Le fait de relier les aires protégées permet à la faune de se déplacer entre elles, aux populations de se mélanger, et de renforcer la biodiversité.


« Sal, nous devons partir et ne jamais arrêter aussi longtemps que nous ne serons pas rendus là. »

« Où allons-nous, mec? »

« Je ne sais pas, mais nous devons partir. »

Jack Kerouac, On the Road (1957)

Tout comme Jack Kerouac et ses amis, les animaux ont besoin de vagabonder. Certains animaux parcourent des distances de centaines et, parfois, de milliers de kilomètres, à la recherche d’aliments, de compagnons et d’un nouveau territoire. D’autres parcourent sur de plus petites distances, mais doivent contourner les routes, les villes et les autres risques urbains.

C’est pourquoi la création d’itinéraires reliant les habitats favorables est si importante pour Parcs Canada et ses partenaires.

Les couloirs sont des édredons en patchwork, fabriqués de différentes pièces. Ces pièces peuvent être des espaces naturels protégés, comme les parcs et les réserves, ou des bordures de terrain le long des champs des agriculteurs, des viaducs autoroutiers ou des passages souterrains d’autoroute. Il peut s’agir de rivières, de marais et de lacs —parce que les poissons et les animaux aquatiques sont aussi des voyageurs. Les oiseaux ont besoin d’endroits où se poser pendant leur migration.

Si nous pouvions marcher (voler ou nager) en compagnie de certains de ces animaux voyageurs, nous obtiendrions la version sauvage de On the Road, et découvririons la nécessité de paysages interconnectés.

1. Alice l’orignal

Vue aérienne des îlots boisés
Parc national des Mille-Îles, en Ontario, une partie importante du couloir menant de l’Algonguin aux Adirondacks (A2A) parcouru par Alice, l’orignal.

« J’ai traversé le fleuve St-Laurent à la nage aujourd’hui. Maintenant, il ne me reste plus qu’à traverser cette sacrée autoroute à quatre voies. » Si Alice l’orignal avait tenu un journal de voyages, il aurait été tout aussi fascinant que celui de Jack Kerouac.

Alice était une femelle orignal qu’on a dotée d’un collier émetteur puis remise en liberté en 1998 dans la Huntington Wildlife Forest, dans l’État de New York, Deux ans après, Alice a décidé qu’elle avait besoin d’un changement de décor.

Elle s’est dirigée vers le nord, à la frontière États-Unis–Canada, traversant le St-Laurent au parc national des Mille-Îles. Situé dans l’une des régions les plus biodiversifiée du Canada, le parc est un partenaire régional clé dans la protection de la Frontenac Arch Biosphere Reserve (anglais seulement).

Alice a ensuite traversé à la marche l’une des autoroutes les plus fréquentées du Canada, la 401. À l’hiver, après avoir parcouru environ 570 kilomètres, elle s’était installée dans le parc provincial Algonquin, en Ontario. En 2001, ses restes ont été trouvés dans la partie est de l’Algonquin. La cause du décès était inconnue.

Alice est « l’inspiration animale » de l' Algonquin to Adirondacks (A2A) Collaborative (anglais seulement), qui vise à créer une série reliée d’écosystèmes de la région des Adirondacks de News York jusqu’au parc provincial Algonquin de l’Ontario.

2. Pluie le loup

Aussi libre que la pluie qui a inspiré son nom, Pluie était un loup gris de cinq ans qui a été capturé et doté d’un collier émetteur dans le sud de l’Alberta en 1991.

Au cours des deux années suivantes, il a voyagé dans un sens et dans l’autre à travers une frontière internationale, couvrant une zone de 100 000 kilomètres carrés, ce qui est 10 fois la superficie du parc national de Yellowstone, et 15 fois times la grandeur du parc national Banff.

Les pérégrinations de Pluie ont pris fin en décembre 1995, alors qu’il a été tiré de coups de feu dans le cadre d’une chasse légale près du parc national de Kootenay, en C.-B.

L’initiative Yellowstone to Yukon (Y2Y) Conservation Initiative (anglais seulement) vise à relier les habitats de Yellowstone au Yukon et à protéger la faune du vaste territoire, comme Pluie, le loup.

Parcs Canada travaille en collaboration avec Y2Y à différentes initiatives, dont des passages pour animaux. Ces passages aident à réduire le nombre de collisions entre les animaux et les véhicules sur l’autoroute 93, dans le parc.


Carte du centre des États Unis et du Canada, montrant l’itinéraire de Pluie le loup, en rouge.
Pérégrinations de Pluie enregistrées de 1991 à 1995. Crédit : Ross Donihue/Yellowstone to Yukon Conservation Initiative.
  • Pérégrinations de Pluie enregistrées de 1991 à 1995: équivalent textuel

    Voici une carte du centre des États-Unis et du Canada montrant le parcours de Pluie, le loup.

