Pierre Dugua, Sieur de Mons
Samuel de Champlain
Membertou
Marc Lescarbot
Jean de Poutrincourt
Louis Hébert
François Gravé, Sieur du Pont
Père Pierre Biard


Interprètes en costumes d’époque à l’Habitation de Port-Royal Interprètes en costumes d’époque à l’Habitation de Port-Royal Interprètes en costumes d’époque à l’Habitation de Port-Royal Interprètes en costumes d’époque à l’Habitation de Port-Royal
Interprètes en costumes d’époque à l’Habitation de Port-Royal 

 

C’est grâce au travail acharné d’un groupe de vaillants explorateurs que le premier établissement permanent français en Amérique du Nord a pu voir le jour. Entreprenants et pleins d’énergie, ces individus ont joué un rôle crucial pour l’implantation future des Européens au Canada, dans un esprit de coopération et de tolérance envers les peuples autochtones. Les individus dépeints ci dessous ont joué des rôles très divers, toutefois, ils n’auraient pu accomplir leur travail sans la vision commune d’hommes comme Pierre Dugua, sieur de Mons et Samuel de Champlain, qui étaient résolus à créer un monde plus éclairé que celui d’où ils venaient.

Pierre Dugua, sieur de Mons

Un buste en bronze de Pierre Dugua, sieur de Mons Un buste en bronze de Pierre Dugua, sieur de Mons 
© Parcs Canada/T. Bunbury

Un buste en bronze de Pierre Dugua, sieur de Mons trône sur une colline gazonnée surplombant la rivière Annapolis, au lieu historique national du Fort-Anne. Le caractère imposant du monument symbolise l’importance des réalisations de cet explorateur, marchand et visionnaire français. Son expédition dans la région, en 1604, dont faisait partie le navigateur et cartographe Samuel de Champlain, a fortement contribué à l’intérêt qu’a suscité en France l’exploration de l’Amérique du Nord, et a apporté des connaissances qui allaient fortement influencer le développement du Canada. De création antérieure à la fondation de Québec et de l’établissement anglais de Jamestown, en Virginie, la colonie – sous la gouverne énergique du sieur de Mons – est devenue l’un des premiers établissements européens permanents au nord de la Floride et un point de départ crucial pour l’exploration par les Européens et leur installation aux 17e et 18e siècles.

Né dans une famille d’aristocrates français, de Mons a combattu pour Henri IV et occupé les fonctions d’administrateur. Il sait donc comment traiter avec les investisseurs. Ces facteurs s’avèrent essentiels lorsque, en 1603, lui et Champlain sollicitent l’appui du roi à un plan visant à explorer l’Amérique du Nord. Ayant convaincu des investisseurs privés de financer la colonisation en échange du monopole de la traite des fourrures, de Mons jette son dévolu sur l’Acadie. La région se trouve à la même latitude que la Saintonge, sa province natale, où les hivers sont doux et le sol fertile.

Bien que le choix de s’installer à l’île Sainte-Croix ait des conséquences désastreuses, il n’en est pas moins instructif puisqu’il permet aux colons de connaître les conditions atmosphériques changeantes de la région. Avant de s’installer à l’île Sainte-Croix, de Mons a exploré le port abrité que Marc Lescarbot indique que de Mons avait appellé Port-Royal. Ce port devient son second choix. Dès leur arrivée, les colons se mettent à l’ouvrage pour construire un établissement et une base pour l’exploration de la région. Entre 1605 et 1607, les Français de Port-Royal s’emploient à développer la traite des fourrures, à explorer et cartographier la côte de l’Atlantique, à chercher des minéraux précieux et à fonder une colonie agricole, mais surtout, ils apprennent à cohabiter pacifiquement avec les Mi’kmaq, qui leur témoignent régulièrement leur amitié.

