Au déclenchement de la guerre de l'Indépendance américaine en 1775, il n'est pas certain à quel camp la Nouvelle-Écosse accordera son allégeance. La population néo-écossaise est composée majoritairement d'anciens habitants de la Nouvelle-Angleterre, les troupes britanniques sont trop peu nombreuses pour assurer la loyauté des sujets, et pas un seul navire n'a été assigné à la Nouvelle-Écosse.

Un grand nombre de colons sont favorables à la cause des Américains et certains patriotes siègent même à titre de députés à Halifax. En revanche, les colons de la Nouvelle-Angleterre sont établis dans la province depuis plus de dix ans, et la politique locale est très différente du courant radical qui gagne rapidement la Nouvelle-Angleterre.

L'incertitude persiste jusqu'à l'automne de 1776, lorsqu'un petit groupe de patriotes américains et de sympathisants locaux lancent une offensive, dans le but « d'ajouter une autre bande au drapeau américain », comme le dit leur commandant, le colonel Jonathan Eddy. Ancien officier de l'armée britannique et résidant de la région, Eddy entend capturer le fort Cumberland, situé au coeur d'un territoire stratégique, et se servir de cette victoire pour inciter toute la province à la rébellion.

Fort de l'approbation du Congrès américain et du soutien du Massachusetts, Eddy réunit une vingtaine d'Américains et se met en route vers la Nouvelle-Écosse. Une fois rendu, il recrute des patriotes locaux à Maugerville, et aux districts de Cumberland et de Cobequid ainsi que dans des colonies acadiennes et des villages autochtones.

Armé d'une force irrégulière d'environ 180 hommes, le colonel Eddy assiège le fort Cumberland à la fin d'octobre 1776. Le fort est défendu par un nombre à peu près équivalent de soldats des « Royal Fencible Americans », régiment provincial placé sous le commandement du colonel Joseph Goreham.

La garnison n'est en poste que depuis juin et ne possède ni l'artillerie ni la formation nécessaire. Le fort est délabré, après avoir été laissé inoccupé pendant huit ans. Avec l'aide des charpentiers et des ouvriers du Yorkshire, qui sont parmi les premiers à s'offrir pour les travaux de fortifications, le fort est remis en état de défendre l'isthme.

Les Américains tentent vainement à plusieurs reprises de forcer Goreham à capituler pendant le long mois qui suit. Des alliés du fort parviennent à s'échapper et à rapporter à Halifax la nouvelle du siège mis par les rebelles. Les Britanniques dépêchent en renfort 40 Marines qui naviguent jusqu'au fort Cumberland à bord du navire de guerre Vulture.

L'arrivée du Vulture permet au commandant Goreham de préparer une attaque contre le quartier général des patriotes à Camphill, dans un secteur avoisinant. Le 27 novembre, une force combinée de Royal Fencibles et de Marines, sous les ordres du major Thomas Batt, quitte le fort à la marche et prend d'assaut Camphill.

Eddy et ses hommes doivent promptement battre en retraite. Quelques soldats ennemis sont capturés, et de nombreux autres se rendent dans les jours qui suivent. Les hommes qui restent prennent la fuite vers l'ouest, en direction de la rivière Saint-Jean, pour finalement regagner les États-Unis.

Pendant cette campagne, les patriotes d'Eddy ont brûlé les maisons de plusieurs loyalistes. Il n'est donc pas surprenant que, une fois le siège levé, les loyalistes se vengent en mettant le feu aux foyers des patriotes.

Plusieurs demeures acadiennes sont rasées au passage. L'hiver qui suit en est un de misère, et les tensions qui règnent entre civils mettent toute une génération à s'estomper. La victoire des forces britanniques du fort Cumberland joue un rôle déterminant dans l'attitude des Néo-Écossais à l'égard de la guerre de l'Indépendance américaine et de la place qu'ils occupent en Amérique du Nord.

Prochain volet : Modifications après le deuxième siège