« Nous avons toujours vu [la recherche] comme un marathon, et non un sprint. »

Marc-André Bernier
chef de l'équipe d'archéologie subaquatique de Parcs Canada

En 2008, les archéologues subaquatiques de Parcs Canada ont entrepris une mission pluriannuelle : une recherche renouvelée pour trouver les épaves du HMS Terror et du HMS Erebus. Chaque année a amené de nouveaux indices – et de nouveaux défis.

Missions de Parcs Canada

Au fil des années, la recherche de sir John Franklin et de ses navires a capturé l'imagination populaire et a aidé à cartographier l'Arctique canadien. Les navires ont été désignés comme lieu historique national en 1992, bien avant que les épaves ne soient localisées. En 1997, le Canada a signé un protocole d'entente avec la Grande-Bretagne soulignant que si, et quand, les épaves étaient retrouvées, la responsabilité des épaves, c’est-à-dire leur récupération et leur contenu, serait la responsabilité du Canada.

Dans ce contexte, et en tant qu'entité du gouvernement fédéral responsable des lieux historiques et archéologiques d'importance nationale, Parcs Canada a pris les rênes d’une nouvelle étape des recherches. Les recherches préliminaires comprenaient une consultation étroite avec les Inuits, dont le savoir traditionnel englobe Franklin et ses navires.

En 2008, après avoir considéré toutes les sources d’information possibles, l'équipe d'archéologie subaquatique de Parcs Canada a déterminé deux secteurs de recherche possible : le nord, près du lieu d’abandon des navires, et le sud, où les Inuit avaient dit avoir vu un navire. En août, ils se sont lancés dans ce qui allait devenir la dernière grande recherche des navires perdus de Franklin.

2008 - La recherche initiale

Aujourd'hui, les eaux arctiques dans la région où le HMS Erebus et le HMS Terror ont été perdus sont généralement navigables de la fin août au début septembre. Les navires de recherche ne peuvent effectuer de levés que durant cette courte période de temps.

Le reste de l'année, les enquêteurs de Parcs Canada examinent de nombreuses informations afin de déterminer la meilleure façon de tirer parti de ces précieuses semaines sans glace. Ils déterminent où les recherches auront lieu et l'équipement qui sera utilisé. Ils coordonnent la recherche et le travail avec les partenaires. Ils discutent avec les Inuits qui vivent dans la région et dont l’histoire orale est d’une valeur inestimable pour les recherches sur l’expédition de Franklin.

L'équipe d’archéologie subaquatique collabore avec plusieurs organisations afin de couvrir une vaste zone de recherche. Les partenaires contribuent par l’entremise de personnel spécialisé, de soutien logistique et de technologies de pointe.

Une fois la saison de recherche terminée, l'équipe d’archéologie subaquatique examine les données et planifie la recherche de l'année suivante.

En août 2008, l'équipe d’archéologie subaquatique et le Service hydrographique du Canada ont ouvert la voie à de futures missions de recherche : ils ont tracé un couloir de 65 kilomètres menant à ce qui allait devenir la principale zone de recherche pour le HMS Erebus dans la baie de Wilmot et Crampton.

Navire de recherche principal, le brise-glace de la Garde côtière canadienne Sir Wilfrid Laurier.
La mission de 2008 a été organisée à partir du navire de la Garde côtière canadienne Sir Wilfrid Laurier.
2009 - Conditions défavorables

La tenue d’une deuxième année de recherche planifiée sur le terrain a été écartée lorsqu’une pénurie de navires de recherche disponibles rendait le déploiement impossible. Plusieurs navires de la Garde côtière canadienne – un membre important de l'effort de recherche – étaient engagés dans de nombreux projets de recherche pendant l'Année polaire internationale de 2009. L’état des glaces n’était pas non plus propice.

L'équipe d’archéologie subaquatique a utilisé ce temps pour mener à bien des travaux sur d'autres sites et planifier la saison de recherche sur le terrain pour 2010.

Les plongeurs vêtus en rouge debout sur la poupe du bateau, prêts à sauter dans les eaux turbulentes.
L’équipe d’archéologie subaquatique se prépare à explorer l'épave d’un hydravion Catalina de l’United States Army Air Corps Ferry Service. L'hydravion fut perdu au large de Longue-Pointe-de-Mingan, au Québec, en 1942.
2010 - Trouver le HMS Investigator

L’équipe d’archéologie subaquatique, avec le soutien du Service hydrographique du Canada et de la Garde côtière canadienne, a poursuivi le travail de la mission de 2008. Le NGCC Sir Wilfrid Laurier, encore une fois le navire de rassemblement clé, a parcouru le couloir d'accès tracé en 2008 pour se rendre au cœur de la zone de recherche du sud.

