvel emplacement au sein du parc national de l’Î.-P.-É.( à droite).
  • Équivalent textuel

    L'image à gauche montre un bâtiment avec un cercle rouge autour de la partie supérieure, pour marquer l'emplacement de la colonie de nidification. L'image à droite est une carte d’une partie du parc national de l’Île-du-Prince-Édouard montrant l’ancien emplacement du dortoir à chauves-souris ainsi que le site relocalisé à l’intérieur des limites du parc.

Quelques mois après le déplacement, un petit nombre de chauves-souris ont été aperçues en train de voler hors de la structure relocalisée. Pour faire bonne mesure, le personnel de Parcs Canada a également installé plusieurs boîtes à chauves-souris près de l’ancien et du nouveau site, et celles-ci ont également montré des signes d’utilisation.

Tout est dans l’emplacement!

Garantir des lieux de perchage sûrs est une stratégie précieuse pour augmenter le taux de survie des chauves-souris. Les scientifiques estiment que le syndrome du museau blanc a éliminé plus de 6,7 millions de chauves-souris en Amérique du Nord.

En plus de s’établir dans des structures construites par l’homme, les chauves-souris utilisent également des arbres creux, des haies, des grottes et d’autres abris naturels. Les aider, c’est avant tout protéger l’habitat où se trouvent ces espaces. Mais certaines espèces peuvent se retrouver dans des bâtiments et autres structures construites par l’homme, ce qui signifie que les chauves-souris et les humains peuvent devenir de proches voisins... parfois inconfortablement proches.

Le parc urbain national de la Rouge,en Ontario, connaît très bien le défi que représente la coexistence des humains et des chauves-souris. Située au cœur de la plus grande région métropolitaine du Canada, la Rouge est une tapisserie de paysages naturels, culturels et agricoles – avec de nombreux bâtiments.

Non seulement le parc possède sa propre infrastructure de bâtiments, mais les locataires (les agriculteurs, par exemple) ont des maisons, des granges, des hangars et des silos sur leurs propriétés louées dans le parc. C’est un riche éventail de possibilités de domiciles pour les chauves-souris.

Une boîte à chauve-souris montée sur un haut poteau
Une boîte à chauve-souris de type « fusée » qui a été installée comme habitat de compensation dans le parc national de l’Île-du-Prince-Édouard.

La préservation de l’habitat de la chauve-souris dans le parc urbain national de la Rouge implique d’établir des relations avec les locataires du parc et les propriétaires des terrains privés adjacents. Il s’agit également de mettre en œuvre un protocole de suivi approfondi et des mesures d’atténuation pour s’assurer qu’aucune chauve-souris n’est blessée lors de la démolition de certains des vieux bâtiments du parc qui ne sont plus en état d’être réparés.

Les boîtes à chauves-souris – des dortoirs spécialement conçus pour les chauves-souris – peuvent faire partie de la solution.

À la Rouge et dans d’autres endroits de Parcs Canada, on étudie la possibilité d’utiliser des boîtes à chauves-souris comme « habitat de compensation ».

Une telle mesure est utilisée lorsque, par exemple, un vieux bâtiment qui est un site de perchage connu doit être démoli, ou lorsque des locataires ou des propriétaires privés souhaitent empêcher les chauves-souris d’entrer dans leur maison.

La vie à haute densité... sans les hiboux

Le parc urbain national de la Rouge souhaite aller plus loin que la modeste boîte à chauves-souris et étudie la possibilité d’un « condo pour chauves-souris ».

Cet appartement de luxe pour chauves-souris servira à compenser l’élimination d’un gîte de pouponnière connu, actuellement situé dans l’un des bâtiments délabrés de la Rouge.

Cette structure pour chauves-souris, d’environ 2,4 mètres de côté, se dressera à au moins 3,6 mètres du sol. Elle comprendra une pouponnière de quatre chambres pour les mères chauves-souris.

Les entrées, facilement accessibles au vol, auront une hauteur de 10 centimètres, ce qui permet d’en interdire l’accès aux hiboux qui sont connus pour s’infiltrer dans les « condos de chauves-souris ».

« Comme il est si grand », explique Juliana Skuza, responsable de la conservation des ressources au parc urbain national de la Rouge, « nous espérons qu’il pourra reproduire fidèlement les différents microclimats disponibles dans le gîte de pouponnière existant. »

Une petite structure couverte sur pilotis.
Un condo à chauve-souris, semblable à celui illustré ici, est envisagé pour le parc urbain national de la Rouge (photo © Amélie Fontaine).

Un plan d’action pour une communauté écologique

Le parc urbain national de la Rouge a récemment collaboré avec des partenaires autochtones et des intervenants externes pour proposer un plan d’action visant des espèces multiples. Ces plans d’action, produits par les différents sites de Parcs Canada dans tout le pays, adoptent une approche écosystémique de la conservation, en se concentrant sur la protection d’un assemblage d’espèces présentes dans une zone particulière.

Trois espèces de chauves-souris sont répertoriées dans le plan du parc urbain national de la Rouge (la petite chauve-souris brune, la chauve-souris nordique et la pipistrelle de l’Est) ainsi que d’autres espèces qui utilisent les structures construites par l’homme (l’hirondelle rustique, le martinet ramoneur, la couleuvre tachetée et la couleuvre mince).

Cela montre bien qu’à la Rouge, comme dans de nombreux endroits de Parcs Canada, les structures existantes construites par l’homme sont gérées comme faisant partie de l’écosystème. La préservation des vieilles structures – ou l’offre d’un habitat de substitution lorsqu’elles sont démolies – peut bénéficier aux oiseaux, aux reptiles et aux chauves-souris.

Interrogations autour des boîtes à chauve-souris

Bien que des boîtes à chauves-souris de différentes formes et tailles soient utilisées dans tout le pays, les agents de protection de la nature ne savent toujours pas quels modèles fonctionnent le mieux.

C’est pourquoi le parc urbain national de la Rouge, le parc national de l’Île-du-Prince-Édouard et sept autres lieux administrés par Parcs Canada participent au Batbox Project (en anglais seulement). Dirigé par Karen Vanderwolf, doctorante à l’Université de Trent, le projet est un effort conjoint de la Wildlife Conservation Society (Canada) et de la Fédération canadienne de la faune.

Une activité facultative consiste à installer un enregistreur de microclimat pour mesurer la température et l’humidité relative à l’intérieur des boîtes à chauves-souris. (Une des préoccupations concernant les boîtes à chauves-souris est de savoir si certains modèles peuvent entraîner une surchauffe, ce qui peut être fatal pour les chauves-souris).

En plus de préserver l’habitat naturel des chauves-souris et d’installer des perchoirs de compensation, Parcs Canada a une autre stratégie pour aider les chauves-souris : l’éducation.

La valeur mondiale des chauves-souris dans la lutte contre les insectes nuisibles est estimée à des milliards de dollars. Dans certaines régions du globe, elles jouent un rôle important dans la pollinisation et contribuent également à la dispersion des graines.

Les chauves-souris ont besoin de leur place dans notre monde, et celle-ci ne peut être garantie que si l’on se débarrasse de l’encombrant poids de la méfiance et de la désinformation.

Petite chauve-souris tenue à la main.

Les chauves-souris en font tellement pour nous, qu'il s'agisse de contrôler les insectes nuisibles, de disperser les graines ou encore de polliniser les plantes !

Consultez la page de la Semaine de la chauve-souris, une célébration internationale annuelle, pour connaître les événements et les aventures liés aux chauves-souris!