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La glace est un paysage, un monde, un mode de vie. Elle peut prendre l’aspect d’une courtepointe de lumière et de mousse qui coule sur une paroi rocheuse, d’une autoroute pour les voyageurs animaux et humains ou encore d’une parure de givre pour les barbes et les cils.

Comme l’or ou le quartz, la glace naturelle est un minéral. C’est de l’eau qui a été refroidie au point où « les molécules sont soumises à la force de cristallisation », selon les termes du géologue du XIXe siècle John Tyndall. La glace peut être à la fois un objet d’art et un document d’archive : comme dans le roc, l’histoire de l’environnement est inscrite en son sein.

Mais l’empire de la glace rétrécit à mesure que la terre se réchauffe. Explorez la glace dans toute sa majesté et sa fragilité lors de cette visite de quelques « points chauds » gelés dans les parcs nationaux du Canada.

Glacier Athabasca, parc national Jasper, Alberta

Glacier Athabasca, 1917
Glacier Athabasca 2011
Le glacier Athabasca tel qu'il était en 1917 (à gauche) et en 2011 (à droite).

Un glacier est fait de neige accumulée qui a fini par former une épaisse masse de glace.

Les glaciers perdent du terrain partout dans les parcs des montagnes depuis 50 ans, en raison de la hausse des températures.

Les deux photos ci-dessus montrent le glacier Athabasca tel qu'il était en 1917 (à gauche) et en 2011 (à droite). (Images reproduites avec l’autorisation du Mountain Legacy Project et de Bibliothèque et Archives Canada.)

Ce glacier recule aujourd’hui d’environ 5 m par année et pourrait avoir complètement disparu en 2100.

Dän Zhür (glacier Donjek), parc national et réserve de parc national Kluane, Yukon

Le pied d'un glacier.
Dän Zhür (glacier Donjek), l'un des glaciers en crue de Kluane.

Les glaciers sont sujets à des flux soudains et rapides... rapides à l’échelle d’un glacier, s’entend.

C’est dans le parc national et réserve de parc national Kluane, au Yukon, que se trouve la plus grande concentration de glaciers en pleine expansion en Amérique du Nord. Le Dän Zhür (glacier Donjek) en fait partie. Au cours de sa dernière avancée, il a progressé suffisamment pour bloquer partiellement la rivière Donjek, ce qui a entraîné la formation d’un lac.

Le 13 juillet 2019, le barrage de glace s’est rompu et tout le lac s’est asséché en 36 heures. Voyez les images de cet événement sur notre page sur les surges glaciaires.

Comme tous les glaciers de Kluane, Dän Zhür perd chaque année une partie de sa masse glaciaire en raison de la hausse des températures due à la combustion de combustibles fossiles. Cela a entraîné une atténuation de l’ampleur des crues glaciaires et, globalement, un retrait du glacier.

Parures de givre à Churchill, au Manitoba

Gros plan du cil d’une femme recouvert de givre.
Givre sur les cils de Chantal Ouimet de Parcs Canada (photo de Keith McDougall).

Le givre est une couche de très petits cristaux de glace qui se forment lorsque la vapeur d’eau rencontre une surface de congélation.

Chantal Ouimet, écologiste de Parcs Canada, portait une parure de givre lorsqu’elle s’est promenée dans la ville de Churchill, au Manitoba. La température était de -30 degrés Celsius, et il n’y avait pas un souffle de vent. Par conséquent, l’humidité de ses yeux s’est transformée en givre, car aucun vent ne l’a emportée.

Churchill est la porte d’entrée du parc national Wapusk, qui protège l’une des plus grandes aires de reproduction des ours polaires au monde. Et, parlant des ours polaires...

L’impératrice des glaces

Une ourse polaire adulte et deux oursons sur un écoulement de glace
Ourse polaire et oursons dans le parc national Wapusk

Chaque automne, les ours polaires se regroupent au cap Churchill, dans le parc national Wapusk, et attendent que la glace marine se forme. Les ours polaires dépendent des glaces marines qui leur servent de plate-forme pour la chasse au phoque annelé, leur principale source alimentaire.

Polar Bears International et explore.org (en anglais seulement) ont installé une webcam au cap Churchill. Observez l’impératrice (et ses enfants impériaux) en action!

