Quelle sera l’incidence du changement climatique sur les parcs nordiques comme le parc Tuktut Nogait? Pour le savoir, Parcs Canada et ses partenaires s’en remettent à la fois à la science et au savoir autochtone.


Paul Zorn n’aurait jamais cru qu’un petit animal comme le lemming puisse jouer un rôle si important dans l’évolution du paysage du parc national Tuktut Nogait

Cela fait six ans que cet écologiste de surveillance de Parcs Canada contribue à un projet majeur entre plusieurs partenaires, intitulé « Climate Change Vulnerability Assessment in Northern National Parks » (Évaluation de la vulnérabilité des parcs nationaux du Nord au changement climatique).

L’un des objectifs de ce projet est d’étudier les répercussions éventuelles du changement climatique sur la faune nordique. Dans le premier rapport scientifique découlant de cette étude, le lemming était décrit comme « extrêmement vulnérable » (au même titre que l’ours polaire) au changement climatique dans le parc national Tuktut Nogait.

Et si le lemming en souffre, c’est également le cas de ses prédateurs comme le renard arctique et le renard roux.

C’est là, d’après M. Zorn, l’un des enseignements que nous tirons de l’élaboration de scénarios en matière de changement climatique : « certaines des choses les moins évidentes peuvent avoir les plus grosses conséquences. »

L'avenir d'un parc

Photo du scientifique Paul Zorn dans la toundra

Paul Zorn sur le terrain

Comme le disait le célèbre joueur de baseball Yogi Berra, il est difficile de faire des prévisions, surtout concernant le futur.

Pour comprendre l’avenir du Nord, M. Zorn et ses collègues ont dû d’abord appréhender son passé et son présent.

L’équipe a recueilli des images satellites pour documenter l’évolution de la végétation et des habitats dans douze parcs du Nord sur une période de 30 ans. Elle a également établi de nouveaux programmes de surveillance pour ces douze parcs afin de créer un « réseau panarctique pertinent pour détecter le changement », d’après M. Zorn.

Pour trois parcs pilotes du groupe (Auyuittuq, Tuktut Nogait et Ukkusiksalik), les chercheurs sont allés encore plus loin.

Ils ont interrogé des détenteurs du savoir autochtone sur la terre et la faune, étayant ainsi les faits scientifiques par des expériences personnelles.

Il y a 50 ans en arrière, aucun programme de surveillance des parcs n’existait. Mais bon nombre des détenteurs du savoir sont nés et ont grandi dans le parc. Ils ont pu évoquer des souvenirs de leur enfance.

Paul Zorn, écologiste de surveillance
Parcs Canada

Grâce à la science et au savoir autochtone, les chercheurs ont tenté d’aborder l’avenir des trois parcs pilotes en vue d’étudier la vulnérabilité de 16 espèces d’animaux.

En ce qui concerne Tuktut Nogait, les chercheurs ont conclu que l’ours polaire et le lemming du Groenland étaient les espèces les plus susceptibles de souffrir du changement climatique.

Des hivers et étés fluctuants pourraient perturber l’alimentation et l’habitat du lemming, le rendant plus vulnérable aux prédateurs. L’ours polaire pourrait, lui, souffrir de la diminution de la glace de mer.

Partenaires du projet d’évaluation de la vulnérabilité de Tuktut Nogait au changement climatique :

  • Le Centre ontarien de ressources sur les impacts climatiques et l’adaptation
  • Département de géographie et des études environnementales, Université Wilfrid Laurier
  • Paul Gray, consultant privé
  • Paulatuk Hunters and Trappers Committee, Paulatuk (T.-N.-O.)

Chutes La Roncière, parc national Tuktut Nogait

Paul Zorn souligne le fait que pour d’autres parcs, les vulnérabilités peuvent varier. D’après lui; « on ne peut pas mettre tous les parcs nordiques dans le même sac ».

Toutefois, grâce à ces deux premiers rapports, le parc national Tuktut Nogait peut désormais envisager des mesures d’adaptation pour les années à venir. Cela sous-entend, par exemple, de prioriser les recherches sur la faune en fonction de la vulnérabilité.

Enfin, Parcs Canada envisagera l’avenir des autres parcs nordiques en se référant à la science et au savoir autochtone.

« Cette étude a permis notamment la création d’un groupe de travail dédié au savoir autochtone, a ajouté M. Zorn. L’objectif maintenant est de s’appuyer sur ce groupe de façon continue pour recueillir ses observations et les intégrer au programme de surveillance. »

Vidéo : Paul Zorn explique le phénomène lié au changement climatique appelé erreurs phénologiques.