Des espèces de mauvaises herbes envahissent la forêt endommagée

Lorsque nous pensons aux parcs nationaux du Canada, nous pensons habituellement aux forêts vierges. Dans les parcs nationaux du Canada Terra-Nova et du Gros-Morne, cependant, les forêts ne sont pas saines. Les jeunes arbres sont disparus du sous étage, la diversité naturelle des plantes et des animaux indigènes est en déclin et le processus de régénération de la forêt est interrompu. La recherche et la surveillance à long terme ont démontré que le broutage intense par les orignaux pendant des décennies a interrompu le processus normal de régénération de la forêt.

L’orignal : une espèce non indigène

L’orignal a été introduit dans l’île de Terre-Neuve il y a un peu plus de 100 ans. Sur un territoire où la nourriture était abondante, les prédateurs, rares, et les maladies, presque inexistantes, la population d’orignaux a connu un essor spectaculaire. Même si l’écologie des forêts du parc national Terra-Nova diffère légèrement de celle du parc national du Gros-Morne, les deux aires protégées doivent maintenant gérer les effets d’un nombre anormalement élevé d’orignaux.

Jeunes sapins dont les branches sont broutées jusqu’au tronc

Gestion de la population d’orignaux

Parcs Canada est aux prises avec un choix difficile. Si rien n’est fait pour régler le problème de la surabondance d’orignaux, il restera bientôt peu de forêt. La recherche, la consultation locale et l’expertise d’autres organismes de partout dans le monde qui se sont heurtés à des problèmes similaires montrent qu’il y a peu de solutions. Le consensus est qu’il faut réduire la population d’orignaux. Parcs Canada a élaboré un plan de gestion des espèces en surpopulation qui permet de réduire la population d’orignaux par la chass. Le plan est en application depuis l’automne 2011.

La population d’orignaux est gérée en collaboration avec la division des espèces sauvages du gouvernement de Terre-Neuve-et-Labrador. Une des stratégies consiste à utiliser le système provincial de délivrance de permis de chasse au gros gibier. D’autres stratégies seront mises en oeuvre afin d’accélérer le rétablissement de la forêt, comme le contrôle des mauvaises herbes envahissantes et la plantation d’arbres.

Mode de fonctionnement normal de la forêt

Normalement, la forêt boréale se régénère par elle même. Les vieux arbres tués par les insectes, les maladies et les tempêtes de vent sont généralement remplacés par les gaules qui ont poussé lentement sous leur ombre et par les semis qui ont été stimulés par la lumière du soleil atteignant le tapis forestier. C’est de cette façon que la forêt se régénère génération après génération. Mais les orignaux ont interrompu ce cycle naturel dans les parcs nationaux de Terra-Nova et du Gros-Morne.


Des sapins effondrés le long d’une piste autrefois boisée

Qu’arrive t’il à la forêt du parc national du Gros-Morne?

Le parc national du Gros-Morne a été créé en 1973, et depuis, il est interdit de chasser l’orignal à l’intérieur de ses frontières. Le nombre d’animaux a grimpé jusqu’à ce que la forêt commence à présenter des signes évidents de perturbation. En 1998, le parc comptait environ 7 800 orignaux et on se préoccupait de plus en plus du sort des forêts. Le plus récent relevé, effectué en 2007, a indiqué que la population d’orignaux avait diminué à 4 800; toutefois, leur densité dans la forêt des basses terres du parc national du Gros-Morne demeure encore de 5 à 20 fois plus élevée qu’ailleurs au Canada.

Un peuplement de forêt converti en pré par le broutage des orignaux — il ne reste que de l’épinette noir. Au loin, on aperçoit le mont Gros-Morne

Les orignaux sont de grands mangeurs. En été, les orignaux se nourrissent de végétation feuillue à croissance rapide; c’est cependant en hiver qu’ils endommagent le plus la forêt, car ils dépendent des brindilles à croissance lente des plantes ligneuses pour se nourrir. Chaque original peut manger à lui seul 20 kilogrammes de brindilles par jour. Au cours d’un hiver, 4 800 orignaux consomment donc une grande partie de la forêt.

Le cycle de la régénération de la forêt est interrompu. Aujourd’hui, 65 km2 du parc (soit l’équivalent de 41 156 patinoires de la LNH), qui constituaient autrefois une forêt en santé, se sont convertis en prés dépouillés par les orignaux et en vestiges de peuplements. Dans cette forêt perturbée, 75 % du territoire ne contient plus assez de jeunes arbres pour se régénérer lorsque meurent les arbres mûrs. Les mauvaises herbes indigènes et non indigènes à croissance rapide envahissent les clairières des peuplements de forêt endommagée et étouffent les jeunes arbres qui tentent de croître.

Plusieurs espèces d’oiseaux forestiers sont en déclin à mesure que leur habitat de nidification disparaît. Des parcelles de suivi montrent que la diversité des espèces de plantes du sol forestier a diminué de 25 %. Dans l’ensemble de la forêt, la quantité de plantes de consommation favorites des orignaux a diminué de 72 %. Vue des airs, l’étendue des dommages est évidente, et même où la forêt semble survivre, une grande partie n’est composée que d’arbres mûrs, sans jeunes arbres dans le sous étage pour les remplacer.


Un sapin baumier presque détruit par des originals

Qu’arrive t’il à la forêt du parc national de Terra-Nova?

Créé en 1957, le parc national dw Terra-Nova protège un territoire de 402 km2, dont 69 % est couvert de forêt. Les orignaux ont toujours été protégés dans le parc, et, vers le milieu ou la fin des années 1990, la population avait atteint son apogée à 650 individus. û l’heure actuelle, la population d’orignaux du parc est estimée à 130 bêtes, un effectif bien supérieur à ce que peut soutenir la forêt. En été, les orignaux se nourrissent de plantes à feuilles qui poussent rapidement; en hiver, ils dépendent des brindilles d’arbres qui croissent lentement. C’est pendant cette période qu’ils ont l’effet le plus marqué sur le sapin baumier. Chaque orignal peut manger 20 kg de végétation par jour.


Ce qui etait autrefois un forêt qui poussait bien, est maintenant une zone de pâturage pour des originals

La forêt est en train de disparaître

Jusqu’à présent, les orignaux ont, par leur broutement, altéré une superficie ahurissante de 73 km2 de forêt (sapins baumiers et feuillus mixtes) du parc national de Terra-Nova. De cette superficie, des parcelles totalisant 13 km2 ont été complètement transformées en champs, où il n’y a plus assez d’arbres pour permettre à la forêt de se régénérer. C’est l’équivalent de 8 231 pistes de hockey! Dans les forêts de sapins baumiers, les recherches montrent que les orignaux peuvent éliminer jusqu’à 98 % des arbrisseaux. Dans les forêts de feuillus mixtes, ils consomment en moyenne 82 % du viandis accessible. Les orignaux déciment également les arbustes du sous-étage, tels que la viorne cassinoïde, l’amélanchier du Canada, le faux houx, le sureau rouge, l’if du Canada et le framboisier sauvage.

La diversité des espèces s’appauvrit

Les orignaux ne font pas que nuire aux arbres et aux arbustes. Les forêts du parc national de Terra-Nova abritent de nombreuses espèces végétales et animales, y compris des espèces menacées et en voie de disparition. Les orignaux détruisent l’habitat de ces espèces et réduisent la diversité des plantes et des animaux présents dans le parc. Sans intervention, nous continuerons de perdre l’écosystème que le parc national de Terra-Nova est censé préserver et protéger.


Forêt de sapins en santé