Près de 1 200 pionniers, majoritairement des Métis, sont installés dans les régions de Batoche et de St. Laurent. Le village de Batoche est fondé en 1872 lorsque Xavier Letendre, y établit un service de traversier et y construit un magasin. En 1884, la région de Batoche compte près de 50 lots riverains familiaux.

Les Métis

Les origines des Métis remontent aux premiers commerçants de fourrure européens qui ont parcouru le territoire intérieur du Canada, où vivaient des Autochtones. On appelait « Métis » ou « Country-born » (Métis né d’un père anglo-protestant et d’une mère amérindienne) les enfants issus d’un mariage entre un commerçant canadien-français ou écossais et une femme des Premières Nations. Les Métis ont adopté les pratiques et les traditions des deux peuples pour créer une culture unique et florissante.

Entre 1783 et 1821, les Métis ont travaillé pour la Compagnie du Nord-Ouest et la Compagnie de la Baie d'Hudson en chassant, en pêchant, en servant de guide et en pagayant des canots des deux rivaux à travers la Terre de Rupert. Avec l'union de deux grands compétiteurs dans la Compagnie de la Baie d’Hudson en 1821, de nombreux Métis se sont retrouvés sans travail. S’établissant à Rivière-Rouge, ils se sont tournés vers la chasse au bison, les brigades de barges d’York et le transport de fournitures pour la Compagnie afin de subvenir aux besoins de leur famille. À partir de 1850, les Métis ou « gens libres », comme ils se nommaient, avaient réussi à remettre en question le monopole de la Compagnie de la Baie d’Hudson et ils étaient nombreux à faire du commerce pour leur compte avec les Premières Nations dans l’Ouest.

Vers Batoche

Devant l'incapacité du gouvernement provisoire de Riel d'obtenir des garanties pour les Métis du Manitoba en 1869-70, et devant l'appauvrissement des troupeaux de bisons, de nombreux Métis décidèrent d'adopter certaines des pratiques agricoles des Blancs, sans quoi ils risquaient d'être assimilés par la colonisation venant de l'Est. Ils jetèrent leur dévolu sur la Saskatchewan, à l'Ouest, comme point de départ. Leurs pères et leurs grands-pères avaient passé l'hiver là-bas par le passé et, en 1872, ils décidèrent d'installer une colonie le long de la rivière Saskatchewan Sud. L'établissement s'étendrait depuis Saint-Louis-de-Langevin au nord, jusqu'à La coulée des tourons (Fish Creek) au sud, chevauchant la piste Carlton, principale route commerciale entre Fort Garry et Fort Edmonton. En 1873, Xavier Letendre dit Batoche, construisit un traversier à l'endroit où la piste Carlton traversait la rivière Saskatchewan Sud. Un petit village se développa sur les rives de la rivière. En 1885, la communauté comptait environ 500 personnes.

Les Métis érigèrent leurs fermes sur de longs lots riverains, cultivant une petite portion de la terre, mais vivant principalement de transport de marchandises, de commerce et d'élevage de bétail. Sociables, ils organisaient des fêtes et des danses dans leurs foyers pour célébrer les mariages, le Nouvel An et autres occasions spéciales, ou simplement pour passer le temps pendant les longs hivers. La fête annuelle des Métis, durant laquelle les Métis célébraient saint-Joseph, leur saint patron, avait lieu le 24 juillet. Ils y organisaient des courses à pied, des courses de chevaux et des courses de chariots (le tout donnant lieu évidemment à des paris), des expositions d'artisanat, et la nourriture et les boissons y abondaient.

Agitation dans le nord-ouest

La colonisation ne se faisait pas sans heurts. En 1878, le gouvernement avait arpenté certaines des fermes métisses déjà installées à Batoche selon le système traditionnel de lots riverains; toutefois, nombre des nouveaux arrivants durent s'installer sur des terres délimitées selon le système de cantons utilisé dans l'Est du Canada. En outre, les Métis avaient de la difficulté à acquérir les titres de propriété juridiques, à obtenir des certificats des Métis (certificat qu'on pouvait échanger contre une concession de terres ou de l'argent), à faire reprendre l'arpentage de l'ouest de la colonie et à avoir une meilleure représentation sur la scène politique fédérale et sur celle des Territoires.

