Après deux (2) ans sans nouvelles de l’expédition de Franklin, le gouvernement britannique envoie les premières équipes de recherche. Pendant les décennies qui suivent, des expéditions sont organisées et des chercheurs parcourent l’Arctique. Initialement c’est dans l’espoir de trouver les hommes et les navires puis, plus tard, pour simplement tenter de trouver des documents qui auraient survécu et de reconstituer ce qui s’est passé. Grâce à des indices captivants, le mystère continue d’intriguer les chercheurs pendant des décennies. Parcs Canada et ses partenaires ont dirigé les recherches du XXIe siècle.

Affiche historique offrant une rétribution pour trouver Franklin.
Cliquez pour aggrandir

Après la disparition de Franklin

Depuis le XVIe siècle, de nombreux Européens sont obsédées par l’idée de trouver une route dans le Nord qui mène à l’Asie, de l’Atlantique au Pacifique. En Grande-Bretagne, cet intérêt se ravive en 1818. L’expédition de Franklin part en 1845 avec le même espoir que toutes les autres expéditions avant elle : trouver le fameux passage du Nord-Ouest. Deux ans s’écoulent sans nouvelles. Au pays, on commence à s’inquiéter. Une récompense considérable, une épouse désemparée et d’éventuels indices de cannibalisme ont tous contribué à augmenter le drame. Des recherches ont suivi pendant des décennies.


Premières recherches

Expédition terrestre de John Rae
Cliquez pour aggrandir

Lors d’une expédition de recherche en 1854, l’explorateur de l’Arctique John Rae recueille des témoignages d’Inuits selon lesquels des Qallunaat (hommes blancs) affamés avaient été aperçus quatre (4) ans auparavant. Ces récits contiennent aussi des mentions de cannibalisme. John Rae obtient auprès des Inuits des preuves indéniables : une assiette en argent, des coutelleries (dont certaines portaient les initiales d’officiers) et la médaille de « Royal Hanoverian Order » de Franklin, qui lui avait été remise lorsqu’il a été fait chevalier. John Rae retourne en Angleterre avec l’information avant l’arrivée d’un autre hiver.

Le rapport de John Rae suscite de vives critiques. Lady Franklin lui reproche d’avoir négligé de confirmer les témoignages des Inuits en ne poursuivant pas les recherches. Elle l’accuse de s’être dépêché de retourner au pays pour recevoir la récompense de l’Amirauté. Lady Franklin demande au célèbre écrivain Charles Dickens de discréditer publiquement l’information de John Rae. Charles Dickens écrit un article en deux volets dans son journal Household Words, dans lequel il soutient que des officiers « civilisés » de la Marine britannique n’auraient jamais recouru au cannibalisme et accuse les Inuits « traîtres » d’avoir assassiné les hommes de Franklin. La réponse de John Rae à Dickens, dans laquelle il défend ses informateurs inuits, est également publiée dans deux éditions ultérieures.

Trouvailles de Francis McClintock en 1859
Cliquez pour aggrandir

À la suite du rapport de John Rae, Lady Franklin embauche Francis McClintock pour continuer les recherches. Francis McClintock se rend à l’île Roi-Guillaume, où son commandant adjoint, le lieutenant William Hobson, et lui cherchent des survivants. L’équipe de William Hobson explore la côte ouest pendant que celle de Francis McClintock voyage vers l’est. Francis McClintock récupère dans deux camps inuits d’autres objets en argent et en bois du HMS Erebus et du HMS Terror. Plus loin dans son voyage, il trouve d’autres éléments de preuve du sort de l’équipage de Franklin, notamment un traîneau lourd transportant un bateau du navire. Faits plus convaincants encore, McClintock découvre dans le cadre de son expédition des squelettes, des tombes et des objets abandonnés tels que des livres et des vêtements.

Pendant ce temps, Francis Hobson trouve un cairn de pierre à Victory Point. À l’intérieur se trouve un tube en métal contenant une seule feuille de papier, sur laquelle sont écrits deux messages. Le premier, écrit en mai 1847, confirme que l’expédition avait passé l’hiver à l’île Beechey et qu’elle était bloquée par les glaces depuis septembre 1846. Le message se termine avec « tout va bien ».

