Autrefois la demeure d'un des Pères de la Confédération

William Henry Pope, 1825-1879

William Henry Pope, fils d’un autre éminent politicien de l’Île, Joseph Pope, est né en 1825. Il a fait ses études primaires et secondaires à Charlottetown, puis s’est inscrit en droit à Londres, en Angleterre. Avocat, agent des terres, journaliste et politicien, Pope est un personnage pittoresque et prestigieux de l’histoire de l’Île. Après la victoire du parti conservateur en 1859, il fut nommé secrétaire des colonies et devint rédacteur en chef du journal Islander.

Partisan du projet d’union, Pope fut délégué à la Conférence de Charlottetown qui s’est tenue à Province House en 1864. C’est ce qui lui a valu le titre de Père de la Confédération. Malgré le sentiment d’opposition qui prévalait à l’Île-du-Prince-Édouard, Pope s’est fait l’ardent promoteur de l’union des colonies britanniques de l’Amérique du Nord.

Finalement, confronté à un antagonisme radical, Pope démissionna en 1866. Il quitta Ardgowan en 1875 et mourut en 1879 à Summerside, où il était juge de la cour du comté de Prince.

Ardgowan - La Résidence

Lieu historique national Ardgowan.

Ardgowan est un exemple typique du cottage de style ornemental, une maison de campagne élégante très prisée à l’époque. Parce qu’elle était la demeure d’un politicien éminent, Ardgowan était souvent le théâtre de grands dîners et de réceptions somptueuses, activités essentielles à la vie publique de l’ère victorienne.

Pendant la Conférence de Charlottetown, Pope offrit aux délégués ce qui fut qualifié de déjeuner princier, composé « d’huîtres,de homards, de champagne et d’autres denrées fines de l’Île. » La vie à Ardgowan correspondait à la condition sociale élevée de la famille et n’aurait pas été complète sans les domestiques, la gouvernante, le cheval, la calèche et la bibliothèque bien garnie. Le marchepied en grès, encore visible, évoque cette époque révolue.

Ardgowan - La Propriété

Lieu historique national Ardgowan.

Le nom que Pope donna à sa propriété de 76 acres est révélateur de son amour de la nature: « ard », qui veut dire colline en gaélique des Hautes-Terres d’Écosse, et « gowan » qui en lallans (dialecte des Basses-Terres d’Écosse) désigne la marguerite. Pope le gentilhomme jardinier a su embellir son jardin de quelques attributs qu’il nous est encore donné de voir.

En 1967, Parcs Canada s’est porté acquéreur de la maison et des cinq acres de terrain qui restaient pour mettre en valeur le rôle qu’ont joué les Pères de la Confédération dans l’histoire du Canada. Le lieu a été restauré à la suite de recherches historiques exhaustives. Sur une photographie prise en 1880, on peut voir la maison et le terrain en façade, y compris l’allé circulaire en cendre de charbon bordée de roches ainsi que la haie, elle aussi circulaire. Le terrain de croquet, entouré de haies, et le banc encerclant la souche couverte de vigne figurent sur un tableau à l’huile datant de 1888. À l’aide de sondes, les archéologues ont réussi à préciser l’aménagement du terrain ainsi que l’emplacement de certains éléments comme l’allée et le jardin.

Une promenade à Ardgowan de nos jours offre une idée de la vie tranquille de l’époque victorienne. Les haies qui entourent la propriété amortissent les bruits de la ville et masquent la modernité. D’énormes chênes et tilleuls projettent des ombres éthérées sur les vastes parterres qu’on taillait autrefois à la faux. Des sentiers de gravier serpentent le long de massifs de fleurs et d’arbustes qui embaument.

La véranda donne sur l’unique parcelle classique du terrain, un parterre ceinturé d’une haie de troènes et de fusains qui abrite en son centre un massif de rosiers à feuilles rouges, de géraniums et de bégonias. Derrière ce parterre se trouvait autrefois le terrain de croquet, où jeunes et moins jeunes s’adonnaient à ce sport très en vogue.

Du côté nord se trouve l’aire utilitaire de la propriété. C’est dans cette enceinte, isolée du reste par une clôture en bois blanche et masquée par un bosquet, que s’effectuaient les corvées quotidiennes. Les pommiers produisent encore les variétés de pommes préférées au cours des années 1860. Dans le potager, à l’ouest de l’étable, poussaient des légumes et quelques petits fruits qui étaient excellents pour les confitures, notamment les framboises et les groseilles. Ces légumes d’époque n’étaient pas plantés en lignes comme en est la coutume aujourd’hui, mais plutôt en carrés, et ils étaient retenus à des tuteurs en bois au moyen de ficelle.

Afin de préserver ce musée vivant, l’aménagement paysager d’Ardgowan fait l’objet d’un entretien constant. Les espèces patrimoniales sont replantées régulièrement pour en assurer la pérennité. Les pratiques d’entretien s’inspirent de celles qui étaient employées à l’époque : le gazon n’est pas coupé ras ni désherbé, et les variétés modernes de roses et d’autresfleurs sont bannies de  jardins.

À l’intérieur, la maison n’a plus l’apparence qu’elle avait au temps de W.H. Pope. Des bureaux ont remplacé les chambres à coucher, et il n’y a plus de conserves dans la cave, ni de vaches dans l’étable. Ardgowan demeure toutefois un symbole. C’est l’héritage politique et social d’un homme qui a contemplé la naissance du Canada et la place de l’Île-du-Prince-Édouard au sein du nouveau dominion.