Dans son poème intitulé Adieu à la France, écrit en 1606, Marc Lescarbot évoque en ces termes la tâche entreprise par de Mons pour promouvoir la colonisation française, explorer le pays et développer le commerce : 

« ...tu és celui de qui le haut courage a tracé le chemin à un si grand ouvrage : Et pource de ton nom malgré l’effort des ans, la feuille verdoira d’un éternel printemps. »

En 1607, en réaction aux protestations de marchands concurrents, Henri IV met fin au monopole de la traite des fourrures accordé à de Mons, forçant celui ci à ramener les habitants de Port-Royal en France. Dans les années qui suivront, le sieur de Mons continuera à aider et à appuyer Champlain dans sa contribution à la fondation de la Nouvelle-France. Grand visionnaire à l’esprit ouvert, il a contribué largement à la création du Canada en prouvant que les Européens étaient capables de vivre en ce pays et de subvenir à leurs besoins.

Pour en savoir davantage sur Pierre Dugua, sieur de Mons, consulter le Dictionnaire biographique du Canada en ligne.

Samuel de Champlain

Interprète jouant le rôle de Champlain racontant ses souvenirs de Port-Royal
Interprète jouant le rôle de Champlain racontant ses souvenirs de Port-Royal 

© Parcs Canada/A. Rierden

C’est en 1598 que Samuel de Champlain fait la première d’environ 29 traversées de l’océan Atlantique, en route vers les Indes occidentales. En 1603, il se rend beaucoup plus au Nord à titre de géographe du roi, dans une expédition de traite des fourrures sur le fleuve Saint-Laurent qui le mène à Tadoussac, dans l’embouchure de la rivière Saguenay, depuis longtemps un centre de traite avec les peuples autochtones qui vivent sur les rives du Saint-Laurent. Son prochain voyage le mènera en Acadie.

Lorsque Champlain s’installe à Port-Royal, en 1605, il a déjà cartographié une bonne partie de la côte nord-est de l’Amérique du Nord. Extrêmement curieux et avide d’aventure, il continue de naviguer et de cartographier les côtes à partir de Port-Royal, où il vit confortablement pendant trois années. Il s’y est créé une salle de travail au milieu des arbres et a construit une écluse pour stocker des truites. Il prend, selon ses dires, un « plaisir particulier » à jardiner. Durant son séjour, il noue des relations amicales avec les peuples autochtones de la région qui, en retour, lui apprennent comment survivre dans ce nouveau milieu.

Buste de Samuel de Champlain à Port-Royal
Buste de Samuel de Champlain à Port-Royal 

© Parcs Canada/A. Rierden

Durant l’été 1606, Jean Biencourt de Poutrincourt arrive comme lieutenant gouverneur. En septembre de la même année, Poutrincourt et Champlain, qui souhaitent chercher un nouvel endroit où s’établir plus au Sud, s’embarquent et longent la côte de l’actuelle Nouvelle-Angleterre jusqu’à Cape Cod. Le groupe revient vers le Nord après de sanglants combats avec les Monomoyick à Port Fortuné (aujourd’hui Chatham, Massachussetts) au cours desquelles plusieurs membres d’équipage ont péri.

L’hiver 1606-1607 est plutôt agréable, le temps étant assez doux et la nourriture et le vin en abondance. Champlain agrémente encore davantage la vie des colons en fondant l’Ordre de bon temps, une société gastronomique dont les membres sont chargés à tour de rôle d'ournir le gibier à manger et d’assurer l’animation.

Au printemps 1607, le monopole du sieur de Mons est révoqué, ce qui l’oblige à repartir en France avec ses colons. Avant le départ, toutefois, Champlain retourne à la baie française (baie de Fundy) à la recherche d’une mine de cuivre, mais il n’y trouve que quelques pépites. Le partenariat entre Champlain et le sieur de Mons se poursuivra sous forme d’appui. L’année suivante, en effet, grâce à des fonds obtenus par de Mons, Champlain retourne vers le Saint-Laurent et commence un établissement qui sera le point de départ de la fondation de Québec.

