Projetez-vous dans trente ans. Aurez-vous encore l’occasion d’observer vos oiseaux préférés dans votre parc national local? Parcs Canada et ses partenaires ont collaboré à une étude nationale visant à comprendre les effets des changements climatiques sur les populations d’oiseaux.


Les oiseaux ont une capacité étonnante à évoquer les humeurs, les paysages et les saisons. Le cri d’un huard évoque un lac sauvage. Le cri d’une volée d’oies volant en formant un V signale la fin de l’été. Par une journée glaciale de janvier, alors que les bois dénudés qui vous entourent semblent minéralisés par le froid, le tapotement lointain d’un pic rappelle que la vie continue même au cœur de l’hiver.

Les oiseaux enrichissent notre expérience de la nature par leurs couleurs, leurs chants et leurs modes de vol. Mais comment notre expérience va-t-elle évoluer au cours des trente prochaines années, alors que les populations d’oiseaux se déplacent en fonction des changements climatiques?

Comme le disait le grand joueur de baseball Yogi Berra, il est difficile de faire des prévisions, surtout en ce qui concerne l’avenir. La vue d’ensemble sur les changements climatiques n’apparaît pas instantanément, comme une autophoto; nous la construisons au fil du temps, à mesure qu’une plus grande quantité de données est analysée et que les modèles sont révisés.

Bien que nous ne puissions pas prédire exactement les impacts futurs du changement climatique, nous savons que les aires protégées continueront d’être la pierre angulaire de nos efforts de conservation dans des conditions climatiques changeantes en protégeant les habitats, aujourd’hui et à l'avenir. La planification et l'adaptation sont donc essentielles.

C’est pourquoi Parcs Canada s’est associé à la National Audubon Society (États-Unis), au Service canadien de la faune et à Oiseaux Canada dans le cadre d’une étude nationale sur les oiseaux et les changements climatiques. S’appuyant sur une étude antérieure visant les populations d’oiseaux dans les parcs nationaux américains, les partenaires ont exploré les changements qui pourraient survenir dans les parcs nationaux et les aires marines nationales de conservation du Canada au cours des trente prochaines années.

M. Scott Parker (Ph.D.), scientifique de l’écosystème de Parcs Canada, a dirigé l’équipe de Parcs Canada qui a contribué à l’étude.

Faucon pèlerin en vol.
Le Faucon pèlerin, l’une des 434 espèces d’oiseaux dont l’aire de répartition future dans les sites de Parcs Canada a été modélisée dans le cadre de l’étude. (Photo : Darroch Whitaker)

L’étude a porté sur le taux de « renouvellement » de l’assemblage d’espèces d’oiseaux—c’est-à-dire le changement dans la composition des espèces—pour chaque site. Si l’on fait la moyenne de tous les sites, l’équipe prévoit un renouvellement de 25 % des espèces en été et de 30 % en hiver d’ici 2050 (en supposant que le taux actuel élevé d’émissions de gaz à effet de serre se maintienne).

Le taux le plus élevé de changement d’espèces devrait se trouver dans les sites des régions de l’Atlantique et de l’Arctique.

Par exemple, alors des espèces actuelles s’en vont et que de nouvelles espèces arrivent, le Parc national des Monts-Torngat à Terre-Neuve-et-Labrador devrait connaître un renouvellement de 50 % de l’assemblage des espèces estivales et de 70 % de l’assemblage des espèces hivernales.

Changements climatiques – vue d’ensemble

Chaque espèce d’oiseau possède un ensemble unique de tolérances environnementales—exigences en termes de températures saisonnières, de régimes de précipitations, de zones de nidification et d’alimentation, de périodes de reproduction, etc. Lorsque ces conditions changeront, les oiseaux devront s’adapter pour survivre.

De nombreuses espèces déplaceront leur aire de répartition et, à mesure que cela se produira, tous les sites de Parcs Canada devraient connaître des changements dans la composition des espèces – tant sur le plan de la colonisation, lorsque de nouvelles espèces s’installeront, que sur celui de la disparition, lorsque certaines des espèces existantes ne pourront plus survivre dans la région.

C’est déjà le cas dans des endroits comme le parc national des Monts-Torngat. Les observations sur le terrain effectuées par le personnel du parc ont montré que les oiseaux à la limite de la zone arborée boréale septentrionale étendent leur aire de répartition vers le nord dans le parc (qui fait partie de l’écozone de la Cordillère arctique).

Paruline rayée.
La Paruline rayée, un oiseau chanteur commun dans la forêt boréale septentrionale, est désormais une espèce nicheuse régulière à plusieurs endroits dans le parc national des Monts-Torngat. (Photo : Darroch Whitaker)

Mais d’autres oiseaux peuvent avoir du mal à modifier leur aire de répartition. Ils ont une combinaison très précise d’exigences en matière d’habitat qui peuvent ne pas être satisfaites dans un climat changeant—parce que (par exemple) il peut y avoir des décalages de plusieurs décennies, voire des siècles, avant que leur habitat privilégié ne puisse s’adapter au climat changeant.