Le deuxième message, rédigé sur la même feuille de papier en avril 1848, a un ton différent. Signé par les capitaines Francis Crozier et James Fitzjames, le message indique que neuf (9) officiers et quinze (15) hommes avaient trouvé la mort jusqu’à ce jour, y compris Sir John Franklin, décédé le 11 juin 1847. Ils avaient écrit que les 105 survivants avaient abandonné les navires et se dirigeaient vers le sud pour se rendre à la rivière Back's Fish.

L’héritage de Franklin

Les recherches de l’expédition de Franklin ont aidé à cartographier l’Arctique canadien. Le passage du Nord-Ouest a fini par être découvert et tracé. Après la découverte de la note au cairn Victory Point, un chapitre de l’expédition de Franklin s’est fermé. Toutefois, d’autres questions ont subsistées.

Les membres de l’équipage de Franklin savaient-ils qu’ils avaient trouvé le passage du Nord Ouest? Lady Franklin croyait que c’était le cas. Elle a passé un grand nombre de ses dernières années à établir la découverte du passage comme héritage de Franklin.

Au fil du temps, la question est devenue : « Qu’est-il arrivé aux navires et aux équipages? ». Des expéditions de recherche et l’intérêt se sont poursuivis pendant le reste du XIXe et au cours des décennies suivantes.

Charles Francis Hall découvre de l’information importante
Une carte de King William Island de 1869.
Cliquez pour aggrandir

La recherche de Franklin a inspiré de nombreuses personnes delà de la Grande-Bretagne et du Canada. Charles Francis Hall, un journaliste américain, était fasciné par l’histoire de Franklin. Il croyait que des survivants de l’expédition vivaient encore parmi les Inuits.

De 1860 à 1871, il voyage dans toute la région, interroge des Inuits et recueille leurs témoignages sur des visiteurs européens. Ces témoignages sont recueillis avec l’aide de deux interprètes et guides inuits qui deviendront des amis de Hall : Taqulittuq et Ipiivik. Ils sont aussi connus sous les noms de Hannah et de Joseph.

Un Inuit de la région, appelé Inukpujijuq, fournit un élément d’information important. Il raconte avoir visité le navire dans son enfance et que le navire se trouve au sud de l’île Roi-Guillaume. Les rapports et les témoignages recueillis par Charles Francis Hall servent de documents importants au fil des années, notamment pour effectuer d’autres recherches, y compris celles réalisées par Parcs Canada. En 2014, l’épave du HMS Erebus est découverte dans la région indiquée auparavant par Inukpujijuq.

Le long voyage de Frederick Schwatka

Frederick Schwatka était un autre explorateur américain déterminé à trouver des réponses sur le sort des hommes de Franklin. Entre 1879 et 1880, Frederick Schwatka et un petit groupe de compagnons, y compris des Inuits, ont parcouru en traîneau 5 232 kilomètres, la plus grande distance enregistrée à l’époque.

Tout comme John Rae et Charles Francis Hall, Frederick Schwatka a voyagé et vécu en employant des techniques inuites. Il a rassemblé de nombreuses reliques de l’expédition de Franklin. Frederick Schwatka a localisé la région de l’île Roi-Guillaume et a consigné d’autres témoignages d’Inuits. Le seul document qu’il a pu localiser était un exemplaire du registre trouvé par William Hobson en 1859 au cours de l’expédition de Francis McClintock. Ipiivik, qui avait voyagé avec Charles Francis Hall, a également servi de guide et d’interprète à Frederick Schwatka.

Recherches au XXIe siècle

Un archéologue subaquatique plonge à l’épave de l’Erebus
Cliquez pour aggrandir

La disparition des deux navires et des 129 officiers et hommes a retenu l’attention et l’intérêt du public pendant plus de 160 ans. Au fil des ans, plusieurs personnes et groupes ont étudié les éléments de preuve, élaboré leurs propres théories et entrepris des recherches. En 1992, la Commission des lieux et monuments historiques du Canada a désigné l’emplacement des épaves du HMS Erebus et du HMS Terror comme lieu historique national afin de les protéger si un jour elles étaient découvertes. Cette désignation ainsi qu’une entente conclue en 1997 avec le gouvernement britannique ont permis à Parcs Canada de jouer rôle dans la découverte et la protection des navires.

En 2008, l’équipe d’archéologues subaquatiques de Parcs Canada, avec le soutien de différents partenaires, a entrepris une nouvelle série de recherches modernes pluriannuelles. La persévérance et les progrès technologiques, appuyés par le savoir inuit, ont mené à la découverte du HMS Erebus en 2014 et du HMS Terror en 2016.