Durant cette période, l'agitation ne se limitait pas à Batoche. Les Premières nations demandaient la nourriture, l'équipement et l'aide agricole promis dans les traités. Les colons de tout le Nord-Ouest étaient en colère et avaient perdu leurs illusions face à la politique nationale de Sir John A. MacDonald qui voulait la construction d'un chemin de fer et des tarifs protectionnistes. Les fermiers se voyaient nier leurs privilèges sur le grain, ils ne pouvaient mener leur récolte au marché et ils devaient payer un prix plus élevé pour la machinerie agricole fabriquée dans l'Est du pays à cause des tarifs élevés imposés sur l'équipement américain plus abordable.

Les chefs métis comme Gabriel Dumont, Maxime Lepine, Moise Ouellette, Pierre Parenteau père et Charles Nolin se réunirent et préparèrent des pétitions pour attirer l'attention du gouvernement sur leur situation. Devant le silence d'Ottawa, une autre réunion eut lieu au printemps de 1884. Il fallait agir. Trois hommes furent dépêchés vers une petite mission à St. Peter, Montana, pour inviter Louis Riel, chef des Métis manitobains en 1870, à mener son peuple dans cette nouvelle lutte.

La rébellion du Nord-Ouest et la résistance des Métis

La confrontation militaire qui s'ensuivit ne traduisait pas simplement un conflit inévitable entre des sociétés complexes et primitives. Une telle interprétation laisse l'impression qu'il n'y avait rien de vital dans la culture ou que les groupes qui habitaient alors le Nord-Ouest présentaient un front monolithique avant et pendant les événements de 1885. Les événements qui ont précédé l'explosion de violence impliquent des facteurs politiques et économiques complexes en plus des enjeux culturels et sociaux qui ont toujours été mis de l'avant.

On compte essentiellement cinq grands engagements pendant la rébellion du Nord-Ouest. La Force expéditionnaire du Nord-Ouest fut impliquée dans quatre de ces engagements : Fish Creek, Cut Knife Hill, Batoche et Frenchman Butte. À Duck Lake, l'escarmouche mettait en présence les Métis et la Police à cheval du Nord-Ouest, sous le commandement du chef de police Crozier. La campagne donna lieu à un autre événement majeur, le massacre de Frog Lake, où des Blancs et des Métis de la communauté furent tués ou pris en otages par les Cris révoltés de Big Bear. Ce n'est qu'à Batoche que les forces gouvernementales remportèrent une victoire décisive.

La seule victoire remportée sans équivoque par les Métis fut celle de Duck Lake, origine de la flambée de violence. Les trois autres conflits, soit Fish Creek, Cut Knife Hill et Frenchman Butte, menèrent d'une manière ou d'une autre à une impasse. À Fish Creek, les Métis battirent en retraite après une bataille à l'issue incertaine; à Cut Knife Hill, l'opposant se retira devant la résistance acharnée des Cris de Poundmaker; et enfin, à Frenchman Butte, les Cris de Big Bear reculèrent en position de défense devant un barrage de feu, bien que la milice ait été incapable de les poursuivre dans le muskeg, fondrière typique de la région.

La bataille de Batoche

La bataille de Batoche fit rage pendant quatre jours, du 9 au 12 mai 1885. Moins de 300 Métis et membres des Premières nations, menés par Louis Riel et Gabriel Dumont, défendirent Batoche à partir d'une série de trous de tirailleur qu'ils avaient creusés le long des broussailles qui entouraient le village. La Force expéditionnaire du Nord-Ouest, commandée par le major-général Frederick Middleton et comptant 800 hommes, attaqua directement les défenses et participa à des manoeuvres destinées à dissimuler aux Métis et aux Premières nations le nombre de son effectif, qui constituait la source de sa force.