Le Bruant à face noire en est un exemple. Il se reproduit principalement près de la limite de la zone arborée dans le nord du Canada et est le seul oiseau chanteur qui se reproduit exclusivement dans ce pays. Selon les prévisions de la National Audubon Society, il perdra 99 % de son aire de répartition estivale, la marge entre la toundra et la forêt étant particulièrement vulnérable aux changements climatiques. L’oiseau pourrait ainsi disparaître du parc national Wapusk au Manitoba pendant les mois d’été.

Que réserve l’avenir aux oiseaux que nous aimons?

Plongeon huard – Comme il déplace son aire de répartition vers le nord, le Plongeon huard pourrait disparaître pendant les mois d’été des parcs nationaux des latitudes moyennes du centre et de l’est du Canada, notamment le parc urbain national de la Rouge, le parc national des Mille-Îles, le parc national Kouchibouguac et le parc national des Hautes-Terres-du-Cap-Breton.

Gélinotte huppée – Connue pour son « tambourinage » de parade nuptiale, où le mâle bat rapidement des ailes, la Gélinotte huppée pourrait également déplacer son aire de répartition vers le nord et disparaître des parcs des latitudes moyennes en Ontario.

Faucon pèlerin – Bien que le climat de quelques sites du sud ne convienne plus à cette espèce, la majorité des sites de Parcs Canada connaîtront des conditions stables ou en amélioration en été. Plus précisément, douze sites devraient connaître une colonisation potentielle par cette espèce en hiver.

Refuges climatiques

À mesure que les oiseaux s’installent dans les aires protégées d’Amérique du Nord, ces dernières deviendront de plus en plus vitales en tant que « refuges climatiques ». Il s’agit de lieux où les effets des changements climatiques sont tempérés par certaines caractéristiques naturelles, permettant aux espèces vulnérables de survivre.

Par exemple, les montagnes permettent aux espèces tempérées de se déplacer vers le haut des pentes, vers des zones climatiques plus fraîches. Les lacs peuvent absorber la chaleur et produire des brises rafraîchissantes. Les îles situées dans des aires protégées se trouvent souvent hors de portée des incendies de forêt (dont la fréquence devrait augmenter avec les changements climatiques). Les pentes orientées au nord sont souvent plus fraîches que celles orientées au sud.

Un groupe d'ornithologues.
Les données fournies par les ornithologues amateurs peuvent contribuer à la recherche scientifique.

Avec de telles caractéristiques environnementales, les refuges climatiques deviennent une sorte de marigot (au sens positif du terme) où les effets des changements climatiques sont atténués et moins immédiats.

Les habitats et les conditions peuvent rester appropriés pendant des périodes plus longues. La faune dispose alors d’un peu de temps pour survivre et même s’adapter dans un endroit relativement exempt des autres facteurs de stress auxquels elle est confrontée, tels que le développement humain et la perte d’habitat.

Parcs Canada gère et restaure activement les écosystèmes, et chaque site devra réagir à sa façon au renouvellement des espèces.

Des recherches et des analyses supplémentaires sont nécessaires pour déterminer où les refuges climatiques profiteraient aux espèces les plus touchées par le changement climatique. La protection et la restauration des refuges climatiques pourraient réduire le renouvellement des espèces d'oiseaux et fournir des habitats «tremplin» à travers le paysage pour aider les espèces à élargir leur aire de répartition. Réduire les perturbations autour des zones de nidification, ou une meilleure connexion des paysages à l'intérieur et à l'extérieur des parcs, pourraient également aider les espèces d'oiseaux au fil du temps.

Quoi qu’il en soit, la gestion simultanée de la persistance et du changement deviendra un défi croissant pour les parcs.

Cette étude sur les oiseaux et les changements climatiques fait prendre conscience à tous les amateurs d’oiseaux de la nécessité d’agir sur les changements climatiques. Les scientifiques estiment que nous disposons d’une période de dix ans pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et limiter la hausse de la température mondiale à 1,5 degré. Si nous n’agissons pas maintenant, dit M. Scott Parker de Parcs Canada, « nous seront bloqués dans un changement, une trajectoire, qui auront de profondes conséquences pour les espèces et les écosystèmes qui nous tiennent tant à cœur et que nous nous efforçons de protéger ».

Ce que vous pouvez faire

  • Les études à grande échelle telles que celle décrite ici dépendent des données fournies par les ornithologues amateurs. Si certains parcs, comme le parc national de la Pointe-Pelée, disposent d’un inventaire complet des espèces, d’autres ont des listes très limitées. Vous pouvez soutenir la recherche scientifique en contribuant aux bases de données telles que iNaturalist.
  • Découvrez comment vous pouvez participer aux actions pour le climat. Pour obtenir des conseils sur la manière de réduire votre empreinte carbonique, consultez la page de Parcs Canada Des devises sur le thème des changements climatiques pour vos t-shirts. Consultez la page du gouvernement du Canada Défi de protection de la nature et découvrez d’autres moyens de lutter contre les changements climatiques.