Contrairement à ses contemporains anglais et espagnols, Champlain cherche à apprendre au côté des peuples autochtones et à collaborer avec eux plutôt qu’à les exploiter. Il rêve d’un monde où des peuples de croyances et de races différentes pourraient vivre et cohabiter. Aujourd’hui, Champlain est reconnu comme étant le père de la Nouvelle-France.

Pour en savoir davantage sur Samuel de Champlain, consulter le Dictionnaire biographique du Canada en ligne.

Membertou

Image tirée du livre intitulé « The Micmac And How Their Ancestors Lived Five Hundred Years Ago »

Ce que nous savons aujourd’hui sur le grand chef ou « sagamo » Membertou nous vient des écrits de Marc Lescarbot et d’autres explorateurs. Presque tous le décrivent comme un personnage très influent, qui dirige un petit groupe de Mi’kmaq dans la région que les Français appellent Port-Royal. D’après les récits, Membertou est très âgé, quoiqu’encore vigoureux, lorsque le sieur de Mons s’installe avec ses colons de l’autre côté de la baie pour y fonder l'Habitation de Port-Royal. Selon Champlain, Membertou a le « renom d’estre le plus meschant et traistre qui fut entre ceux de sa nation ». Sa fiabilité dans ses rapports avec ses amis, voisins et invités lui vaut l’estime des Français. Le père Biard, l’un des Jésuites qui arrivent à Port-Royal en 1611, le décrit comme étant « le plus grand, renommé et redouté [Mi'kmaq] qui ayt esté de memoire d’homme : de riche taille, et plus hault et membru que n’est l’ordinaire des autres, barbu comme un françoys, estant ainsy que quasi pas un des autres n’a du poil au menton; discret et grave, ressentant bien son homme de commandement. » 

Image tirée du livre intitulé « The Micmac And How Their Ancestors Lived Five Hundred Years Ago »
Images tirées du livre intitulé « The Micmac And How Their Ancestors Lived Five Hundred Years Ago » 

© Parcs Canada/K. Kaulbach

Lorsque les colons reçoivent l’ordre de retourner en France, en 1607, l’Habitation est laissée à la charge de Membertou qui la gardera pendant trois ans. C’est Membertou qui accueille les Français à leur retour à Port-Royal, en juin 1610. Le 24 juin, jour de la Saint-Jean-Baptiste, Membertou devient le premier Autochtone à être baptisé en Nouvelle-France. La cérémonie est célébrée par le père Jessé Fléché, qui vient d’arriver avec l’expédition de Poutrincourt. Fléché baptise tous les proches de Membertou. En signe d’alliance et de bonne foi, Membertou est baptisé Henri, du nom du roi de France décédé peu avant. L’année suivante, Membertou tombe gravement malade. Bien qu’il insiste d’abord pour être enterré auprès de ses ancêtres, les missionnaires Jésuites parviennent à l’en dissuader. Peu avant sa mort, Membertou demande à être enterré parmi les Français. Dans ses dernières volontés, il demande à ses enfants de demeurer de fervents chrétiens. La conversion du grand chef au christianisme aura une influence durable sur la culture mi’kmaq. Aujourd’hui, de nombreux Mi’kmaq pratiquent encore la religion catholique.

Documentation 
Dictionnaire biographique du Canada en ligne 
Mi’kmaq Resource Centre (en anglais seulement) 

Marc Lescarbot

Avocat et écrivain parisien, Marc Lescarbot a un grand cercle d’amis qui regroupe des gens de lettres et des nobles. Lorsque Jean de Poutrincourt, un de ses clients associé aux entreprises du sieur de Mons, lui propose de l’accompagner lors d’un voyage en Acadie, Lescarbot accepte sans hésiter. Il compose un poème intitulé Adieu à la France avant de s’embarquer à La Rochelle, en mai 1606. Il arrive deux mois plus tard à Port-Royal où il reste jusqu’en 1607, année où les colons doivent retourner en France en raison de la révocation du monopole accordé au sieur de Mons.