Pond Inlet, au Nunavut

Un jeune homme vêtu d’une veste orange vif.
Brian Koonoo de Parcs Canada

Voici Brian Koonoo, agent de gestion des ressources à Parcs Canada. Brian doit souvent traverser la glace de mer de la collectivité de Pond Inlet pour se rendre au parc national Sirmilik.

Les connaissances traditionnelles ont guidé les voyageurs de l’autre côté des glaces, mais avec les changements climatiques, ces connaissances deviennent de moins en moins fiables. Brian se sert donc de RADARSAT, un programme de satellite d’observation de la Terre par télédétection supervisé par l’Agence spatiale canadienne.

« RADARSAT est vraiment utile à ceux d’entre nous qui vivent dans les collectivités du Nord », de dire Brian.

Pingos : corps de terre, cœur de glace

Un pingo (petite colline de terre).
Le site canadien des pingos dans les Territoires du Nord-Ouest.

Le site canadien des pingos protège des formes de relief bien particulières de l'Arctique : des collines au noyau de glace appelées pingos.

Les pingos dominent la toundra et forment une toile de fond impressionnante pour la collectivité de Tuktoyaktuk, dans les Territoires du Nord-Ouest. Le site canadien des pingos comprend huit des 1 350 pingos de la région, notamment Ibyuk Pingo, le plus grand pingo au Canada .

Pendant des siècles, les pingos ont servi d'aides à la navigation pour les Inuvialuit (les habitants de l'ouest de l'Arctique). Ils offrent également une hauteur pratique pour repérer le caribou dans la toundra ou les baleines au large.

De glace et de neige

Un raquetteur dans un paysage hivernal.
Un raquetteur se rend au refuge Wheeler près du Col-Rogers, le cœur culturel du parc national des Glaciers.

Quel est le lien entre la glace et la neige?

Les flocons de neige se forment lorsque la vapeur d’eau dans l’atmosphère se transforme directement en glace, sans passer par le stade liquide. La neige se compose essentiellement de cristaux de glace qui tombent du ciel.

Comme l’a dit le paléontologue américain Loren Eiseley, il y a de la neige lorsque l’eau « s’échappe de la vapeur et du presque néant pour prendre forme ».

La visite du parc national des Glaciers, en Colombie-Britannique, est un incontournable pour ceux qui étudient la neige. Le mont Fidelity, dans le parc, est un des endroits qui reçoit les plus abondantes chutes de neige annuelles au Canada : 1 388 centimètres (45,5 pieds) par année.

Le marcheur des neiges au parc national Banff

Lynx en hiver.
Un lynx dans le parc national Banff.

Avec sa fourrure épaisse, ses longues pattes et ses « mains » en raquettes, le lynx tolère facilement le froid extrême et la neige profonde. On le voit rarement, car sa méfiance des humains est extrême.

Mais en 2013, Alex Taylor, de Parcs Canada, a filmé une mère lynx et son chaton près d’une section de la clôture faunique du parc le long de la Transcanadienne. Cette clôture routière (ainsi que les passages supérieurs et inférieurs pour animaux sauvages) a permis de réduire de plus de 80 % le nombre de collisions impliquant des véhicules et des animaux.

Attention aux « clumpets » et au « lolly »... et ne laissez pas votre chien s’aventurer sur la glace de chat!

Une plage couverte de glace en hiver.
Glace sur le rivage à la plage Dalvay, parc national de l'Île-du-Prince-Édouard (Photo de Lauren Gauthier)

Le Dictionary of Prince Edward Island English, de T.K. Pratt, contient une foule de mots et d’expressions utilisés par les insulaires pour décrire différents types de glace.

Les « clumpets » sont de gros morceaux de glace de mer flottante. Du « lolly », c’est de la glace molle, semi-congelée ou de la neige flottante. Et la « shell ice » est « une plaque ou une couche de glace mince sur une glace plus épaisse ». On l’appelle aussi « cat ice » (glace de chat) parce que, bien sûr, seul un chat peut y marcher sans la rompre.

En arrière-plan, on voit Dalvay Beach, dans le parc national de l’Île-du-Prince-Édouard. L’écosystème de la plage repose en fait sur la glace, en particulier sur la présence du « ice foot » (la pile de morceaux de glace qui s’empilent sur la plage en une ligne continue). Ce « pied de glace » protège les dunes des vents et des vagues provoqués par les tempêtes, et protège également les invertébrés qui vivent dans le sable. Les changements climatiques pourraient avoir une incidence sur la durée de la présence du « pied de glace ».