    L'itinéraire est indiqué par une ligne rouge avec des flèches pour désigner la direction du loup. La ligne commence à un point situé au sud du parc national Banff, en Alberta.

    Elle descend pour traverser la frontière américaine, puis fait une boucle vers l'ouest en passant par le Montana, l'Idaho et Washington.

    Enfin, elle se dirige vers le nord-est, traverse de nouveau le Canada, et se termine à un point situé au sud du parc national Kootenay, en Colombie-Britannique.

3. La chèvre de montagne, garde forestier du chaînon Slate

Trois chèvres de montagne broutant l’herbe.
Les chèvres de montagne sont rarement vues en raison de leur préférence pour un habitat élevé accidenté.

Avec leur barbe, leur fourrure blanche et leurs cornes semblables à des poignards, les chèvres sont faciles à reconnaître, mais elles ne sont pas faciles à voir. En 2017, le personnel de Parcs Canada a doté de colliers émetteurs environ 20 chèvres de montagne dans les parcs nationaux Yoho et Banff pour étudier leurs mouvements et leur utilisation de l’habitat.

Les chèvres de montagne vivent en troupeau, mais un mâle a décidé de partir seul. À l’été de 2018, il a passé une semaine à voyager vers l’est, depuis la chaîne des États Unis près du hameau de Lake Louise, dans le parc national Banff, jusqu’au mont Cory, juste à l’extérieur de la ville de Banff—une distance d’environ 50 kilomètres.

Cela ne semble pas beaucoup par comparaison à Alice, l’orignal ou à Pluie, le loup. Mais cela est impressionnant pour une chèvre de montagne, une espèce qui doit s’en tenir au haut pays. (Aucune des autres chèvres n’a parcouru plus de 20 kilomètres). Et c’est là de l’information importante pour les gestionnaires de parcs qui ont besoin de connaître les parcours potentiels des chèvres de montagne dans une région qui comprend une station de ski et la Transcanadienne.

4. Le loup terrier de la Vallée-de-la-Bow

Photo floue d’un loup tenant sa proie (non identifiable) dans sa gueule.
L’image embrouillée du loup terrier, saisie au moyen d’une caméra à distance au parc national Banff.

Mettre du pain sur la table fait partie des tâches de n’importe quel pourvoyeur de soins. Mais marcher sur 20 kilomètres à travers un terrain difficile, avec les aliments dans la bouche? Ça, c’est du dévouement!

Au milieu de 2019, ce loup a tué une proie quelque part à l’est de la ville de Banff, dans le parc national Banff. L’animal a dû ensuite retourner vers l’ouest, pour revenir dans sa tanière, dans la région de Hillsdale, à travers la Vallée-de-la Bow, en Alberta, une région de forte utilisation humaine. Heureusement, Parcs Canada maintient et protège plusieurs couloirs fauniques dans cette localité. De plus, l’Agence ferme régulièrement la région de Hillsdale au cours de la saison de mise bas des loups. Malgré tout, ce loup a dû rester du côté sécuritaire des terrains de camping, des routes, de la voie ferrée, d’une piste d’atterrissage, du site de la ville de Banff … et des humains curieux.

Le loup a été photographié à deux reprises par caméra à distance, transportant sa proie dans sa gueule. La proie est difficile à identifier mais, peu importe, cela aurait été un spectacle bienvenu pour les chiots loups affamés!

5. Le renard polaire « citoyen du monde »

Sir John Franklin, explorateur de l’Arctique, aurait salué ce jeune renard polaire femelle. Les horizons l’ont attiré comme un aimant, juste comme ils ont attiré Franklin.

Doté d’un dispositif de repérage par satellite à Spitsbergen, en Norvège, en mars 2018, ce renard a traversé la glace de mer pour se rendre au Groenland et, en fin de compte, à l’île Ellesmere, au Canada. Elle a parcouru 3 506 kilomètres en 76 jours—l’un des plus longs voyages de tous les temps enregistrés par un renard. Ses allées et venues sont maintenant inconnues, son émetteur spatial ayant cessé de fonctionner en février 2019.

Comme pour Franklin, la glace de mer a joué un rôle important dans son voyage—mais en tant que pont et non pas en tant qu’obstacle. Tandis que les agents de protection de la nature travaillent dur à relier les écosystèmes dans les régions du sud peuplées, la nature fait ce travail dans le nord, avec la glace de mer. Mais la fonte de la glace de mer pourrait menacer certaines parties de ce pont, qui permet aux populations arctiques d’animaux de se mélanger.

Un homme tient un petit renard de couleur foncée qui porte un dispositif de repérage autour de son cou.
Le renard femelle doté d’un collier satellite à Spitsbergen, en Norvège. Photo : Elise Strømseng.