Les Autochtones de l'Archaïque maritime sont la plus ancienne peuplade connue à avoir fréquenté la région de Port au Choix. Leur tradition est dite archaïque parce qu'ils étaient des chasseurs et des cueilleurs et qu'ils ne connaissaient pas l'agriculture; elle est dite maritime parce que leur survie dépendait en grande partie de la mer et de ses ressources.

Les Autochtones de la tradition archaïque maritime ont vécu de 7500 à 3500 avant le présent (av. J.-C.), occupant tout le Canada atlantique, le Maine et même certaines parties du nord du Labrador. Leurs ancêtres, les Paléoindiens, arrivèrent au Labrador vers 9000 av. J.-C. Les archéologues les identifient par leur utilisation des ressources maritimes, leurs magnifiques couteaux d'ardoise polie, leurs artefacts en os distinctifs et leurs cérémonies funéraires incluant l'utilisation de cimetières et d'ocre rouge.

Outils indiens de l'Archaïque maritime (En haut au bas : pointe de lance en os, têtes de harpon en os, baïonnette en ardoise)
Outils indiens de l'Archaïque maritime (En haut au bas : pointe de lance en os, têtes de harpon en os, baïonnette en ardoise)
©Parcs Canada

Port au Choix contient trois cimetières de la tradition archaïque maritime, utilisés de 4400 à 3200 av. J.-C. Des fouilles effectuées à Point Amour, dans le sud du Labrador, ont permis de mettre au jour le lieu de sépulture, particulièrement élaboré, d'un enfant de 12 ans, et qui date de 7500 av. J.-C. Ces cimetières renfermaient une grande variété d'ossements, de pierres, d'outils d'ivoire, ainsi que des armes et des ornements. Ces objets nous ont éclairé sur divers aspects de la société des autochtones de la tradition archaïque maritime, notamment sur leurs croyances de leurs pratiques, magiques et religieuses.

Santé et espérance de vie

Les 117 squelettes mis au jour dans le cimetière étaient ceux d'hommes et de femmes dans une proportion relativement égale. Les Autochtones de l'Archaïque maritime mesuraient en moyenne 5 pieds et 6 pouces dans le cas des hommes, et 5 pieds et 3 pouces dans le cas des femmes. D'après les études effectuées sur les squelettes, la mortalité infantile était particulièrement élevée au sein de ce groupe. Un tiers des enfants sont morts avant deux ans, et la moitié seulement ont atteint l'âge adulte, pour vivre en moyenne jusqu'à 43 ans et même, pour certains, jusqu'à la cinquantaine.

Ces Autochtones étaient en bonne santé, bien qu'ils souffraient d'arthrite, surtout dans les bras et dans les mains, ce qui est normal vu le mode de vie actif qu'ils menaient. On a relevé chez les squelettes examinés quelques fractures consolidées, mais rien qui révèle un excès de violence, et seulement quatre caries; un régime alimentaire sans sucre pourrait expliquer ce faible nombre. Les dents étaient cependant très usées, à force de broyer des aliments granuleux (viande grossière) et de mâcher les peaux pour les assouplir. Elles étaient parfois tellement usées que la pulpe était exposée, ce qui a dû provoquer des infections douloureuses.

On a découvert que deux jeunes enfants souffraient d'une maladie rarissime et peut-être génétique, la histiocytose, dont est atteinte aujourd'hui une personne sur deux millions. C'est dans le cimetière de l'Archaïque maritime à Port au Choix qu'on a recensé le premier cas de cette maladie.

La chasse, la pêche et la cueillette

Les Autochtones de Port au Choix, appelés chasseurs cueilleurs du Nord, tiraient leur subsistance des ressources naturelles de la terre et de la mer plutôt que de l'agriculture.

Les outils de chasse et les ossements d'animaux, de poissons et d'oiseaux découverts dans les tombes révèlent que les habitants de Port au Choix savaient fabriquer des armes efficaces pour l'exploitation de leur environnement.

Il ne subsiste aucune trace des activités de cueillette. Cependant, un peuple si conscient de l'environnement naturel n'aurait pas pu ignorer les baies, les oeufs d'oiseaux et les mollusques encore abondants de nos jours aux environs de Port au Choix.

L'artisanat

Les artefacts découverts révèlent comment les objets étaient fabriqués. Les arbres étaient abattus au moyen de haches en pierre aiguisée. Des herminettes en ivoire ou en pierre servaient à tailler le bois. Pour les travaux plus délicats, on se servait de petits couteaux faits de dents de castor insérées dans un manche en bois ou en andouiller. L'un de ces couteaux a été retrouvé intact à Port au Choix. Il ressemble beaucoup au couteau incurvé en fer ou en bois utilisé encore de nos jours par de nombreux peuples nordiques. L'os, l'andouiller et l'ardoise étaient les matériaux utilisés le plus fréquemment.

L'habillement et la décoration

On représente souvent les indigènes qui vivaient au Canada il y a plusieurs milliers d'années vêtus d'une simple peau de bête. Malgré la désagrégation de tous les vêtements laissés; dans les tombes on sait que les habitants de Port au Choix savaient se vêtir de manière à résister au climat rude du nord de Terre-Neuve. Les fines aiguilles en os d'oiseaux, dont les chas mesuraient souvent moins d'un demi-millimètre, servaient sans doute à exécuter des coutures très serrées sur les bottes imperméables, les jambières ou les vestes.

Beaucoup d'attention était apportée à la décoration des vêtements. Les ourlets des chemises et des vestes étaient ornés de griffes de phoques, de petits pendentifs en os et de perles. Des coquillages et divers autres ornements étaient cousus sur les bonnets et les chapeaux.

Épaulard sculpté
Épaulard sculpté
©Parcs Canada

L'art, la magie et la religion

Chez la plupart des indigènes de l'Amérique du Nord, il existait, et il existe toujours, une relation étroite entre l'art et les pratiques religieuses. Il est probable que c'était aussi le cas pour les habitants de Port au Choix. Les petits objets d'art qu'ils portaient et les sculptures qui décoraient leurs biens n'étaient pas seulement vénérés pour leur beauté mais aussi pour leurs pouvoirs magiques. En portant un objet en forme de goéland, de bec-scie, de huart ou de quelque autre oiseau plongeur, le pêcheur espérait acquérir les mêmes habiletés que l'oiseau en question; la sculpture d'un ours pourrait augmenter la force de la personne qui la portait. Un épaulard d'environ 20 cm de long, remarquablement sculpté, témoigne du profond respect des Autochtones de l'Archaïque maritime pour ce mammifère, sa puissance et ses qualités de chasseur.

Les sépultures elles-mêmes révèlent un souci de la vie après la mort. L'ocre rouge dont les corps étaient recouverts était un symbole de vie. Les nombreux outils, armes et ornements laissés dans les tombes indiquent que la vie après la mort était vue comme étant semblable à la vie terrestre.

Qu'est-il arrivé aux autochtones de l'Archaïque maritime?

  La tradition archaïque maritime a disparue de Port au Choix et du reste de l'île il y a 3200 ans. On ignore pourquoi. Peut-être découvrira-t-on un jour un site qui permettra d'éclaircir ce mystère, tout comme la découverte du site de Port au Choix a permis de répondre à de nombreuses questions au sujet des autochtones de l'Archaïque maritime.