Les milieux humides sont des systèmes d’ingénierie naturels, possédant une faune riche, et qui gardent notre environnement en santé.


Les milieux humides se trouvent entre deux mondes – un mélange d’eau et de sol, de beauté et de boue. Ils sont de ce fait peu étudiés et souvent mal-aimés.

Ils sont peu étudiés en partie parce qu’ils ne sont ni des milieux terrestres ni des milieux aquatiques, mais plutôt quelque part entre les deux, explique Mme Chantal Vis, une spécialiste des écosystèmes aquatiques chez Parcs Canada.

« Il y a des limites à ce que vous pouvez faire à partir de la terre ferme, » explique-t-elle, « et il y a des limites à ce que vous pouvez faire à partir d’un bateau. »

Ils sont mal-aimés, car plusieurs personnes les considèrent comme des terrains vagues. Dans le passé, ils étaient souvent drainés afin de donner place à l’agriculture et au développement. Cette tendance se poursuit aujourd’hui. Le sud de l’Ontario a perdu jusqu’à 68 pour cent de ses milieux humides, tandis que les zones urbaines des prairies ont perdu jusqu’à 96 pour cent des siens.

Dans la culture populaire, les milieux humides sont souvent associés aux serpents, à des monstres et autres éléments ténébreux variés. « Le marécage possède des milliers d’yeux », chantait Jim Stafford dans sa chanson à succès de 1973 « Swamp Witch », « et chacun d’eux vous regarde. »

Si Jim Stafford avait voulu refléter la vérité à propos des marécages et des autres milieux humides, il aurait probablement inclus un passage à propos des « services écosystémiques… et ils travaillent tous pour vous ». Les milieux humides procurent une multitude de services qui vont de l’entreposage du carbone au contrôle des inondations et de la pollution.

il n’y avait aucune raison d’être affolé par tous ces yeux, Jim. Ils ne sont qu’un signe de richesse biologique.


Un oiseau aquatique coloré perché sur de la végétation de milieu humide.
Une talève violacée dans un milieu humide du parc national de la Pointe-Pelée, en Ontario.

Les bénéfices des milieux humides

Tout d’abord, les milieux humides sont des biofiltres. Lorsque l’eau les traverse, les sédiments se déposent au fond. Les polluants se trouvant dans les sédiments sont décomposés par des microbes.

La végétation des milieux humides peut également filtrer les polluants : les quenouilles et les scirpes, par exemple, peuvent absorber les métaux lourds toxiques et les résidus de fertilisants.

Ce n’est donc pas surprenant que les milieux humides soient parfois appelés « les reins de la nature ». En tant que récepteurs en aval des déchets humains et naturels, ils sont souvent utilisés pour transformer les territoires dégradés tels que des dépotoirs et des étangs d’eaux usées.

En plus de servir de filtres à eau, les milieux humides effectuent un contrôle des inondations et de l’érosion en ralentissant et en absorbant l’eau. Pendant les périodes sèches, ils relâchent l’eau qu’ils ont emmagasinée.

Mais leur travail ne se limite pas à l’écosystème local. Les milieux humides absorbent le dioxyde de carbone, un gaz à effet de serre et un participant important au changement climatique. Cela est d’autant plus vrai pour les tourbières, qui contiennent de la tourbe (matière organique partiellement décomposée).

Finalement, les milieux humides sont des « supermarchés écologiques » en matière de diversité biologique. Les scientifiques estiment qu’environ un tiers de toutes les espèces en péril nord-américaines dépendent des milieux humides. Dans plusieurs parties du monde, les milieux humides fournissent également du carburant et des matériaux de construction.

Un homme et une femme observent un milieu humide à partir d’une plateforme de bois.
Des randonneurs observent des barrages de castor à partir d’une promenade de bois dans le parc national Elk Island en Alberta

Un guide de poche pour ce qui est trempé et visqueux

Si vous avez vu un milieu humide, vous les avez tous vous, n’est-ce-pas? Pas exactement. Voici les cinq principaux types de milieux humides identifiés dans le système de classification canadien des milieux humides (Canadian Wetland Classification System - en anglais seulement).

  • marécage – un milieu humide riche en nutriments qui est dominé par la végétation ligneuse (arbres et arbustes).
  • marais – un autre type de milieu humide riche en nutriments, mais celui-ci est caractérisé par des plantes herbacées comme les quenouilles, les roseaux, les joncs et les carex.
  • tourbière ombrotrophe – un milieu humide acide, pauvre en nutriments et contenant de la tourbe (matière organique partiellement décomposée). Les tourbières ombrotrophes sont principalement alimentées par la pluie, la brume et la neige.
  • tourbière minérotrophe – semblable à la tourbière ombrotrophe, car elle contient de la tourbe, mais les tourbières minérotrophes sont alimentées en eau par d’autres sources que les précipitations, et ne sont pas acides.
  • milieux humides d’eau libre peu profonds – petites étendues d’eau stagnante (étangs et bourbiers).

Prendre le castor en exemple


Le parc urbain national de la Rouge, en Ontario, connaît la valeur des milieux humides. En travaillant avec la « Toronto and Region Conservation Authority », les écoles, les organisations communautaires et les partenaires autochtones, le parc a restauré plus de 60 hectares d’habitats situés dans des milieux humides, ruisseaux et rives depuis 2015.

Le travail de restauration implique souvent la création de milieux humides là où l’habitat humide existait dans le passé. Selon Julia Phillips, écologiste à la Rouge, il ne suffit pas de « creuser un trou et le remplir d’eau. »

Une grenouille se camouflant sur un nénuphar
Une grenouille léopard sur un nénuphar dans le parc urbain national de la Rouge en Ontario

« Nous étudions les lignes de drainages, et dans certains cas, les endroits où nous pourrions installer une berme pour retenir plus d’eau dans le milieu », explique-t-elle. « Nous essayons de penser comme des castors. »

En collaboration avec la « Toronto and Region Conservation Authority », Mme Phillips et son équipe ont créé ou restauré plusieurs milieux humides dans le parc, notamment certains se trouvant près de zones agricoles. Non seulement les milieux humides filtrent-ils les eaux de ruissellement des terres agricoles, mais ils réduisent également les inondations des champs subies par les fermiers, car l’eau a un endroit où aller.

En restaurant et en créant des milieux humides, explique Mme Phillips, « nous recréons ce paysage spongieux qui se trouvait à cet endroit à l’origine. »

Le travail effectué à la Rouge et dans d’autres parcs nationaux souligne l’importance des milieux humides comme des systèmes d’ingénierie naturels qui gardent le monde vivant en santé. « C’est le type d’habitat qui a subi les plus grandes pertes, » explique Mme Chantal Vis. « Ils font tellement de choses pour nous, et nous ne les valorisons pas autant que nous le devrions. »

Quelqu’un devrait écrire une chanson avec ces paroles.


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