La réserve de parc national de l’île-de-Sable est une zone sensible pour des espèces uniques et de rares phénomènes naturels.


On y trouve 400 000 phoques gris, 500 chevaux sauvages...et un arbre.

La réserve de parc national de l’île-de-Sable est une île en forme de croissant de 42 kilomètres de long, située à 161 kilomètres de la côte de la Nouvelle-Écosse, près du plateau continental.

Les îles fascinent souvent les scientifiques, car leur isolement au cours de l’évolution en fait l’habitat d’espèces uniques. L’île de Sable n’y fait pas exception, et ses 400 ans d’histoire de l’humanité ajoutent à sa riche combinaison biologique.

Voici quelques-unes des curiosités naturelles qui font de ce lieu élémentaire un tel attrait pour les scientifiques et les visiteurs.

1. Une abeille de la taille d’une fourmi

halicte de l’île de Sable.
Photo : John Klymko

L'halicte de l’île de Sable n’a pas la vie facile. Les vents rendent le vol difficile et les célèbres chevaux sauvages de l’île peuvent piétiner les plantes dont les abeilles ont besoin pour y butiner leur pollen et leur nectar.

Mais les scientifiques pensent que l’halicte de l’île de Sable persiste dans l’île depuis le retrait de la dernière ère glaciaire, lorsque le niveau de la mer est monté suffisamment haut pour empêcher l’insecte d’atteindre le continent.

Pollinisateur essentiel pour l’île, l’abeille ne se trouve nulle part ailleurs dans le monde et est classée comme espèce menacée selon la Loi sur les espèces en péril du Canada. Parcs Canada travaille avec ses partenaires, notamment l’Institut de l’île de Sable, le Musée d’histoire naturelle de la Nouvelle-Écosse, l’Université du Manitoba et l’Université Brock, pour mieux comprendre la biologie de l’abeille.

En anglais, l'halicte de l’île de Sable s'appelle « the sweat bee » (l’abeille de la sueur). Mais bien sûr, l’abeille ne transpire pas : cette famille d’abeilles a été ainsi nommée parce que certaines espèces aiment se nourrir de la transpiration humaine.

2. La pouponnière du phoque gris

Phoques gris avec vagues déferlantes en arrière-plan
Saison de reproduction des phoques gris dans la réserve de parc national de l’île-de-Sable. Photo : Debra Garside.

Par beau temps ou mauvais temps, vos sens sont constamment en éveil à l’île de Sable.

Les brisants viennent se fracasser sur le rivage et se retirent avec un léger sifflement. L’air est rempli de parfums d’algues et de plantes sauvages aromatiques comme le myrique et le genévrier. Par temps clair, l’horizon semble infini.

Pendant la saison de reproduction des phoques, cette frénésie des sens est décuplée.

De fin décembre au début février, les plages de l’île de Sable deviennent un peu surpeuplées et jusqu’à 400 000 phoques gris débarquent pour s’accoupler et mettre bas. L’île étant exempte de prédateurs, elle constitue une parfaite pouponnière. En fait, c’est la plus grande colonie de reproduction de phoques gris du monde.

Lorsqu’il décrit cette colonie, Paul LeBlanc, technicien en évaluation pour Pêches et Océans Canada, écrit : « La cacophonie de gémissements, de sifflements et de grognements... est assourdissante. » Quant à l’odeur, il ajoute : « c’est une chose qui ne peut être décrite qu’en en faisant l’expérience soi-même ».

3. La poignée de sable en vol

Un petit moineau perché sur une brindille
Le bruant d’Ipswich (photo : Frederica Jacks).

L’île de Sable fait partie d’une voie de migration essentielle, et de nombreuses espèces d’oiseaux (plus de 350) y passent. Et il y a un oiseau que tout le monde est toujours heureux de voir, le bruant d’Ipswich.

Un mystère est associé à cet oiseau de couleur sable, aussi appelé le « bruant des prés de la sous-espèce princeps ». Il hiverne le long de la côte est de l’Amérique du Nord, mais il se reproduit presque exclusivement sur l’île de Sable.

