Les bateaux grandissent, les canaux suivent!

Au début du 19e siècle, l’arrivée des Loyalistes au Haut-Canada après la Révolution américaine entraîne une forte croissance des échanges entre le Bas et le Haut-Canada. Comme ces échanges se font essentiellement par voie fluviale, l’augmentation du volume de marchandises en transit force les Britanniques à utiliser des « batteaux » de plus en plus gros, tel quel le bateau Durham.

Les premiers canaux du Saint-Laurent conçus pour livrer passage aux batteaux sont trop étroits et trop peu profonds pour en permettre le passage. Pour remédier à ce problème, le gouvernement britannique affecte entre 1814 et 1817 des sommes considérables à l’agrandissement de ces canaux.

Le bateau Durham

D’origine américaine, le bateau Durham fait son apparition au Canada vers 1810. Embarcation à fond plat et de faible tirant d’eau, il peut franchir rapides et hauts-fonds sans s’échouer. Doté d’un aviron tenant lieu de gouvernail, le « Durham » n’a ni quille ni dérive. Il évolue néanmoins avec aisance sur les cours d’eau tumultueux de l’Amérique du Nord. Le bateau Durham est propulsé à l’aviron pour descendre les cours d’eau, et à la perche pour les remonter. Son équipage peut larguer une voile uniquement lorsque le Durham navigue au vent arrière.

Le bateau Durham peut atteindre 27,4 m de long par 3,65 m de large et peut transporter dix fois plus de marchandises que le « batteau » plat. Quatre à cinq hommes suffisent pour descendre le fleuve Saint-Laurent, tandis qu’une dizaine d’hommes sont nécessaires à la remontée. Ces derniers dorment sur le pont, sous des toiles. Le capitaine est le seul à bord à disposer d’une petite cabine à l’arrière du bateau. En 1835, environ 800 bateaux Durham sont utilisés pour le transport des marchandises sur le fleuve Saint-Laurent. Sa capacité de charge maximale est de 350 barils de farine, ou 35 tonnes. Son mât a une hauteur de dix à douze mètres et il est fixé au-dessus du pont, où on peut le rabattre rapidement sans déplacer la cargaison afin de passer sous les ponts des canaux. À l’intérieur du canal, des hommes halent le bateau à l’aide de cordages pour lui faire franchir les écluses.

Ouvert à la navigation dès 1781, ce n’est qu’après la Guerre de 1812 que le Canal de Coteau-du-Lac connaît son apogée. Le trafic fluvial bat son plein. Les bateaux qui se dirigent vers les Grands Lacs transportent des vivres, des spiritueux, des instruments aratoires, de la quincaillerie, des vêtements et des outils destinés aux Loyalistes installés sur le haut Saint-Laurent. En contrepartie, ces derniers envoient leurs surplus de blé, de farine, de potasse, de porc et de bois vers Montréal.

Saviez-vous que le bateau Durham dispose d’un mât rabattable qui lui permet de passer même sous les ponts fixes? À Coteau-du-Lac, cette caractéristique est essentielle puisque les montants des portes des écluses sont retenus à leur sommet par une barre transversale qui limite grandement le tirant d’air.

Tous les bateliers chantaient en cadence avec les rames. Le voyageur français Marmier les décrivait ainsi en 1850,

« […] Pas un fleuve n’a sans doute entendu autant de serments d’amour que le Saint-Laurent; car pas un batelier du Canada ne l’a descendu ou remonté sans répéter à chaque coup de rame dont il frappait les flots, ce refrain national : Il y a longtemps que je t’aime, jamais je ne t’oublierai. » [E.A. Talbot, 1824.]