L’un des plus anciens en Amérique du Nord!

Un canal stratégique

Les manœuvres militaires d’invasion qui menacent le Canada lors de la guerre d’Indépendance américaine (1775-1783) mettent en évidence une faiblesse dans le système défensif de la colonie. À cette époque, le Saint-Laurent constitue la seule voie de communication permettant d’approvisionner les postes militaires des Grands Lacs, qui protègent la frontière occidentale du Canada. Pour s’y rendre, les Britanniques doivent surmonter plusieurs rapides sur le fleuve en amont de Montréal : l’obligation de contourner ces rapides par voie terrestre ralentit le transport des troupes et des marchandises, rendant ces postes vulnérables.

Le rapide de Coteau-du-Lac est alors le plus difficile à franchir. Suivant la proposition du capitaine William Twiss, sir Frédérick Haldimand y fait donc creuser un canal pour accélérer le transport sur la voie fluviale. D’une longueur de plus de 100 mètres, le canal de Coteau-du-Lac comprend trois écluses de 1,8 m de largeur et d'un tirant d’eau d’environ 80 cm.

Pleinement utilisé dès son ouverture, le canal de Coteau-du-Lac ne règle qu’une partie des problèmes de navigation sur le fleuve, en amont de Montréal. Trois autres canaux sont également construits en 1783 dans ce secteur : les canaux de Faucille, de Trou-du-Moulin et de Rocher-Fendu. Ces ouvrages de canalisation, les premiers sur le fleuve Saint-Laurent, constituent une aide précieuse à la navigation puisqu’ils contournent la section la plus accidentée du Fleuve.

Un brillant ingénieur

Dès l’âge de 15 ans, William Twiss (1745-1827) entreprend une brillante carrière au sein de l’armée britannique. C’est dans le cadre de sa première affectation, à la forteresse de Gibraltar, qu’il complète sa formation d’ingénieur militaire. Outre la construction du canal de Coteau-du-Lac sur le fleuve Saint-Laurent, il œuvre à de nombreux ouvrages de fortification à Québec, Sorel, Saint-Jean et à l’Île-aux-Noix.

Une construction ardue

Tout le travail de construction du canal est exécuté à la main. La pointe de Coteau-du-Lac est formée de dolomie (roche contenant de la chaux et de la magnésie) disposée en couches superposées. Pour y construire un canal, les militaires britanniques utilisent différentes techniques d’excavation. La terre de surface est enlevée au pic et à la pelle. Des trous sont creusés dans la roche mère à l’aide d’un foret et d’une masse. Pour faire éclater le roc, on introduit dans ces trous de la poudre à canon à laquelle on met feu. Le transport de la terre et des débris de pierre s’effectue à la brouette. Les pierres de taille utilisées pour édifier les murs du canal sont façonnées à l’aide de ciseaux et d’une petite masse pour ensuite être posées par un maçon. Une chèvre (grue manuelle) est utilisée pour soulever les pierres les plus lourdes. On présume qu’au cours de l’hiver, le gel a contribué au fractionnement de la roche, facilitant le travail des ouvriers.

Les matériaux utilisés dans la fabrication des portes d’écluses proviennent de différents endroits : le fer plat, d’Angleterre; la fonte, des forges du Saint-Maurice; et le bois, des environs de Coteau-du-Lac.

Saviez-vous que le canal à écluses utilisait des portes busquées à deux vantaux munis de vannes qui servaient à l’écoulement de l’eau? C’est Léonard de Vinci qui, au 16e siècle, a inventé cette technologie.

De plus, des droits de péage étaient imposés aux embarcations qui franchissaient les écluses du Saint-Laurent.