Interprète en costume d’époque jouant le rôle de Marc Lescarbot
Interprète en costume d’époque jouant le rôle de Marc Lescarbot 

© Parcs Canada

Lescarbot écrit la pièce Le Théâtre de Neptune pour célébrer le retour de Poutrincourt à Port-Royal, après une expédition traumatisante vers le Sud. L’histoire relate l’arrivée, dans un petit bateau, du dieu Neptune pour souhaiter la bienvenue aux voyageurs qui reviennent dans la colonie. Neptune y est entouré d’une cour de tritons et d’Indiens qui font les louanges des dirigeants de la colonie, puis chantent en chœur accompagnés de trompettes et du tir des canons. Présentée dans le cadre impressionnant de Port-Royal, cette pièce est la première représentation  théâtrale européenne en Amérique du Nord.

À son retour en France, Lescarbot entreprend la rédaction de son Histoire de la Nouvelle France. Dans la seconde édition du livre, il relate les aventures du sieur de Mons en Acadie, d’après ce qu’il a vu durant l’année qu’il a passée à Port-Royal et des entretiens avec les promoteurs et les membres des expéditions précédentes dont François Pont-Gravé, de Mons et Champlain. Lescarbot consacre la majeure partie de la fin de son récit à la description des peuples autochtones. Il est fasciné par leurs coutumes, leur parler, leurs chants et, surtout, leur humanité.

Voici ce qu’il en dit : « Ces gens... sont des hommes comme nous... ilz ont de la valeur, fidelité, liberalité, & humanité, & leur est l'hospitalité si naturele & recommandable, qu'ilz reçoivent avec eux tout homme qui ne leur est ennemi. Ilz ne sont point niais comme plusieurs de deça, ilz parlent avec beaucoup de jugement & de raison. »

Des années après son retour en France, Lescarbot semble espérer qu’en ce jour de 1606, avec sa pièce Le Théâtre de Neptune, il a créé quelque chose de marquant. Voici ce qu’il écrit : « Mais s'il arrive... [que les Muses] soient un jour arretées és montagnes du Port Royale & ruisseaux qui en decoulent, & ayent le moyen de se rendre plus civiles...ainsi qu'aux premiers temps... on dansoit & chantoit... De mémes en leurs chansons rememorez les bien-faits de... vôtre tres-humble &tres-obeissant serviteur. »

Lescarbot est surtout connu pour avoir écrit et produit l'une des premières pièces de théâtre Européenne en Amérique du Nord et pour avoir écrit l’un des premiers grands livres sur l’histoire du Canada.

Pour en savoir davantage sur Marc Lescarbot, consulter le Dictionnaire biographique du Canada en ligne.

Jean de Poutrincourt

En 1603, Jean de Poutrincourt, baron et militaire, apprend que son ami Pierre Dugua, sieur de Mons a obtenu une concession pour explorer l’Acadie et projette une expédition dans la région. Rêvant de fonder une colonie agricole dans le Nouveau Monde, il demande à Henri IV la permission d’accompagner de Mons, permission qui lui est accordée. Grâce à sa ténacité et à son ingéniosité, Poutrincourt obtient les armes et les soldats nécessaires à la défense de l’établissement que de Mons prévoit de fonder. Les membres de l’expédition mettent les voiles au début de mars 1604.

Monument dédié à Poutrincourt, près du lieu où se trouvait son moulin à grain sur la rivière Lequille
Monument dédié à Poutrincourt, près du lieu où se trouvait son moulin à grain sur la rivière Lequille 

© Parcs Canada/A. Rierden

Après quatre longs mois de traversée, ils atteignent la côte atlantique de l’Amérique du Nord à hauteur du 45e parallèle. Alors qu’ils sont à la recherche d’un endroit où passer l’hiver, ils franchissent un étroit passage entre deux hautes falaises et pénètrent dans ce que Champlain appelle « l'un des beaux ports que j'eusse veu en toutes ces costes. » En raison de la grandeur et de la magnificence du lieu, Champlain l’appelle Port-Royal.

