En 1713, la France cède l'Acadie à la Grande-Bretagne en vertu du Traité d'Utrecht. Cependant, en l'absence d'une définition précise des limites du territoire cédé, la Grande-Bretagne et la France se croient toutes deux en droit de revendiquer l'isthme de Chignectou. La région de Beaubassin et ses colonies acadiennes prospères se retrouvent donc en plein coeur du litige territorial qui oppose les deux puissances impériales sur la côte de l'Atlantique.

Malgré ce conflit, les colonies acadiennes de la région connaissent une croissance soutenue dans les décennies qui suivent 1713. Beaubassin devient la région acadienne qui élève le plus de bétail et l'une de celles qui produisent le plus de céréales. Les Acadiens de la région se livrent au commerce des fourrures avec les Mi'kmaq et les Malécite. Ils troquent leurs surplus de bêtes, de grain et de fourrures avec les marchands des camps français et britannique. Les commerçants de Louisbourg arrivent habituellement par navire à la baie Verte, tandis que ceux de la Nouvelle- Angleterre passent généralement par la baie Française (Fundy).

Lorsque éclate la guerre de la Succession d'Autriche en 1744, la région de Beaubassin est un important foyer de peuplement acadien qui comprend les établissements des rivières Petcoudiac, Memramcook et Chipoudie. Sa population est composée des familles Arsenault, Bourgeois, Chiasson, Cormier, Cyr, Doucet, Gaudet, Haché dit Gallant, Poirier et bien d'autres. Au début des années 1750, la région compte quelque 3 000 Acadiens, dont près de la moitié ont fui la partie continentale de la Nouvelle-Écosse. Ce grand nombre de réfugiés acadiens témoigne éloquemment des tensions qui gagnaient la Nouvelle-Écosse après la fondation de Halifax en 1749.

La plupart des Acadiens se considèrent comme neutres dans ce conflit entre pouvoirs impériaux : ils ont refusé de prendre les armes aussi bien pour la France que pour la Grande-Bretagne. Seuls quelques Acadiens ont appuyé l'offensive militaire lancée en 1747 par les Français de la région de Beaubassin contre les postes militaires britanniques de la Nouvelle-Écosse.