Le premier jour de la bataille, le major-général Middleton avait prévu attaquer les Métis et les membres des Premières nations sur deux fronts. Le vapeur Northcote, fortifié par des sacs de sable et ayant à son bord des hommes de la milice, devait descendre la rivière pendant que Middleton mènerait le reste de sa troupe. Le stratagème échoua lorsque les Métis abaissèrent un câble de traversier, abattant les cheminées du Northcote, qui poursuivit sa route sur la rivière sans faire de ravage.

Les forces terrestres rencontrèrent elles aussi une forte résistance de la part des Métis, qui tinrent efficacement leurs positions. Lorsque la force de campagne se retira dans sa zareba, les membres des Premières nations et les Métis les harcelèrent avec des tirs d'artillerie jusqu'au crépuscule. Les Métis et les Premières nations crurent avoir remporté la victoire à l'issue de cette première journée de combats. Les deux jours suivants modifièrent légèrement la situation. La Force expéditionnaire du Nord-Ouest bombarda les positions métisses avec ses quatre pièces de neuf livres et harcela les artilleurs avec sa mitrailleuse Gatling. En défendant leur position au cours des trois premières journées, les Métis et les membres des Premières nations avaient épuisé leurs munitions.

Le 12 mai fut la journée décisive de la bataille. Middleton, équipé d'une pièce de neuf livres, d'une mitrailleuse Gatling et fort de 130 hommes, partit en reconnaissance au nord de l'église et du presbytère et se mit à avancer sur les trous de tirailleur des Métis. Cette feinte était destinée à attirer les Métis à l'extérieur de leurs trous pour les amener vers l'église, où la mitrailleuse Gatling était en position de tir. Dès qu'il entendrait les tirs au nord, le lieutenant-colonel Van Straubenzie devait ouvrir le feu et avancer sur les lignes de défense autour de l'église. Mais le vent soufflait fort et Van Straubenzie ne put entendre les tirs de Middleton ni coordonner son attaque avec l'action de Middleton.

Ce dernier se retira dans son camp, furieux que l'attaque coordonnée n'ait pu se faire. Toutefois, à son insu, sa manoeuvre avait réussi : les Métis s'étaient en fait avancés vers le nord, anticipant une offensive majeure à cet endroit. Pendant que Middleton s'assoyait pour prendre son repas quelques minutes plus tard, les Midlanders, sous les ordres du lieutenant-colonel Williams, forcèrent les lignes métisses affaiblies près de l'église.

La bataille ne dura que quelques minutes, la force de campagne dévalant les collines vers Batoche, dépassant les trous de tirailleur où les Métis tiraient maintenant des clous et des cailloux avec leurs fusils.

Riel et Dumont purent s'échapper. Riel se rendit par la suite et Dumont s'enfuit aux États-Unis. Ceux qui ne s'étaient pas dispersés furent faits prisonniers et traduits subséquemment en justice. On compta plus de 25 morts dans les deux camps.

Batoche après 1885

La Rébellion échoua, mais la communauté métisse de Batoche ne fut pas détruite en 1885. Dans les années 1890, la collectivité s’est rétablie, mais l’arrivée du chemin de fer à Duck Lake marque la fin de la prospérité. En 1915, il ne reste qu’un seul magasin dans le village. Les colons de plus en plus nombreux venant de l'Est du Canada, de l'Europe et des États-Unis isolèrent encore plus les Métis et nombreux sont ceux qui choisirent de se rendre plus loin au nord. La tuberculose préleva un lourd tribut et le travail se fit difficile à trouver, tant pour les hommes que pour les femmes, qui avaient surtout travaillé en tant qu'ouvriers ou domestiques. Bien que Batoche ait perdu sa base économique, son emplacement joue un rôle de premier plan dans l’histoire du Canada et pour ceux qui ont des liens personnels avec les évènements historiques.

Le village, déclaré lieu historique national en 1923, est pour bon nombre de personnes le symbole de la résilience des Métis. La fierté, la langue et les traditions culturelles des Métis sont mises en valeur par les aînés, la collectivité et les programmes de Parcs Canada, ici, à Batoche.