Impressionné par la beauté du pays, Poutrincourt demande au sieur de Mons de lui en octroyer la concession, promettant en échange de fonder une colonie à Port-Royal. Le sieur de Mons accède à sa demande et la concession, qui inclut des privilèges pour la traite des fourrures et des droits de pêche, est confirmée par le roi en 1606. De Mons et la plupart des membres de l’expédition décident de passer l’hiver dans une île qu’ils appellent île Sainte Croix, tandis que Poutrincourt rentre en France à l’automne, avec une cargaison de fourrures.

Au printemps 1606, Poutrincourt revient, à titre de lieutenant gouverneur de l’Acadie, pour prendre le commandement du nouvel établissement de Port-Royal. Il amène avec lui quelque 50 hommes, dont Louis Hébert, Marc Lescarbot et son propre fils, Charles de Biencourt, et se met à l’ouvrage pour renforcer la colonie. Il érige plusieurs bâtiments, dont un moulin à eau qui est vraisemblablement le premier en Amérique du Nord. Sous son commandement, les colons défrichent la terre et ensemencent les champs. Il noue des liens d’amitié avec les peuples autochtones dont il gagne la confiance. Sous la gouverne de Poutrincourt un climat de bonne entente s’instaure entre les Français et les Mi'kmaqs.

À l’automne 1607, le navire Jonas arrive en Acadie, apportant la nouvelle selon laquelle le conseil du roi a révoqué le monopole de la traite accordé au sieur de Mons. Les habitants de Port-Royal sont contraints de retourner en France. Malgré ce contretemps, Poutrincourt s’accroche à son rêve de coloniser l’Acadie mais n’y revient qu’en 1610. Ce retard est dû en partie aux difficultés rencontrées avec ses bailleurs de fonds et à sa réticence à emmener les Jésuites avec lui. Bien qu’ayant une grande influence auprès du roi, qui insistait pour qu’ils se rendent à Port-Royal, les Jésuites avaient la réputation d’être trop intéressés par les profits commerciaux. Malgré tout, dès son retour à Port-Royal, Poutrincourt travaille avec ardeur pour fonder sa colonie agricole et entreprend avec empressement de convertir les peuples autochtones. C’est ainsi que le vieux chef Membertou est baptisé, ainsi que les membres de sa famille. Vingt autres suivent son exemple.

La lutte qui oppose Poutrincourt aux Jésuites et à leurs alliés a toutefois raison de la mission initiale du colon, qui est forcé de rentrer en France, discrédité. Inébranlable, Poutrincourt conclut un partenariat avec des armateurs français, leur promettant une part des profits de la traite des fourrures dans la région de Port-Royal, dont il jouit toujours du monopole. En décembre 1613, il s’embarque à nouveau pour la région de Port-Royal où il arrive au mois de mars suivant. Il trouve alors le fort en ruines et les habitants affamés, des suites de l’attaque menée sur l’établissement au mois de novembre précédent par Samuel Argall. Poutrincourt n’a de choix que de rentrer en France avec la plupart des colons. Il transmet à son fils son titre de propriété sur ses terres en Amerique du Nord.

Poutrincourt meurt en 1615. Son fils, Charles de Biencourt, demeure en Acadie et continue la traite des fourrures jusqu’à sa mort en 1623, à l’âge de 31 ans.

Pour en savoir davantage sur Jean de Poutrincourt, consulter le Dictionnaire biographique du Canada en ligne.

Louis Hébert

L’atelier d’apothicaire de Louis Hébert à Port-Royal
L’atelier d’apothicaire de Louis Hébert à Port-Royal 

© Parcs Canada/A. Rierden

Le Français Louis Hébert, apothicaire comme son père, est vraisemblablement le premier Européen de la profession en Amérique du Nord. Son père, Nicolas Hébert, était apothicaire à la cour de Catherine de Médicis. Louis étudie à son tour la médecine et la science et devient spécialiste en pharmacologie. De par sa profession, il acquiert une passion pour les plantes et le jardinage. Lié par mariage à Jean de Poutrincourt et par amitié au sieur de Mons et à Champlain, Louis Hébert est totalement acquis à la cause de la Nouvelle-France. 