Ce petit oiseau, écrit Andy Horn de l’Université Dalhousie et de l’Institut de l’île de Sable, « parie avec acharnement chaque printemps qu’il trouvera cette unique langue de sable dans l’immensité de l’océan ».

Pour mieux comprendre les habitudes de reproduction et de migration du bruant d’Ipswich, les chercheurs baguent les oiseaux et tentent ensuite de repérer le plus grand nombre possible d’individus dans les habitats d’hivernage et de nidification de l’espèce.

Au printemps 2020, l’équipe de recherche sur le bruant d’Ipswich n’a pas pu se rendre à l’île de Sable en raison de la pandémie de COVID-19, et le relevé de « relocalisation » du printemps a donc été réalisé par des employés de Parcs Canada.

4. Le fantôme asymétrique

Crâne de morse avec ses défenses intactes.
Crâne d’un morse des Maritimes trouvé sur l’île de Sable (photo : Brenna Frasier).

Toute île isolée recèle de reliques et présences disparues. Il arrive que les dunes de sable mouvantes de l’île de Sable mettent au jour des défenses, vestiges d’une population de morses autrefois présente dans toutes les Maritimes. Ces animaux ont fait l’objet d’une chasse intensive pour leur ivoire et ont été vus pour la dernière fois sur l’île à la fin des années 1800.

La biologiste Brenna Frasier, de l’Université St. Mary’s de Halifax, a affirmé que ce morse des Maritimes se distinguait – à la fois physiquement et génétiquement – de son homologue moderne de l’Arctique.

Des éléments de preuve provenant de l’île de Sable laissent à penser que la défense gauche du morse des Maritimes avait tendance à être plus courte que la droite. Dre Frasier et ses co-auteurs émettent l’hypothèse que cela démontre une « préférence manuelle » du morse des Maritimes. Tout comme les humains peuvent utiliser de façon préférentielle une main, les morses préféraient une nageoire et une défense pour chercher leur nourriture dans les fonds marins.

5. L’arbre qui existe à peine

Un petit pin décoré de boules de Noël.

L’île de Sable n’a qu’un seul arbre – et ce n’est pas vraiment un point de repère. « Il est plutôt rachitique », dit Dan Kehler, l’écologiste de Parcs Canada pour l’île de Sable. « Je dois le signaler aux visiteurs car bien souvent, ils ne le voient pas. »

L’arbre est un pin sylvestre, le seul survivant d’un ensemble d’arbres plantés dans les années 1950. (Le vent, le sol instable et les embruns salins rendent l’île hostile pour les jeunes arbres.)

L’arbre ne semble pas jouer un grand rôle dans l’écosystème insulaire, mais il a sa place dans le sous-écosystème humain. Chaque Noël, les gardiens de l’île le décorent avec amour, et le vaillant petit pin devient alors un emblème de bonne humeur de courte durée.

6. Et bien sûr... les chevaux

Deux chevaux de l’île de Sable.
Les chevaux de l’île de Sable vivent à l’état sauvage et sont considérés comme une espèce naturalisée. Photo: Brinton Photography.

Vous pouvez ne rien savoir d’autre sur l’île de Sable, mais vous avez probablement entendu parler de ses chevaux sauvages. Ils ont été peints, photographiés, filmés; on en a fait des histoires et on a fait de l’argent à leur effigie en les représentant sur une pièce de cinq dollars de la Monnaie royale canadienne.

Les chevaux de l’île de Sable sont des descendants d’un troupeau de chevaux domestiqués qui ont probablement été introduits sur l’île dans les années 1700. On les considère comme une « espèce naturalisée » faisant partie intégrante de l’écosystème. Ils ne vivent et ne se reproduisent pas comme des animaux domestiqués et ne dépendent pas des humains pour survivre.

À ce titre, les chevaux sont désormais protégés par la Loi sur les parcs nationaux du Canada et par le Règlement sur la faune des parcs nationaux du Canada.


Une île sablonneuse sauvage balayée par le vent

Vidéo : Découvrez la réserve de parc national de l’Île-de-Sable