Au cours de six jours complets de levés, l'équipe a réalisé environ 400 000 sondages sur les fonds marins et a suivi près de 1 000 km de lignes de levés, balayant ainsi plus de 150 kilomètres carrés de fond marin.

Immédiatement avant le déploiement pour la recherche de l’expédition de Franklin, l'équipe d’archéologie subaquatique a également localisé l'épave d'un navire parti autrefois à la recherche de Franklin, le HMS Investigator. Ce navire s'était coincé dans la glace en 1851 et en 1852; son équipage l'avait abandonné sur la rive nord-est de l’île Banks.

2011 - Consulter l'histoire orale Inuit

Le détroit de Victoria et le détroit d'Alexandra étaient sans glace pendant une période en août 2011. L'équipe d’archéologie subaquatique et le Service hydrographique du Canada se sont concentrés sur une zone loin au nord du secteur de recherche de 2010. Le savoir traditionnel inuit indiquait qu'un des navires de Franklin avait coulé dans cette région.

Une équipe de l'Université de Victoria s’est jointe à la recherche. Ensemble, les chercheurs ont arpenté 140 kilomètres de fond marin à l'aide de la technologie bathymétrique et du sonar à balayage latéral. Ils ont également utilisé la technologie LiDAR. Les archéologues terrestres ont cherché des indices le long de 25 kilomètres de rivage sur les îles de la Société géographique royale.

2012 - À la recherche d'indices

L'ajout de nouveaux partenaires – l'Arctic Research Foundation et l'Agence spatiale canadienne – a considérablement étendu la durée et la couverture de recherche de la mission de 2012.

Au cours de quatre semaines, l'équipe de recherche a examiné le fond marin autour de l'île O'Reilly et plus au nord dans le détroit de Victoria et le détroit d'Alexandra. Ils ont utilisé le sonar à balayage latéral, la bathymétrie à faisceau unique et la bathymétrie à faisceaux multiples. Les opérations ont été organisées à partir du NGCC Sir Wilfrid Laurier et du Martin Bergmann, vaisseau de l’Arctic Research Foundation qui en était à sa première mission.

Des chercheurs de l'Université de Victoria ont déployé un véhicule subaquatique autonome en phase d'essai lors de la recherche de l’expédition de Franklin de 2012. Le véhicule a été expédié vers l'Arctique en pièces et prêt à être assemblé. Il transportait un sonar à balayage latéral qui a recueilli des ondes acoustiques afin de cartographier le fond marin.

Des hélicoptères ont amené des archéologues terrestres aux îles clés, où ils ont cherché des indices concernant les lieux de repos de l'Erebus et du Terror.

La mission de 2012 a permis de cartographier 419 kilomètres de fond marin, contribuant à rendre la zone plus sûre pour la navigation de navires modernes. La mission a également permis d’éliminer les zones arpentées comme emplacements possibles des navires perdus de Franklin.

Navire de pêche bleu avec le nom « Martin Bergmann » et le dessin d’un ours polaire stylisé visibles sur sa proue.
Le bateau de l’Arctic Research Foundation, le Martin Bergmann, était un bateau de pêche de Terre-Neuve spécialement remis en état pour la recherche de Franklin.

2013 - Étendre la recherche

La recherche s'est intensifiée. Pour la première fois, le navire de recherche et de plongée de Parcs Canada, l’Investigator, a été envoyé au nord pour la recherche et a été déployé à partir du NGCC Sir Wilfrid Laurier.

La mission a duré près de six semaines et 486 kilomètres de fond marin ont été arpentés. L'équipe subaquatique a fouillé deux zones simultanément : l'île O'Reilly à l'ouest de la péninsule d'Adélaïde et dans le détroit de Victoria et le détroit d'Alexandra. L'équipe d'archéologie terrestre du gouvernement du Nunavut a concentré sa recherche sur le littoral de la baie d'Erebus.

Chaque année, l'équipe couvrait plus de terrain. Chaque mission les rapprochait de leur but.

Six hommes examinent et marquent une carte sur une table.
Les membres de l'équipe recueillent des informations auprès des résidents de Gjoa Haven au Nattilik Heritage Centre.

L'archéologue Ryan Harris de Parcs Canada discute de la recherche de 2013 des navires perdus de Franklin.

2014 - Trouver le HMS Erebus

Les années de recherche, de planification et d’observation des écrans de sonars ont donné des résultats. Le 1er septembre, un groupe d’archéologue terrestre dirigée par Doug Stenton a trouvé un morceau de métal rouillé sur une île dans la baie de Wilmot et Crampton. Ils ont également trouvé un morceau de bois arrondi. Les archéologues ont rapidement identifié l'objet métallique comme une ferrure de bossoir britannique et l'artefact de bois comme un bouchon d’écubier. Le 2 septembre, l'équipe d’archéologie subaquatique, à partir du bateau Investigator, a déplacé sa recherche plus près des découvertes sur le rivage. L'archéologue subaquatique Ryan Harris, qui avait dirigé la recherche depuis 2008, était devant l'écran du sonar et a vu avec stupéfaction l'image d'un navire intact, en position debout sur le fond marin, apparaître à l’écran.