Il fait partie de l’expédition de Poutrincourt vers Port-Royal à laquelle participe également Marc Lescarbot. Sur une carte de la région, Lescarbot indique une île Hébert près de l’embouchure d’une rivière du même nom qui se jette dans le bassin, de l’autre côté de la rivière Dauphin (rivière Annapolis). Aujourd’hui, cette rivière et cette île s’appellent la rivière Bear et l’île Bear. <

Interprète dans l’atelier d’apothicaire de Louis Hébert
Interprète dans l’atelier d’apothicaire de Louis Hébert 

© Parcs Canada/A. Rierden

À Port-Royal, Hébert s’occupe de la santé des pionniers et des autochtones, qu’il traite sur un pied d’égalité. Il cultive des plantes médicinales indigènes et prend en charge les jardins. Il examine des spécimens de plantes médicinales apportées par les Mi’kmaq. Lescarbot décrit avec admiration les talents de guérisseur d’Hébert et le plaisir qu’il prend à cultiver la terre. Hébert soignera Membertou durant sa dernière maladie.

En 1613, lorsque Samuel Argall attaque et détruit l’établissement, Hébert, ainsi que la plupart des colons, sont forcés à retourner en France. L’attrait du Canada est toutefois très fort. C’est ainsi qu’en 1617, lui et sa famille s’embarquent avec Champlain pour Québec, où il passera à la postérité comme l’un des premiers agriculteurs Européens prospères du Canada.

Pour en savoir davantage sur Louis Hébert, consulter le Dictionnaire biographique du Canada en ligne.

François Gravé, sieur du Pont

Pont-Gravé encourageait les habitants à cultiver leur propre jardin
Pont-Gravé encourageait les habitants à cultiver leur propre jardin 

© Parcs Canada/A. Rierden

Marin courageux possédant une grande expérience de la navigation dans l’Atlantique Nord et personnage important de la colonisation de la Nouvelle-France, François Pont-Gravé est le commandant de Port-Royal de 1605 à 1606. Après avoir navigué avec Pont-Gravé lors d’une expédition antérieure dans le Saint-Laurent, le jeune Samuel de Champlain dit du marin expérimenté, qu’il considère comme son mentor, qu’il est son ami et que, en raison de son âge, il le respecte comme son père.

Après avoir confié à Pont-Gravé le commandement de Port-Royal, de Mons retourne en France afin de recueillir plus d’appui et de financement pour l’expédition. Pont-Gravé continue de faire travailler les ouvriers de l’établissement, les pressant de protéger l’Habitation contre les intempéries avant l’hiver. Il crée aussi des jardins à l’extérieur du fort et encourage les colons à cultiver leur propre jardin.

D’esprit ouvert et doué d’un talent de conteur, Pont-Gravé jouit de l’estime de ses hommes, en dépit de son mauvais caractère. À son sujet, Marc Lescarbot écrit : « ledit sieur du Pont n'étoit pas homme pour demeurer en repos, ni pour laisser ses gens oisifs. »

Sous le commandement de Pont-Gravé, Port-Royal connaît une période difficile. Après avoir attendu de longs mois l’arrivée de navires de ravitaillement en provenance de France, Pont-Gravé craint que l’établissement arrive à court de provisions. Le commandant et tous les colons, à l’exception de deux d’entre eux, partent dans des barques à destination de Canso où ils espèrent trouver des pêcheurs qui pourront les aider. En route, ils font face à un coup de vent et la mer déchaînée endommage le gouvernail en fer d’une des barques. Ils poursuivent leur route, pratiquement affamés. Enfin, ils rencontrent un navire français dont l’équipage leur apprend qu’un navire de ravitaillement fait route vers l’établissement chargé de provisions abondantes.

