Les Britanniques fondent Halifax en 1749 pour faire contrepoids à la ville fortifiée des Français à Louisbourg, sur l'Île Royale (le Cap-Breton). Cette manoeuvre s'inscrit en fait dans une politique coloniale ambitieuse. Les Britanniques exigent des Acadiens qu'ils prononcent le serment d'allégeance, comme ils l'ont demandé occasionnellement depuis 1713. Les États européens se servent souvent de ce genre de serment pour s'assurer la loyauté de leurs sujets. Devant les tensions grandissantes, le gouverneur de la Nouvelle-France confie à Charles de Boishébert la mission de construire un ouvrage de fortification sur les bords de la rivière Saint-Jean pour protéger cet important axe de communication qui relie Beaubassin à Québec. Le gouverneur français ordonne également au commandant Pierre La Corne d'établir une garnison dans la région de Beaubassin.

Au printemps de 1750, le colonel britannique Charles Lawrence débarque avec ses soldats dans le marais à l'ouest du village de Beaubassin. Il y trouve les maisons incendiées à l'instigation du missionnaire Jean-Louis Le Loutre. Ce sympathisant à la cause française veut forcer les Acadiens à quitter ce territoire devenu anglais en 1713, et à déménager en territoire français, à l'ouest de la rivière Mésagouèche. À l'automne, dès son retour, Lawrence ordonne à ses troupes de construire un fort sur la crête où se trouvait jadis le village acadien de Beaubassin. Cet ouvrage de fortification en bois est baptisé fort Lawrence.

Les autorités françaises ripostent en donnant l'ordre de construire un fort à la Pointe-à-Beauséjour en novembre 1750. Il doit être érigé sur la colline faisant face à Beaubassin, aujourd'hui le bassin de Cumberland. Cette nouvelle fortification est construite sur le côté ouest de la rivière Mésagouèche, sur la crête qui fait directement face au fort Lawrence. Jacques-Pierre de la Jonquière, gouverneur général de la Nouvelle-France, désire qu'il soit érigé en pieux et qu'il comporte des casernes, un appartement pour les officiers et un magasin-entrepôt.

Les travaux de construction sont entrepris en avril 1751 sous la direction du lieutenant Gaspard-Joseph de Léry. Un dessin exécuté par l'ingénieur Louis Franquet au cours de l'été montre que les travaux progressent rapidement à proximité des maisons habitées par des Acadiens. La même année, les Français construisent un autre fort dans la région, plus petit que celui à Beauséjour. C'est le fort Gaspareaux, érigé au bord de la baie Verte.

En 1753, le fort à Beauséjour, en forme de pentagone, se compose de murs de pieux et d'ouvrages de terre de cinq mètres de hauteur. Chaque angle est doté d'un bastion avec une plate-forme qui peut supporter des canons. Dans l'enceinte se trouvent quatre casemates, une poudrière, ainsi que des casernes pour les soldats et des appartements pour les officiers.

Ces fortifications servent à abriter un détachement de soldats et ne sont pas conçues pour soutenir un siège d'artillerie lourde. Puisque la baie Française (baie de Fundy) est contrôlée par la marine britannique, le ravitaillement se fait par des vaisseaux qui proviennent de Québec et de Louisbourg et qui s'arrêtent à la baie Verte.