Un chercheur de l'Université de l'Alberta travaille avec Parcs Canada pour aider à restaurer l'écosystème d’armoises dans le parc national des Prairies en Saskatchewan.


En parcourant la prairie ondulante éclairée par les vastes cieux, vous serez peut-être surpris par des bruits étranges, un court roucoulement suivi d’un « pop » semblable à un bruit d’éclatement. Quelqu’un sabre-t-il le champagne?

Non, mais il se peut que vous ayez assez de chance pour que ce bruit soit celui d’un Tétras des armoises mâle qui tente d’impressionner une femelle.

Cette espèce des prairies emblématique est présente dans les aires de répartition en déclin partout en Amérique du Nord. Elle est connue notamment pour sa parade nuptiale : les mâles se livreront à une danse en faisant gonfler les sacs œsophagiens situés sur leur poitrine. Ce jeu de séduction produit un son qui peut se faire entendre jusqu’à trois kilomètres à la ronde.

La parade nuptiale des Tétras des armoises (photo: Jon Groves)

Toutefois, cet appel amoureux se fait de plus en plus rare dans les prairies. Le Canada abrite maintenant moins de 400 Tétras des armoises.

Leur habitat d’armoises a diminué de 94 p. cent en raison des activités humaines comme l’agriculture et l’exploration de gisements pétrolifères et gazéifères.

Autumn Watkinson, une étudiante en doctorat au département de ressources renouvelables de l’Université de l’Alberta, s’efforce d’infléchir cette tendance. Sa thèse de recherche est consacrée à la restauration et à l’amélioration de l’habitat d’armoises au parc national des Prairies. Le parc abrite les deux dernières arènes de reproduction (lieux de parade nuptiale des mâles) de Tétras des armoises.

Dre M. Anne Naeth, spécialiste de la remise et de la restauration du terrain de l’Université de l’Alberta, et Dre Shelley Pruss, spécialiste pour la conservation des terrains à Parcs Canada, contribuent par leur savoir en supervisant la thèse de recherche de Mlle Watkinson.

Nouvelle démarche pour restaurer les plants d’armoises argentées

Autumn Watkinson étude l'armoise argentée (Artemisia cana).

...[U]ne distance sans limites, un horizon qui ne limitait pas le paysage, mais qui, au contraire, ne faisait que suggérer l’au-delà infini… C’est un pays qui forme des gens mystiques, des gens égocentriques, peut-être des poètes, mais pas d’humbles êtres humains...

L’écrivain américain Wallace Stegner, qui a passé une partie de son enfance en Saskatchewan, a décrit le paysage des Prairies comme étant

L’armoise argentée est un arbrisseau aromatique des prairies pouvant atteindre jusqu’à deux mètres de hauteur. Sans elle, le Tétras des armoises ne peut survivre, car il en dépend pour se nourrir, pour établir son site de nidification et pour se protéger des prédateurs.

Toutefois, la restauration de l’armoise s’avère très ardue. Les méthodes de restauration habituelles telles que la plantation d’individus cultivés en serre, affichent un taux de réussite de 25 % seulement.

Mlle Watkinson envisage actuellement une méthode qui aide à préparer l’armoise cultivée en serre pour sa survie après la plantation. La méthode consiste à donner aux plantes des nutriments, en quantités et à des fréquences différentes pour favoriser la croissance des racines et le stockage d’hydrates de carbone.

« Nous avons mis à l’essai différentes quantités et différentes périodes d’apport de nutriments », raconte Mlle Watkinson. « Nous avons observé jusqu’ici une meilleure croissance des racines dans un certain nombre de traitements. Reste maintenant à savoir si cela se traduira par une meilleure survie et croissance sur le terrain. »

La méthode de charge en nutriments a réussi, à des degrés différents, avec d’autres plantes ligneuses, telles que le pin, l’épicéa et le chêne, mais c’est la première fois qu’elle sera appliquée à une espèce d’arbuste.

La disparation de l’armoise : Que va-t-il se passer?

Des Tétras des armoises

« L’armoise ne contribue pas uniquement à la préservation d’un bel oiseau, » poursuit Autumn Watkinson. « Les prairies tempérées sont l’un des écosystèmes les plus menacés sur terre. Advenant la disparation de l’armoise, d’autres espèces de cette région pourraient être également appelées à disparaître. »

Parmi les espèces en péril dans le parc national des Prairies, mentionnons la chevêche des terriers, le pluvier montagnard, le moqueur des armoises, le renard véloce, la pie-grièche migratrice et le faucon pèlerin.

Mlle Watkinson espère que sa recherche permettra d’utiliser les meilleures pratiques de gestion qui soient pour restaurer l’armoise partout en Amérique du Nord. Son objectif est le même que celui de Parcs Canada : veiller à ce que le Tétras des armoises mâle continue sa parade nuptiale pendant encore longtemps.