Épine dorsale du commerce entre le fleuve Saint-Laurent et le lac Champlain, la rivière Richelieu est ponctuée d’entraves à la navigation, dont les tumultueux et nombreux rapides entre Saint-Jean-sur-Richelieu et Chambly. Dès 1784, le rêve de canaliser le Richelieu donne lieu à un premier projet provenant non pas du Bas-Canada, mais bien du Vermont. En 1787, le gouverneur Dorchester fait de Saint-Jean le poste de douane et la porte d’entrée du commerce entre le Haut et le Bas-Canada, et les États-Unis. Tandis que les projets en ce sens se succèdent au sud et au nord, les militaires britanniques les perçoivent tous comme une menace potentielle à la défense de la colonie. Il faut attendre le 1er avril 1818, pour que l’Assemblée du Bas-Canada donne son aval à la construction d’un canal entre Dorchester (quatrième port des Deux Canadas), aujourd’hui Saint-Jean-sur-Richelieu, et le bassin de Chambly.

Un projet attendu mais retardé à plusieurs reprises

peinture historique de St-Jean-sur-Richelieu
Vue de Saint-Jean. 1839.

Malgré l’appui des marchands et des politiciens du Richelieu, les marchands-négociants de Québec ne réunissent pas les 45 000 £ (livres) jugées nécessaires à sa construction. Fort heureusement pour le projet du Richelieu, l’élite politique et économique de sa vallée milite en sa faveur. En 1823, une loi du Bas-Canada autorise la construction du canal avec toutefois une clause dérogatoire, à savoir que ses travaux ne débuteront qu’une fois celui de Lachine inauguré. Or, il faut attendre 1829, soit quatre années après l’inauguration du canal de Lachine, pour que les commissaires du canal de Chambly soient nommés. Parmi ceux-ci, Gabriel Marchand et William Macrae sont de Saint-Jean-sur-Richelieu, René Boileau et Samuel Hatt sont de Chambly, et Timothée Franchère de Saint-Mathias.

Des ouvriers aux conditions de travail contestables

En septembre 1831, trois Américains d’Amsterdam (N.Y.) ainsi que les frères Andres de Chambly s’engagent à construire un canal de 10 écluses au coût de 46 218 £ (livres). À compter du 1er octobre, une centaine d’ouvriers, surtout Irlandais, excavent la cuvette de ce canal au pic et à la pelle, au rythme de 12 heures par jour. Malgré l’épidémie de choléra qui sévit en 1832, les quelque 600 ouvriers parviennent à creuser les deux tiers des 19,31 kilomètres du canal ainsi que des fosses d’écluses. Rémunérés en argent, les ouvriers doivent acheter les articles nécessaires à leur vie quotidienne dans les magasins de leurs patrons ; les ouvriers sont-ils mécontents de leur salaire? Tentent-ils de se coaliser? Les patrons font arrêter les meneurs sur-le-champ. Malgré tout, les travailleurs voient leur horaire diminuer à 10 heures par jour tout en conservant leurs deux pauses repas.

1843, l’ouverture du canal à la navigation

Écluses à palier
Écluses 1,2 et 3 à Chambly. 1843

En 1833, le canal est rempli d’eau et des embarcations naviguent de Dorchester jusqu’à Chambly. Aux prises avec des problèmes financiers, les soumissionnaires américains quittent le navire en 1834. De leur côté, les frères Andres, par sens du devoir et pour l’honneur de leur famille, tentent de relancer les travaux, mais en vain. En 1835, ceux-ci sont interrompus. C’est seulement en 1840 qu’une nouvelle firme s’engage à compléter le tout pour 35 000 £ (livres). Entre août 1840 et la fin de 1842, près de 800 ouvriers s’activent à construire les écluses en escalier de Chambly, des quais, des ponts ainsi qu’à excaver les 1 100 derniers pieds du tracé. Le 9 juin 1843, un premier vaisseau à vapeur emprunte les neuf écluses du canal de Chambly à partir de Saint-Jean afin de se rendre à Québec. Il s’agit du steamer Québec. Lorsqu’il empruntera les écluses combinées de Chambly, l’équipage admirera les nouvelles installations construites afin d’assurer les opérations de ce barge canal. Aujourd’hui, ces opérations se poursuivent toujours.

Alain Gelly /Historien Parcs Canada

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