Le tracé reconnu comme étant la piste du canal porte un nom chargé d’histoire : chemin de halage.

Il permettait de haler (ou tirer) les embarcations sur les 20 kilomètres du canal.

Les écrits du capitaine Frank H. Godfrey rapportent que le chemin de halage du canal de Chambly était considéré comme « le meilleur en Amérique ». Le chemin a très bien été préservé : seule la section entre le pont No 9 et le pont No 10 a été convertie en route.

Historique

À l’époque où les barges constituent la majorité des transports commerciaux sur le canal, il est nécessaire d’aménager un chemin permettant le halage des embarcations. Au canal de Chambly,
les chevaux tirent les bateaux. Le canal est même considéré comme un Horse Canal. Les embarcations n’ont pas toujours recours aux services offerts par les charretiers; c’est le cas des bateaux à vapeur. Certaines barges font également appel à des remorqueurs à vapeur pour parcourir le canal. Or, ces embarcations causent d’importants dommages aux écluses, ralentissant ainsi
la navigation.

Avec l’arrivée de nouvelles technologies au début du 20e siècle, le halage par chevaux tend à disparaître. Les charretiers tentent
de conserver leur monopole en s’opposant à ces nouvelles techniques.
Or, l’arrivée du tracteur et d’une première barge fonctionnant au diesel en 1934 vont mettre fin à l’emploi des charretiers et à l’utilisation commerciale du chemin de halage.

Citation

" Le meilleur chemin de halage à ma connaissance était celui de Chambly, un canal canadien longeant la rivière Richelieu, onze miles et demi de long entre St-Jean et Chambly. Le chemin de halage était assez large pour que neuf chevaux ne le remplissent pas. À aucun endroit un attelage est dans l'impossibilité de sortir du canal. Il y avait des abreuvoirs pour les attelages, et autour de 1902, tout le chemin était éclairé à l'électricité." (Extrait de The Godfrey letters, capitaine Frank H. Godfrey, 1973)

Fait cocasse

« Sacrer comme un charretier. » Les charretiers avaient l’habitude d’utiliser un vocabulaire grossier. Leur dur labeur, les accidents de parcours (il arrivait parfois que des chevaux tombent à l'eau), la température peu clémente et la longueur du trajet pour se rendre à Saint-Jean (de 10 à 12 heures) venaient souvent à bout de leur patience. Si bien qu'en 1878, le surintendant du canal a porté plainte contre les charretiers. Des mesures punitives ont été établies contre tout langage abusif et ordurier, incluant notamment une amende de 40 $.

Connaissez-vous le métier de charretier?

Le métier de charretier consistait à conduire des chevaux d'un bout à l'autre du canal afin de haler les barges à l'intérieur des écluses. La saison de halage s'étendait d'avril à septembre et durait de 200 à 215 jours. Durant cette période, le charretier pouvait travailler jusqu'à 20 heures par jour.

« Il marche derrière ses chevaux, le pas appesanti par la fatigue. La pleine lune éclaire le chemin de halage et la barge chargée de charbon glisse sur l'eau, environ 100 mètres derrière. La nuit est chaude, c'est juillet.

La journée a été bonne et même si les chevaux semblent un peu nerveux, il n'y a eu aucun accident, ni bris de harnais, ni chute dans l'eau, ni accrochage. Tout a bien marché mais l'homme est las. Levé avant le jour, au travail depuis quatre heures ce matin, il est maintenant près de dix heures.

Un charretier avec ses trois chevaux tirant une barge le long du chemin de halage du canal de Chambly.
Vue du canal de Chambly, au début du XXe siècle.
© Musée McCord d'histoire canadienne / Notman

Dans quelques minutes, il sera aux écluses, près de chez lui. Il lui reste encore à écluser sa barge, à amener ses chevaux au bassin pour les rafraîchir, à nettoyer les plaies qui se sont peut-être formées sous les colliers et à nourrir ses bêtes avant de pouvoir prendre quelques heures de repos.

La journée du lendemain viendra vite car il y a encore des barges au quai qui attendent d'être halées vers Saint-Jean. Depuis l'appel de la sirène qui annonçait l'arrivée des premières barges à la mi-mai, l'activité a été grande et le temps maussade. Malgré la fatigue, il n'est pas question de prendre congé : les barges doivent être montées sans délai et c'est le travail des charretiers du canal de Chambly de le faire. »

Adaptation d'un texte de Bernadette Laflamme,
présidente de la Société d'histoire de la Seigneurie de Chambly