Ils avaient trouvé le HMS Erebus.

De nouveaux partenaires se sont joints à la mission de 2014 : la Société géographique royale du Canada et un navire de la Marine royale du Canada, le NCSM Kingston. La glace, toujours une préoccupation dans l'Arctique canadien, a empêché le Kingston de se joindre à la recherche.

À la fin de la saison, l'équipe d’archéologie subaquatique et ses partenaires avaient complété un levé d’une superficie de 1 601 kilomètres carrés du fond marin au moyen d’un sonar. Plus important encore, la mission avait localisé le HMS Erebus.

En savoir plus sur la recherche du HMS Erebus.

Deux hommes en arrière-plan avec deux objets sur une table au premier plan : un morceau de métal à deux branches et un morceau de bois arrondi avec une section coupée ou manquante.
L'archéologue de l'Université de Waterloo, Robert Park (à gauche), et l'archéologue du gouvernement du Nunavut, Doug Stenton (à droite), avec la ferrure de bossoir du HMS Erebus (gauche) et le bouchon d’écubier en bois (à droite).
HMS Erebus.
Le HMS Erebus tel que vu la première fois par l'archéologue Ryan Harris de Parcs Canada.
2015 - Planifier les prochaines démarches

L'équipe d’archéologie subaquatique a planifié ses prochaines démarches. Tout d'abord, comment mieux étudier le HMS Erebus? Et bien sûr, où était le HMS Terror?


Suivez l'équipe d'archéologie subaquatique alors qu'ils explorent le HMS Erebus.

Pont avant du brise-glace vu du dessus, naviguant dans la mer bleue avec des banquises lointaines. Trois navires plus petits se trouvent sur le pont attendant d’être déployés.
Le NGCC Sir Wilfrid Laurier se déplace vers la zone de recherche du nord parmi des masses de glace éparpillées. Des bateaux de recherche plus petits sont sur le pont, prêts à être déployés.
2016 - Trouver le HMS Terror et documenter le HMS Erebus

Les efforts de l'équipe d’archéologie subaquatique avaient deux objectifs : récolter des données sur le HMS Erebus et poursuivre la recherche du HMS Terror. La recherche s'est concentrée dans la région nord du détroit de Victoria. Le Service hydrologique canadien faisait une fois de plus partie de l'équipe et la Marine royale du Canada a envoyé le NCSM Shawinigan pour aider.

Une découverte inattendue a tout changé grâce à un indice donné par un résident inuk de Gjoa Haven. Le navire de recherche Martin Bergmann, en se déplaçant pour rejoindre l'équipe de recherche principale avec un sonar déployé, a navigué directement au-dessus d’un navire coulé. Les archéologues de Parcs Canada ont eu tôt fait de confirmer que le navire était le HMS Terror.

Les archéologues continuent de récolter des données sur le documenting HMS Erebus.
Suivez les archéologues alors qu'ils jettent un premier coup d’œil au HMS Terror.

Image prise à l’aide d’un sonar du navire, vue d’en-haut.
L'image prise avec un sonar à balayage latéral du HMS Terror présente des détails étonnants : le beaupré, les mâts et le placement de la barre.

Un effort conjoint pour une cause commune

De nombreuses organisations ont uni leurs efforts lors de la recherche coordonnée par Parcs Canada du HMS Erebus et du HMS Terror. Leur expertise et leur soutien étaient essentiels à la réussite de la recherche.

Les missions ne visaient pas seulement à trouver les navires perdus : cartographier le fond marin de l'Arctique est indispensable pour la navigation maintenant et à l’avenir. Les scientifiques ont également recueilli des données utiles pour d'autres chercheurs, en particulier ceux qui étudient le changement climatique.

L'avenir des navires

La localisation du HMS Erebus et du HMS Terror n'est qu’un début. La récolte des données concernant les épaves et leur contenu, ainsi que leurs déplacements à partir d’où les équipages les ont abandonné jusqu’où les archéologues subaquatiques les ont trouvés, garderont les archéologues, les historiens et les conservateurs de Parcs Canada occupés pendant des années. La découverte des navires répond à certaines questions, mais en soulève plusieurs autres

Ensemble avec les partenaires Inuits, Parcs Canada protégera et mettra en valeur ce lieu historique national pour les générations à venir.


Les organisations suivantes étaient des partenaires du projet :


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