Toujours à la tête de la colonie, le sieur de Mons décide de rester en France pour négocier avec ses investisseurs. En 1606, il donne ordre à Pont-Gravé de mener des opérations commerciales sur la côte où sont implantés des établissements de pêche. Deux années plus tard, Pont-Gravé et Champlain, commandant chacun un navire, s’embarquent pour une expédition qui mènera à la fondation de Québec.

Pour en savoir davantage sur François Gravé, sieur du Pont, consulter le Dictionnaire biographique du Canada en ligne.

Père Pierre Biard

Confessional, autel, tabernacle et crucifix de la chapelle de l’Habitation
Confessional, autel, tabernacle et crucifix de la chapelle de l’Habitation 
© Parcs Canada/A. Rierden

En 1608, le confesseur d’Henri IV somme Pierre Biard, prêtre jésuite spécialiste en théologie et en hébreu, de mener la mission jésuite en Acadie. Les Jésuites ont une alliée influente à la cour en la personne d’Antoinette de Pons, marquise de Guercheville, épouse du gouverneur de Paris et première dame de compagnie de la reine. Très pieuse, celle ci appuie le souhait des Jésuites de fonder des missions en Amerique du Nord et, après le désistement d’autres investisseurs, recueille des fonds à la cour afin que Biard et le père Énemond Massé puissent faire partie de l’expédition de Poutrincourt vers la Nouvelle-France.

Grâce à la protection de Madame de Guercheville, les Jésuites obtiennent leur place dans l’expédition en devenant partiellement propriétaires du navire et de sa cargaison. Ils arrivent à Port-Royal en mai 1611. Le père Biard sera le premier de nombreux éminents Jésuites à rédiger des récits sur l’Amérique du Nord et aussi le premier à décrire les peuples autochtones.

Son ministère à Port-Royal ne sera toutefois pas facile. En raison de désaccords avec Charles de Poutrincourt sur les conditions de conversion des autochtones (pour Poutrincourt, plus on faisait de conversions, plus on avait de chances d’obtenir du financement de la cour) et du climat général de méfiance et de préjugés qui règne entre les colons et les prêtres, la mission des Jésuites n’est guère concluante. Madame de Guercheville, qui succède au sieur de Mons en tant que propriétaire de la Nouvelle-France, y envoie, en 1613, un autre navire commandé par René Le Coq , sieur de la Saussaye, et ordonne à celui ci de faire escale à Port-Royal pour prendre les deux Jésuites afin de les emmener fonder une nouvelle colonie ailleurs. La Saussaye navigue jusqu’à l’actuel Bar Harbor (Maine). La colonie, qu’ils baptisent Saint-Sauveur, est à peine établie lorsque Samuel Argall de Virginie pille l’établissement lors d’une mission qui a pour but de détruire tous les établissements français de la région. Argall envoie la moitié des colons, accompagnés du père Massé, à la dérive dans un petit navire qui finira par arriver en France. Il emmène l’autre moitié des colons et le père Biard comme prisonniers, à Jamestown, en Virginie. Une autre expédition menée par Argall part peu après, avec le père Biard, pour terminer la destruction de Sainte-Croix et de Port-Royal.

Après avoir détruit Port-Royal, Argall renvoie Biard à Jamestown, où il risque l’exécution. Toutefois, une mer déchaînée et des vents forts entraînent le navire à bord duquel Biard est prisonnier jusqu’aux Açores. Le capitaine finit par relâcher Biard qui, de retour en France, est fustigé pour avoir participé volontairement à la chute de Port-Royal.

Champlain prend toutefois sa défense. Biard reprend ses fonctions de professeur de théologie et devient un éminent missionnaire dans le sud de la France. Vers la fin de sa vie, il est nommé aumônier des armées du roi.

Pour en savoir davantage sur Père Pierre Biard, consulter le Dictionnaire biographique du Canada en ligne.