Après la déportation des Acadiens de la région de Beaubassin, beaucoup de colons de la Nouvelle-Angleterre, appelés les Planters, prennent possession des terres acadiennes. Le gouverneur Charles Lawrence les attire dans la région en leur offrant des concessions de 1000 acres, comme il fait ailleurs en Nouvelle-Écosse.

À l'instar de leurs prédécesseurs acadiens, les Planters vendent du bois de chauffage et des produits agricoles à la garnison. Ils perdent ce marché lorsque celle-ci est déplacée à Halifax en 1768. Le commerce maritime de toute la région en subit les conséquences, car les commerçants de la Nouvelle-Angleterre, d'Annapolis Royal et d'Halifax n'ont plus intérêt à se rendre dans le fond du bassin Cumberland. Plusieurs familles Planters quittent donc l'isthme de Chignectou et regagnent la Nouvelle-Angleterre.

Afin d'assurer le repeuplement de cette zone stratégique, le gouvernement d'Halifax se tourne vers le Yorkshire, région de la Grande-Bretagne qui offre certaines ressemblances géographiques avec l'isthme de Chignectou. Le lieutenant-gouverneur Michæl Francklin se rend dans le Yorkshire en 1771 afin de recruter des familles désireuses d'échapper aux lourdes taxes prélevées par l'aristocratie.

C'est ainsi qu'en mars 1772, le vaisseau Duke of York quitte Liverpool avec 62 passagers du Yorkshire en route pour l'isthme de Chignectou. Ce premier groupe de colons arrive en Nouvelle-Écosse au mois de mai. Pendant les cinq années suivantes, des centaines de Britanniques de toutes conditions sociales les rejoignent.

Parmi ces familles pionnières, on trouve les patronymes Black, Lusby, Dixon, Lowther, Chapman, Harrison et Trueman. On y compte des professionnels, des commerçants et des cultivateurs qui amènent leurs domestiques et leurs tenanciers. Certains deviennent de grands propriétaires terriens en achetant de vastes fermes déjà cultivées, qui sont à l'époque parmi les plus productives dans les colonies anglaises.

Les colons du Yorkshire ne tardent pas à s'engager dans l'administration publique. D'ailleurs, le gouvernement d'Halifax compte sur eux pour contre-balancer l'influence de certains Planters qui manifestent de la sympathie envers la cause des rebelles américains.

Prochain volet : Le Siège du Fort Cumberland, 1776